‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 2)Chapitre 40 sur 152 · LIVRE m · texte numérisé non relu

LIVRE m

avant son exil. Ce mariage fat célébré à Naples, après l'expédition de Tunis, et pendant les fêtes du carnaval auxquelles l'empereur lui-même voulut prendre part en se faisant armer à Tafricaine et en participant aux exercices chevaleresques de la noblesse. Ces fêtes n'annonçaient qu'une catastrophe. Bientôt une nouvelle conjuration se trama à Florence pour renverser la domination des Hédicis. Le chef du complot vivait dans le palais même du duc : c'était son parent, Lorrenzino de Médicis, qui, pour mieux cacher ses projets, afièctait la démence de Brutus. Benvenuto Gellini gravait alors la médaille du duc Alexandre, et Lorrenzino lui en avait promis le revers. Il tint sa promesse. Pendant la nuit du 5 au 6 janvier 4 537, le duc fut poignardé dans son lit par des assassins que Lorrenzino avait introduits dans sa chambre, au lieu d'une fille dont Alexandre était amou* reux et qu'il avait chargé son parent de lui amener. Hais loin de rétablir la république, ce meurtre hâta l'avènement de Gosme de Médicis.

Le nouveau duc supplia l'empereur de lui donner en mariage la veuve de son prédécesseur. Charles-Quint, ne doutant point de la fidélité de Gosme, aima mieux faire servir Marguerite à une alliance avec la maison Farnèse, dont le chef, Paul III, occupait le trône pontifical depuis le 43 octobre 4534. Ils arrêtèrent, dans l'entrevue de P^ice, le mariage de Marguerite avec Octave Farnèse, second duc de Parme et de Plaisance '. Mais cette union ne fut pas plus agréable à Marguerite que la première : enfant, elle avait épousé un homme ; femme, elle épousait un enfant, car Octave n'avait que treize ans. Les deux époux furent séparés; le duc de Parme suivit Gharles-Qaint dans l'ex-

* Pierre Louis Farnèse , son père , assassiné par les chefs de la noblesse de Plaisance, en 4547, était fils naturel du pape Paul III. Voir les Communtaires de Fr. de Rabutin, liv. 1*'.

i06 LES PAYS-BAS SOUS PHILIPPE II.

pédition d'Alger et servit deux ans dans les armées impériales.

Cependant l'absence avait éveillé l'amour de Marguerite; elle revit son époux avec joie et de leur union naquit le prince Alexandre qui devait immortaliser un jour le nom de Famèse. Plus âgée qu'Octave, Marguerite voulait le dominer. Elle avait les goûts virils ; elle était si forte et si vigoureuse , dit Strada , que lorsqu'on chassait le cerf, elle lassait autant de chevaux que les plus robustes chasseurs ; elle avait même un peu de barbe au menton et sur la lèvre supérieure. Dans les querelles qui s'élevaient entre les Farnèse et l'empereur, elle prenait toujours le parti de celui-ci ; sa vénération pour son père était si grande qu'elle répétait souvent que plutôt que de lui déplaire par une demande indiscrète , elle aimerait mieux couper la tète à son propre enfant ^ D'autre part, la ferveur de sa dévoUon devait lui concilier les sympathies de Philippe II. E^le avait eu pour directeur spiKtuel Ignace de Loyola, à qui elle se confessait plus souvent qu'on n'avait coutume de le faire en ce temps ; elle pratiquait aussi tous les autres exercices de piété : chaque année, le jeudi saint, elle lavait elle-même les pieds à douze filles pauvres et les servait ensuite à table ^

Le plus profond mystère avait enveloppé la naissance de don Juan. Il avait vu le jour à Ratisbonne le 94 oq le 25 février 1547. Sa mère était Barbe Blumberg, peut-être d'origine néerlandaise. Elle fut amenée à Charles-Quint pour chanter devant lui et l'arracher à la mélancolie qui le consumait depuis la mort de l'impératrice; ce fut d'elle qu'il eut don Juan^ Mais l'enfant fut presque immédiaten^ent enlevé à sa mère et confié par l'empereur à son valet de chambre. Adrien de Bues, qui, pour mieux cacher

' Rankc, Hist. de la papauté, liv. III.

' Hist. d'Alexandre Farnèse (Amsterdam, 1G92), p. 1.*5.

* Strada, lib. i.

Page 1