LIVRE III (i
son origine, le remit ensuite à un joueur de viole. Quels motifs engagèrent Charles-Quint à tenir si secrète l'existence de cet enfant? Par pudeur, sans doute, il ne voulait point qu'elle fAt révélée de son vivant. Ce ne fut que dans son testament qu'il avoua l'origine de don Juan et qu'il le recommanda à son successeur \
■ Les papiers relatifs à don Juan étaient renfermés dans une enveloppe sur laquelle on lisait la recommandation suivante, écrite de la main de rempereur : « Personne ne doit ouvrir le présent écrit, si ce n*est le prince mon fils, ou, à défaut de lui, mon petit-flls don Carlos, et, à défaut de ce dernier, celui ou celle qui se trouvera désigné pour me succéder en vertu de mon testament, à l'époque où l'ouverture en sera faite. • L'écrit mystérieux contenait ce qui suit : « En outre de ce qui est porté dans mon testament , je dis et déclare qu'étant en Allemagne , depuis la mort do l'impératrice mon épouse, j*ai en, d'une femme non mariée, un flls naturel appelé JMme; que, pour certains motifs particuliers , mon intention a été de tout temps, comme elle est encore (si la chose est possible sans trop d'inconvénients), que ce fils prenne spontanément et de son plein gré l'habit dans quelque ordre de moines réformés, vers lequel ou l'acheminerait, mais sans exercer contre lui ni violence ni coaction quelconque. Cependant, si mes vues ne pouvaient é(re accomplies, et que le prince préférât vivre dans le siècle , je veux et j'ordonne qu'on lui assigne, par voie ordinaire, de 20 à 30,000 ducats de revenu annuel dans le royaume de Naples, ainsi que des terres et vassaux qui lui obéissent. Je remets le tout à la discrétion do prince mon fils, et, à son défaut, à celle de l'infant don Carlos, mon petit-fils, ou de tout autre qui, aux termes de mon testament et lors de son ouverture , se trouvera être mon héritier. Si , à cette époque , ledit Jérôme n'est pas encore entré dans l'état que je désire lui voir embrasser, il jouira dudit revenu et des terres qui lui sont assignées pendant tout le cours de sa vie, et, après lui, ses héritiers et successeurs légitimes issus de son corps. Quel que soit, du reste, le genre de vie pour lequel se décide ledit Jérôme, je recommande expressément au prince mon fils , à mon petit-fils « ou à tout autre mon héritier, au moment de Touverture de mon testament, de l'honorer et faire honorer, de lui garder le respect qui lui est dû , et d'accomplir et exécuter tout ce qui est prescrit dans la présente cédule, signée de mon nom et de ma
i08 LES PAYS-BAS SOUS PHILIPPE 11.
Le confident intime du dernier amour de Gbarles-Quint fut Luis Quîjada , son majordome. Ce loyal serviteur, sans jamais divulguei* Torigine de Tenfant , le confia à sa femme , dofia Magdalena de Uiloa, qui lui donna des soins maternels. On peut croire d'ailleurs que Quijada, après avoir établi sa famille à Quacos, fit en sorte que, avant de mourir , l'empereur accueillit et bénit le jeune Geronimô. Toujours est-il avéré que, pendant les obsèques de Cbarles-Quint, don Juan se tint constamment à côté de Quijada, dans l'église de Yuste, étonnant les autres assistants par une attitude qui dénotait son affliction et le respect qu'il professait pour la mémoire de l'empereur *. Du reste, Philippe IF, exécutant la volonté formelle de son père, reconnut le fils illégitime de Barbe Blumberg et l'appela à sa cour en 4560 ; mais, alors même que don Juan venait de donner, sur les cAtes d'Afrique et à Lépante , un nouveau lustre aux armes de l'Espagne, son frère, toujours plein de défiance, ne voulut point qu'on lui accordât le titre d* Altesse, alléguant que celui d^Excellence était mieux en rapport avec sa position * .
« main, close et scellée de mon petit sceaa secret, la considérant comme • clause expresse de mon testament. Fait à Bruxelles , le 6 janvier 4554. • Papiers d'État du cardinal de Granvelfe, t. IV, pp. 496 et suiv. > Relation du religieux de Tordre de Saint-Jérôme, chap. XLIIL ' Barbe Blumberg épousa ensuite un Anglais, Jérôme-Pyrame Kegell, qui remplissait Foffice de commissaire des vivres aux Pays-Bas. Elle perdit son mari au mois de juin 4569, et, huit jours après, le plus jeune des deux enfants provenus de ce mariage se noya dans une citerne. Du reste, elle restait pauvre avec beaucoup de dettes. Gomme on oMgnorait point dans le public qu'elle était mère de don Juan, le duc d'Albe, alors gouverneur général des Pays-Bas, Tenvoya visiter et lui donna le conseil de ne point disposer de sa personne sans Ten avertir premièrement. Il se hâta, d'ailleurs, de demander les ordres du roi. Celui-ci répondit («6 sep^ tembre 4569) que le duc ne devait permettre en aucune maniéré que la mère de don Juan vint en Espagne, et il désira avoir son avis sur ce qu'il