‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 2)Chapitre 4 sur 152 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

maître de l'Europe, en abattant ou en neutralisant simultanément la puissance ascendante des Français, la puissance plus grande encore des Turcs, enfin la puissance non moins redoutable des réformateurs religieux, parce que celle-ci était à la fois morale et matérielle.

Cependant Cbarles-Quint, tout en fléchissant lui-même dans cette lutte gigantesque, aurait voulu transmettre ses projets et son ambition à son fils unique ■ en lui assurant non-seulement ses couronnes héréditaires, mais encore le sceptre des empereurs, simple ornement pour un prince nécessiteux, mais levier puissant entre les mains du possesseur des Pays-Bas, des Espagnes, des Indes, de Naples et du Milanais. Tout avait été mis en œuvre pour obtenir de l'archiduc Ferdinand, déjà roi des Romains, sa renonciation aux droits éventuels que ce titre lui assurait ainsi qu'à ses descendants. Marie d'Autriche, reine douairière de Hongrie et gouvernante-générale des Pays-Bas % avait servi d'intermédiaire entre ses deux frères, l'empereur et le roi des Romains, pour amener une transaction qui pût les satisfaire Tun et l'autre. Il fut enfin résolu, au mois de mars 1 551 , que, après la mort de Charles-Quint, Ferdinand monterait le premier sur le trône impérial; que Philippe lui succéderait, et que, après lui, l'empire reviendrait à son cousin et beau-frère Maximilien , roi de Bohême ' . Mais les électeurs ne consentirent point à ratifier cette espèce de pacte de famille et, par leur refus, renversèrent le projet qui était

I Philippe, né à Valladolid, le 24 mai 4527, du mariage de Charles-Quiot avec Isabelle, sœur de Jean III, roi de Portugal, mariage célébré à Séville au mois de mars 4526.

' Elle était veuve depuis 4526 de Louis II, roi de Hongrie, tué à la bataille de Mohacz. En 4534 , l'Empereur Tavait appelée au poste de gouvernante générale des Pays-Bas en remplacement de sa tante, Tillustro Marguerite d*Âuriche, morte l'année précédente.

* Il avait épousé, en !548, la princesse Marie, fille de Charles- Qui»^^

iO LES PAYS-BAS SOUS PHILIPPE il.

le plus cher à Charles-Quint. Il accusa son frère d'avoir cherché, dans rintérét de ses propres enfants, un appui parmi les électeurs protestants et lui témoigna depuis lors une certaine défiance. Si l'arrangement que proposait Marie de Hongrie avait été ratifié par le corps germanique, l'intention de l'empereur était d'investir immédiatement son fils de la souveraineté des Pays-Bas pour le rapprocher des Allemands.

Après l'insuccès de cette tentative, Gharles-Quint chercha dans une autre combinaison le moyen de satisfaire l'ambition de son héritier et d'accroître encore l'influence de la maison d'Autriche. A peine Marie Tudor eut-elle succédé à Edouard Y I sur le trône d'Angleterre, que l'empereur lui fit offrir la main de son fils '. Cette proposition ne pouvait manquer d'être favorablement accueillie. Sans parler de la gloire flatteuse d'épouser l'héritier du plus grand monarque de l'Europe, Marie y trouvait encore l'avantage, dit Robertson, de s'unir plus étroitement à la famille d'une . mère qu'elle avait toujours tendrement aimée % et de s'assurer un puissant secours pour seconder son projet favori de rétablir la religion catholique en Angleterre. Le mariage ayant été célébré en 4554, Charles, pour rehausser l'importance de son fils aux yeux des Anglais, lui céda la souveraineté du royaume deNaples et du duché de Milan. D'après les historiens les moins suspects de partialité à l'égard de Philippe, celui-^i se serait montré peu satisfait de la condescendance paternelle et, par ses plaintes incessantes, jointes à son caractère impérieux, aurait mis lempereur malade dans la triste alternative ou de se brouiller avec lui ou d'achever le sacrifice qu'il avait commencé. Strada lui-même a

> Philippe était veuf depuis 4545, de sa cousine, dona Maria de Portugal, fille de Jean III. De ce mariage était issu Don Carlos.

' Elle était fille de Catherine d'Aragon, tante de Cburles-Quint, que Henri VIII répudia pour épouser .\nne de Boleyn.

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