LIVRE III
maîtresse, belle, jeune et grande princesse. Le roi d'Espagne connaissait mieux sans doute les sentiments réels d'Elisabeth, car son ardeur à soutenir les réclamations des Anglais au sujet de Calais, se refroidit peu à peu d'une manière sensible. 1! est vrai qu'une appréciation plus saine de sa position l'obligeait à vouloir décidément la paix , faute de ressources suffisantes pour continuer la guerre ^ Mais tout en désirant vivement que les Anglais se relâchassent de leurs prétentions, Philippe et les plénipotentiaires espagnols se faisaient scrupule de les abandonner: Ils agirent de telle sorte que les concessions exigées par la France relativement à la possession de Calais fureqt enfin accordées par les Anglais eux-mêmes. Du moment oii la reine Elisabeth déclinait les propositions matrimoniales de Philippe II et se montrait
» Une lettre confidentielle adressée par le roi à Granvelle, le 42 février, ne laisse aucun doute à cet égard. Il lui mandait : <* Je dois vous dire
• qu'il m'est de toute impossibilité de soutenir la guerre ; j'ai déjà dépensé o 4,^00,000 ducats que j'ai tirés d'Espagne, il y a deux ou trois mois, par « le moyen des banquiers, et j'ai besoin d'un autre million d'ici au mois « de mars prochain La situation est tellement grave que je dois en
• venir à un arrangement Que l'on ne rompe, en aucune manière, les
« négociations entamées .... » Le duc de Savoie n'était pas moins explicite : « Quant à la jonction de nos forces, ce parti ne pourrait que pro-
» duire d'heureux effets, soit en amenant les Français à faire ce qu'ils doi-
• vent, soit dans le cas où la paix ne serait pas conclue , en nous donnant a plus de facilité pour tenter quelque opération. Malheureusement U existe » un contre-temps que V. S. connaît très-bien, c'est que nous n*avons « pas un seul réal à notre disposition, et qu*on doit aux troupes allefl mandes, indépendamment de l'à-compte qui vient de leur être payé sur « les arrérages, plus d'un million d'écus ; ce qui me fait craindre que, « si l'on ne se hâte de conclure la paix, elles ne se révoltent et ne se jet-
• tent sur nos terres. Veuillez donc bien réfléchir à ce que vous faites ; « car, à défaut d'un traité de paix , je vois le roi placé dans le plus grand
a embarras où jamais souverain se soit trouvé » Papiers d'État du
cardinal de Granvelle, t. V, p. 453 et 459.
\i6 LES PAYS BAS SOUS PHILIPPE 11.
fermement résolue à détacher de nouveau l'Angleterre de la communion romaine, il ne lui restait plus qu'à s'efforcer de ménager Tamour-propre de son peuple. Cette satisfaction lui fut accordée par les plénipotentiaires français : selon la teneur du traité particulier signé le 2 avril entre la France jét l'Angleterre, Henri U parut ne devoir garder Calais que provisoirement pour une période de huit années. Mais la possession de cette ville, désormais assurée à la France, fut contre-balancée par des sacrifices considérables, car les plénipotentiaires espagnols, inaccessibles aux séductions de leurs adversaires et inébranlables devant la menace d'une rupture, maintinrent avec fermeté que la France devait renoncer à toutes ses autres conquêtes. La mise en pratique de ce principe fondamental tendait à rétablir la prépondérance de TEspagne, considérablement affaiblie, dans les dernières années, par les succès des armes françaises '.
Le traité de pacification conclu à Câteau-Cambrésis, le 3 avril, stipulait que les rois d'Espagne et de France, maintenant réconciliés, travailleraient de concert à l'extinction de l'hérésie en provoquant la réunion d'un concile général ; que toutes les conquêtes faites en deçà des Alpes, par l'une ou l'autre des puissances, seraient réciproquement abandonnées ; que le duc de Savoie recouvrerait ses États sous la réserve de quelques villes qui resteraient entre les mains de Henri II, jusqu'à ce que ses prétentions du chef de Louise de Savoie, sa grand'mère, eussent été jugées et décidées en justice réglée ; enfin, que les autres domaines ou villes occupés par les Français en Italie seraient restitués immédiatement à leurs légitimes possesseurs. En résumé, les Français
1 On trouve des détails intéressants sur les derniers incidents desconféreoces de Cûteau-^Cambrésis dans une lettre adressée, le 3 a^ril, par Tévêque d'Arras au comte de FeriSf ambassadeur espagnol à Londres. Papiers d*Ètat du cardinaî de Granvelle, t. V, p. 585.