LIVRE
qu'il lui enverrait bientôt un ambassadeur extraordinaire chargé de traiter de son couronnement. Mais l'impérieux pontife déclara nulle Féiection de Francfort ^ parce qu'elle s'était faite avec le concours d'électeurs protestants, et refusa d'admettre en sa présence l'envoyé de Ferdinand i**. Il parait môme certain que Paul IV poussa l'animosité jusqu'à offrir la couronne impériale à Henri II, en s'appuyant sur ce que , lors de l'élection de Gbarles-Quint, Léon X avait favorisé le parti de son compétiteur ' . Cependant le chef de l'Empire» après avoir reçu la réponse du pontife, donna à son ambassadeur l'ordre de quitter Rome sous trois jours , si le pape persistait à lui refuser audience. Alors celui-ci consentit à recevoir l'envoyé de Ferdinand , dans une entrevue particulière , promettant , d'autre part, de s'expliquer par le ministère d'un légat. L'attitude du chef de la catholicité avait également porté ombrage à Philippe II , qui chargea son ambassadeur à Rome de conjurer le pape de se désister de prétentions inopportunes , parce qu'elles pourraient fournir aux ennemis du saintsiège un nouveau motif pour attaquer la juridiction papale» comme incompatible avec les droits des princes et destructive de toute autorité civile \ Mais Paul IV resta inexorable, et, pendant son pontificat , Ferdinand ne fut point reconnu empereur par la cour de Rome.
Tandis que Paul IV disputait le tr6ne impérial à Ferdinand d'Autriche, Charles-Quint, son prédécesseur et son frère , finissait paisiblement ses jours au monastère de Yuste. Ce fut le 3 février 4557 que l'empereur s'installa déGnitivement dans l'habitation dont il avait lui-même fourni le plan. Adossé à relise du monastère et présentant sa façade au jardin, ce mo*
' Histoire des ducs de Guise, t. !. p. 507.
' CoxE, Histoire de la maison d'Autriche, t. Il; Robbrtson, Histoire de Charies-Quint, liv. XII.
9â LES PAYS-BAS SOUS PHILIPPE II.
deste palais se composait de deux étages qui contenaient chacun quatre chambres de vingt pieds de long sur vingt>-cinq de large ; un corridor traversait la longueur de l'étage et se terminait au couchant comme au levant par un large porche ou galerie couverte. La façade du bâtiment, vers le midi, était flanquée de deux tourelles entre lesquelles un jet d'eau alimentait un bassin destiné à conserver les truites dont Charles aflectionnait la chair délicate. L'aile droite était bordée par son jardin par^ ticulier, richement garni d'arbres et de fleurs choisis par lui, et arrosé également par un jet d'eau. A Taile gauche s'étendait une cour spacieuse où Ton admirait une fontaine construite d'un seul bloc, ainsi qu'un cadran solaire, chef-d'œuvre du célèbre mécanicien Juanelo Torriano. Par derrière, l'église du monastère, élevée de vingt pieds au-dessus de l'habitation impériale, l'abritait contre le vent du nord. Charles avait choisi pour lui deux chambres de Tétage supérieur, dont les fenêtres s'ouvraient sur le jardin et laissaient pénétrer les parfums des citronniers et des orangers. Par ces croisées, le regard parcourait toute la pente des coteaux environnants, ou les champs , plantés de mûriers , de figuiers, d'amandiers et d'orangers, semblaient continuer le jardin du monastère. Dans la chambre du nord-ouest, où était dressé le lit impérial, on avait pratiqué une porte vitrée qui permettait à Charles d assister aux offices sans se déranger , car de son fauteuil il pouvait voir le maltre-autel sur lequel il avait fait placer un tableau où le Titien avait représenté un chœur de saints et d'anges présentant à la Trinité l'empereur et l'impératrice. De son cabinet de travail , situé à l'extrémité opposée, Charles pouvait, par un sentier incliné, se transporter directement au jardin sans passer par l'escalier intérieur. Quoique l'habitation impériale ne fût qu'en bois et n'eût qu'une apparence chétive, l'intérieur offrait toutes les commodités et tous les agréments qui pouvaient en embellir le séjour. Les rideaux du