LIVRE III (4598). lis
Stuart, reine d'Ecosse et épouse du dauphin de France, comme la vraie hMUèrede Marie Tudor '. Cependant Henri II s'était empressé aussi d'adresser à la reine Elisabeth les protestations les plus vives d'estime et d'attachement. Il la conjura de se dégager d'une alliance qui avait été si funeste à l'Angleterre et de conclure avec lui une paix particulière, sans y mêler ses intérêts avec ceux de l'Espagne, dont elle devait absolument se séparer. Elisabeth paraissait incliner vers ce parti lorsqu'un acte impolitique de Henri II vint l'obliger à rester unie, noomentanément du moins, avec l'Espagne. Elle avait conçu le plus profond re»^ sentiment en apprenant que Henri II, d'après les suggestions des Guises, avait permis à sa belle-fille, la reine d'Ecosse, de prendre le titre et les armes de reine d'Angleterre. Aussitôt elle enjoignit aux représentants de l'Angleterre à Gercamp d'agir en tout de concert avec les plénipotentiaires d'Espagne, et de ne se porter à aucune démarche sans en avoir auparavant conféré avec eux. Mais, d'autre part, elle déclina la proposition de mariage que Philippe lui avait faite et, quoique alliée politiquement avec le roi catholique, persista dans la résolution de détacher de nouveau l'Angleterre de la communion romaine ». Cependant Henri II s'était assuré une sorte de compensation en profitant des embarras de l'empereur, pour obtenir de la diète réunie à Augsbourg, en échange de promesses d'amitié, la conservation assurée des trois évéchés (Metz, Toul et Verdun), dont la France s'était emparée dans la campagne de 4552. Philippe H, dont Tattention
1 Marie Stuart, nièce des Guises par sa mère Marguerite de Lorrain (femme de Jacques V, roi d'Ecosse), avait épousé, le Î4 avril 455S, François, dauphin de France. Elle était descendante directe de Henri Vil par la fille atoée de ce monarque, Marguerite Tudor, mariée à Jacques IV, roi
d*Ëcosse.
* Biêtoire desducê de OtHêe, 1. 1, p. 50 f et suiv. ; Robertsow , lîv. Xll«, et MioNBT, Histoire de Marie Stuart, cbap. H.
était principalement fixée sur l'Angleterre et le Piémont, déclara, au sujet des réclamations de l'Empire, que cela ne le regardait point».
Tel était l'état des choses lorsque, sur la proposition de Christine de Lorraine, le siège des conférences pour la paix fut transféré, au tnois de février 1 559, de l'abbaye de Gercamp dans la ville de Càteau-Cambrésis \
Elles furent reprises, le 6 de ce mois, et, dès la première séance, te connétable de Montmorency mit en avant un projet de mariage entre le roi d'Espagne et la fille atnée de Henri II, Elisabeth de France qu'il s'était agi, à Gercamp, de fiancer au fils de Philippe, don Carlos. On revint aussi au projet d'unir le duc de Savoie et Marguerite de France, sœur de Henri II ^. Le jM'incipal représentant d'Elisabeth, Thomas Howard d'Efifingharo, ayant eu vent du projet suggéré par le connétable, flatta les premières espérances de Philippe II en laissant entendre aux plénipotentiaires espagnols qu'il ne manquait qu'un mari à sa
* Rankb, Histoire de France, principalement pendant le xvi« et le xvii« siècle (traduction de J.-J.Porchat), Paris, 4854, 2 vol. in-8«, 1. 1, p. 439.
' On avait abandonné Tabbaye de Gercamp parce que c'était un lieu iocommode, et on ne pouvait se réunir à Cambrai, dont il avait d'abord été question, parce que cette ville renfermait trop de gens de guerre. Du reste, il résultait d*un rapport ofllciel fait sur les lieux, à Câteau-Cambrésis, que ceux-ci étaient aussi en assez mauvais état. Après de longues discussions entre les maréchaux des logis, la distribution suivante fut adoptée : le logis de la duchesse de Lorraine serait à Monsoulas ; les plénipotentiaires espagnols habiteraient Beanregard et Monplaisir; ceux de France seraient placés à Monsecours et à la Bello-Image, et les ministres d'Angleterre se logeraient au palais de Tévéque. Papiers d'ÉkU du cardinal de GranveUe, t. V, p. 4Î6.
f La princesse Elisabeth, née à Fontainebleau le 2 avril 4545, n'avait doue pas encore, à cette époque, atteint sa quinzième année. La princesse Marguerite était née en 4523. ;