LIVRE
« que cette longue n^ociation était menée à la fin tant désirée ; «( qu'il les remerciait cordialement de ta bonne affection qu'ils « avaient montrée à son service ainsi qu'au bien et à la défense M du pays ■. »
Une tentative, peu sincère, à la vérité, avait été faite par les Guises pour préparer les voies à un accommodement avec l'Espagne. Christine, duchesse douairière de Lorraine, retirée dans les Pays-Bas depuis la conquête des trois évéchés par Henri 11, témoignait le plus vif désir de revoir son fils qui avait été soustrait à sa tutelle pour être élevé à la cour de France. Ce désir ayant été communiqué au cardinal de Lorraine, celuici promit d'y satisfaire ; mats il y mit en quelque sorte pour condition que la duchesse se ferait accompagner par des ministres du roi d'Espagne. Cette proposition ayant été acceptée, et le lieu de Tentrevue fixé à Marcoing , village à une lieue de Cambrai, la duchesse de Lorraine s'y rendit, le 46 mai, avec l'évéque d'Arras, le comte d'Egmont, le secrétaire Baves, et d'autres seigneurs. Le jeune fils de Christine était accompagné du comte de Vaudemont, du cardinal de Lorraine, du duc d'Âumale et du secrétaire d'état l'Aubespine'. De longues conférences s'établirent à Marcoing entre Granvelle et le cardinal de Lorraine ; mais elles n'eurent point de résultat propre à faciliter une négociation plus régulière. Loin que Granvelle crût à la sincérité du cardinal de Lorraine , il se convainquit que son désir de paix n'avait d'autre but que de tromper les Espagnols ; qu'il ne fallait donc pas se laisser abuser , mais hâter plutôt la levée des gens de guerre, afin d'éviter toute surprise ; continuer résolument la lutte était, selon lui, le seul moyen de parvenir à la paix. II n*y avait pas d'espoir, ajoutait-il, que les Français fissent rien volontaire-
' Des anciennes Assemblées nationcUes de la Belgique, § II. * Histoire des ducs de Guise, 1. 1, pp. 457 etsuiv.
ment ou qu'ils se résignassent à des conditions raisonnables s'ils ne voyaient leurs adversaires les armes au poing '.
Les Français avaient fait les plus grands préparatifs pour la campagne de 4558, et leurs propres forces s'étaient accrues de nombreuses levées tirées de l'Allemagne '. Le premier théâtre des hostilités fut le Luxembourg. Au commencement du mois de mai, Vieîlleville, gouverneur de Metz, vint camper devant Thionville, avec les vieilles bandes qui tenaient garnison dans les places voisines ; bientôt après, le duc de Guise, ne voulant pas se laisser ravir unei nouvelle occasion de gloire, accourut lui-même avec des renforts, qui élevèrent Tarmée assiégeante à douze mille fantassins, dont les trois quarts étaient allemands, quatre mille reitres. ou cavaliers proprement dits , quatre cents hommes d'armes et deux cents chevau-légers.
Thion ville était une place réputée imprenable, comme Calais; elle était située sur la Moselle, au milieu d'une plaine couverte de marais , défendue par cinq bastions, à quelques lieues de Metz, qu'elle tenait pour ainsi dire sujette. Le 5 juin, trente-cinq grosses pièces d'artillerie commencèrent à jouer contre la place. La garnison, commandée par Jean de Gaderebbe, gentilhomme du Brabant, était brave , mais trop faible , car elle ne s'élevait guère qu'à trois mille hommes, et la vigilance des Français empêchait l'entrée d'aucun secours. Le comte de Mansfeld, gouverneur de Luxembourg, et le comte de Homes essayèrent inutilement de ia mettre en défaut; ils furent repoussés ^. En vain
1 Papiers d'État du cardinal de GranveUe, t. V, p. 468.
' Les reitres étaieut en si grande «quantité, selon Giovanni Michiel, que non-seulement la nation, mais layje du roi lui-^môme et celle de ses enfants étaient entre leurs mains. Recueil de M. N. Tommaseo, 1. 1, p. 397.
' a Durant la première nuit du siège, le comte de Hornes chercha à pénétrer dans Tintérieur avec trois enseignes des vieilles bandes espagnoles, mais trouva tous les abords si bien gardés qu'il fut contraint de se retirer, après