LIVRE II
aussi les assiégés flrent-ils diverses sorties et parvinrent-ils à enclouer les canons français ; ils ne purent décourager le duc de Guise. Les ennemis parvinrent enfin à se loger dans la tour aux Puces, qui formait un des postes les plus favorables des assiégés ; mais ce succès fut payé cher. Les Français sapaient une plateforme proche de cette tour, lorsque le maréchal Strozzi fut mortellement atteint d'une grande mousquetade, au moment où il causait, dans la tranchée, avec le duc de Guise, qui lui tenait la main sur Tépaule ' . L'artillerie n'avait cessé de foudroyer la ville pendant trois jours et trois nuits, et les assiégés, après avoir soutenu les plus furieux assauts , se voyaient réduits à six cents hommes, la plupart malades et blessés, lorsque, le 32 juin, ils consentirent à capituler ; ils obtinrent la faculté de se retirer à Luxembourg, armes et bagues sauves. Le duc de Savoie et le comte d'Egmont, qui accouraient, du pays de Namur, avec une armée, rebroussèrent chemin en apprenant la capitulation de Thionville. Les Français allèrent ensuite reconnaître Luxembourg, où s'étaient retirés les comtes de Mansfeld et de Hornes. Ils se dirigèrent enfin vers Arlon , qu'ils prirent d'assaut , le 2 juillet, démantelèrent et brûlèrent '.
diverses tentatives et après la perte d'une partie de son monde. Au bout de deux jours, Mansfeld, gouverneur de la province, essaya aussi dMntroduire des renforts considérables qui éprouvèrent un échec encore plus complet. » Histoire des ducs de Guise, t. I, p. 476. ' Voir les Mémoires de Yibillevillb, et Brantôme, Capitaines étrangers,
' Les assiégés avaient mis eux-mêmes le feu à la ville avant de se sauver par une des poternes. • Ce qu'étant aperçu des François, à la foule entrèrent là dedans, et essayèrent en toutes sortes d'éteindre ce feu pour seulement recouvrer les meubles et butins qui brûloient; toutefois il y étoit déjà si embrasé quMI n'y eut ordre (possibilité) d*en sauver la meilleure partie. Trois ou quatre jours après, quand la plus grande partie du feu fut amortie, Ton fit saper et démolir les fondements des murailles et forti-
Tandis que le duc de Guise dévastait le Luxembourg, le maréchal Paul de Thermes, nommé gouverneur de Calais, pénétrait dans la West*-FIandre, avec une armée de dix mille hommes de pied et de quinze cents chevaux. Ces bandes mirent toute cette riche province à feu et à sang. La ville de Bergues-Saint-Winoc fut complètement ruinée; à peine resta-t-il une seule maison debout ; l'abbaye même fut livrée aux flammes. Dunkerque, prise d^assaut, le 6 juillet, fut également, livrée à la rage du soldat. D'autres villes et bourgs éprouvèrent le même sort ■. Cependant le comte d'Egmont, gouverneur de la Flandre, avait résolu de chasser ces bandes dévastatrices ; avec les garnisons qu'il avait rassemblées promptement , son armée était supérieure k celle des Français : il était accompagné de Ponce de Lalaing, S' de Bugnicourt, gouverneur de l'Artois; de Guillaume de Croy, marquis de Benty, chef de quinze cents cavaliers; de Jean de Groy, comte du Rœulx, qui commandait également un escadron, et par d'autres vaillants officiers. En apprenant l'approche du comte d'Egmont, le maréchal de Thermes s'était éloigné promptement de Gravelines , dont il avait commencé le siège, ])our retourner vers Dunkerque , avec le dessein de rentrer à Calais sans risquer une bataille. Mais le comte eut bientôt joint une armée dont la marche était ralentie par l'immense butin qu'elle traînait à sa suite. Le 4 2 juillet, il s'engagea un vif combat de cavalerie, dans lequel, en chargeant avec les siens, d'Egmont
fications et fut ainsi démantelée et ruinée, en la meilleure part, afin d*6ter après toules occasions à Tennemi de s'y pouvoir reloger et fortifier de ce lieu. « Commentaires de F. de Rabutin, liv. XI.
* Voir, sur ces dévastations, une lettre adressée au roi Philippe II par Floris de Montmorency, qui avait été envoyé à Bruges pour la défense de cette partie de la Flandre, Analectes belgiques, p. 4 4 1 . Floris de Montmorency avait pris congé de Charies-Quint le 3 février 4557 et était revenu dans les Pays-Bas.
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effleura la mort, car son cheval eut la tête emportée d'un coup de serpentine. Toute la nuit se passa en escarmouches. Le 43» dès deux heures du matin , les Espagnols et les Wallons se migrent en bataille, décidés à engager une action générale. Le maréchal de Thermes aurait voulu continuer sa retraite ; mais le flux de la mer, en remplissant le canal de l'Âa, y mit obstacle. Alors il rangea son armée en plaine, dans une position très^favorable, qui forçait les Hispano-Belges à l'attaquer de front, et leur ôf ait l'avantage du nombre; il appuya sa droite à la mer, couvrit sa gauche au midi par ses chariots et son bagage, et s'adossa à l'embouchure de l'Âa. L*artillerie française fit d'abord un grand ravage dans les rangs des Belges qui, exaspérés par cette canonnade, s'élancèrent avec furie sur l'ennemi ; on combattit troupe contre troupe , homme contre homme. Peut-être la victoire eûtelle été moins longtemps indécise , si les auxiliaires allemands avaient montré autant de bravoure que les Beiges ' . Un événement inattendu fixa enfin le sort de la journée. Douze vaisseaux anglais , attirés près de la côte par le bruit du canon, entrèrent dans l'Aa, prirent les Français en flanc avec leur artillerie, et répandirent parmi eux le désordre. Le comte d'Egmont, redou* blant alors d'ardeur et d'efforts, rompit les rangs des Français. L'action, qui avait duré quatre heures, coûta quatre cents hommes aux Hispano-Belges ; la perte des Français , qu'il serait impossible de déterminer exactement , fut , en toute hypothèse, bien plus considérable. Le bulletin officiel de la bataille de 6ravelines indique le nombre et la qualité des prisonniers, à savoir :' le S' de Thermes, capitaine-général de l'armée française ; le S' de Hannebaut, gouverneur de Normandie ; le S' de Villebon, gou-
' Dans le bulletin de la bataille, envoyé à Philippe II, il est dit « que les AUemands de côté et d'autre s'épargnèrent assez, attendant Tissue de la fête.»
verneur de Thérouanne et prévôt de Paris, avec tout le reste de la noblesse, huit enseignes de guidons d'ordonnance, quatre de chevau^légers, trente-six enseignes de gens de pied , dont treize allemandes et les autres françaises. Beaucoup de fuyards furent massacrés, tant par les Anglais , qui les poussaient dans la mer, que par les paysans, qui voulaient venger sur eux les dévastations et les pillages dont ils avaient été victimes. Les femmes, sortant en troupes des villages et des bourgades de Flandre, armées de bâtons et de perches, se jetaient sur les soldats qui erraient dans le pays et les tuaient ; elles en déchirèrent même quelques-uns avec des aiguilles et avec leurs ongles I Les Hispano-Belges rentrèrent dans Dunkerque , le 4 5 juillet, et passée rent au fil de l'épée tous les Français qui s'y trouvaient '.
La victoire de Gravelines, sans avoir les conséquences de celle de Saint-Quentin, rompait l'entreprise tentée par le duc de Guise sur le Luxembourg en nécessitant son retour sur les marches de la Champagne et de la Picardie.
Philippe II venait alors de réunir les états généraux des Pays- Bas dans la ville d'Arras pour leur faire connaître les sacrifices que l'on attendait encore de leur patriotisme. L'assemblée s'ouvrit le 49 août en présence du roi. Le ministre, qui porta la parole en son nom, dit que le prince aurait bien voulu ne pas travailler sitôt les députés ; mais que la situation des affaires était telle qu'il devait leur en donner connaissance avant de se joindre à son armée. L'orateur du gouvernement recommandait aux états de payer exactement, à l'issue de la campagne, les gens de guerre qui étaient à leur charge ; de son côté, le roi
I \oir les Analectes belgiques (p. 406-445); lb Petit (liv. IX] ; Strada, lib. 4. -* Pour récompenser le comte d'Ëgmont, Philippe, par un acte daté de MoQs (8 août 4558), lui abandonna « tel droit et action qu'il a et pour* roit prétendre sur la personne du S^ Hannebaut, prisonnier. »