LIVRE QUATRIÈME
Philippe II ; son éducation ; son premier voyage dans les Pays-Bas, en 1549.
— Causes de son impopularité. — Portrait de Philippe IT, en 4^9. — Prédilection excessive qu'il témoigne pour les Espagnols. — OrganisatioD politique des Pays-Bas. — Prétendants au gouvernement général de ces provinces. — Le comte d'Egmont. — Le prince d*Orange. — Origine et développements de la maison d'Orange-Nassau, particulièrement dans les Pays-Bas. — Portrait de Guillaume le Taciturne, en 4569. — La candidature du comte d*Egmont et du prince d*Orange repoussée par la cour. — Ils indiquent Christine de Lorraine , qui désirait vivement le gouvernement des Pays-Bas. — Philippe II écarte la duchesse de lorraine ainsi que les archiducs , fils de l'empereur Ferdinand , et nomme gouvernante générale sa soeur naturelle Marguerite d'Autriche, duchesse de Parme. — Progrès des nouvelles doctnnes — Philippe ordonne à Granvelle de s'entendre avec son confesseur et de lui proposer des mesures efficaces pour extirper l'hérésie. — Répugnance de Philippe II et de Granvelle pour les assemblées délibérantes. — Les embarras financiers obligent cependant le roi à convoquer les états généraux à Bruxelles , le 30 juin 4559. — Mesures proposées pour remédier à la situation financière. — Les états généraux appelés à Gand, où s'était rendu Philippe II. — Vingt-troisième et dernier chapitre de l'ordre de la Toison d'or, célébré dans l'église de Saint*Bavon. — Le comte de Hooghstraeten et le baron de Montigny sont admis dans l'ordre, malgré Philippe II. — Les é(ats généraux se réunissent, le 7 août, eu présence du roi; discours de Granvelle ; installation de la duchesse de Parme. — Froideur des états.
— Réclamation contre l'immixtion d'étrangers dans le gouvernement et le séjour prolongé des troupes espagnoles. — Promesses de Philippe II. '• Instructions secrètes remises à la duchesse de Parme pour la diriger dans le gouvernement général du pay 9. — Composition du conseil d'État.
— La Consulte, — Philippe II pourvoit au gouvernement des province?
Livas IV (1559). it^
CL uu commandement des bandes d'ordonnance. — Négociations avec le saint-siégc iKMir augmenter le nombre des évéchés dans les Pays-Bas. — Paul IV acquiesce à la demande du roi catholique. — Instructions rigoureuses données à la duchesse de Parme , aux gouverneurs des provinces, au grand conseil de Malines , etc , pour la répression des hérésies. — Départ de Philippe II; son retour en Espagne. — Autoda*fé quMl préside à Valladolid et serment qu'il prôte de soutenir rinquisition.
L'éducation de Philippe II avait été excrusivement espagnole. Il n'avait que six ans lorsque l'empereur, son père, le confia à don Juan Martinez Siliceo , théologien renommé qui devint plus tard cardinal et archevêque de Tolède ; il n'avait pas atteint sa quinzième année que déjà Charles-Quint le plaçait à la tête du gouvernement de l'Espagne, en lui adjoignant des conseillers expérimentés pour le guider. Ce ne fut, enfin, qu'en 4548, lorsque l'infant eut atteint sa vingt et unième année, que l'empereur se décida à le présenter aux autres peuples sur lesquels il était également destiné à régner un jour * .
L'archiduc Maximilien d'Autriche , déjà fiancé à la princesse Marie, sa cousine germaine, se rendit en Espagne pour achever son mariage et gouverner le royaume pendant l'absence de Finfant. Celui-ci, escorté par cinquante galères qui étaient placées
■ Ainsi que Charles-Quint le fit déclarer aux états généraux des Pays-Bas, il avait mandé le prince héréditaire o affin qu'il fut cogneu par deçà, et
• que , voyant les pays et cognotssant Timportanoe d'iceulx , il en eust à
• Tadvenir plus particulier soingi et que, estant informé des grandes ehar-
• ges quMls portoient pour se soustenir soubz Tobéissance de leur prince, « il les respectast tant plus, et que, veans lesdictz pays Taffection que mon- « dit seigneur le prince leur portoit, ils lui correspondissent par deu amour « et révérence. » Gacrard , Des ancicnues assemblées nationales fie la Belgiqtte, § IL
iâO LBS PAYS-BAS SOUS PHILIPPE II.
SOUS le commandement du célèbre André Doria, se rendit à Gènes ; puis il traversa triomphalement les possessions italiennes de l'Espagne et remonta par le Tyrol en Allemagne. L'empereur avait envoyé au-devant de lui le duc d'Arschot avec les bandes d'ordonnance des Pays-Bas pour l'escorter jusqu'à Bruxelles.
A son entrée dans les Pays-Bas, las populations saluèrent d'abord avec allégresse , avec confiance, l'héritier de Charles- Quint. Le 4*' avril 1549, il se dirigea du ch&teau de Tervueren vers Bruxelles , précédé par son étendard et ayant à ses cétés le cardinal de Trente et le prince de Piémont ; derrière lui chevauchait une foule de seigneurs espagnols et flamands en tête desquels on remarquait le duc d'Albe et l'évêque d'Arras. Toute l'élite de la bourgeoisie se joignit au cortège, qui s'avança vers le château de Gaudenberg, à travers les arcs de triomphe dressés dans les rues. Les reines douairières de Hongrie et de France reçurent leur neveu à l'entrée du palais et le conduisirent dans la grande salle où l'empereur l'attendait. Le lendemain, les états de Brabant offrirent au prince royal un don gratuit de \ 00,000 florins philippus , et le magistrat de la ville lui fit présent d'une coupe sur laquelle était gravée une inscription qui faisait allusion à la bataille de Muhiberg ' .
L'ambition de Charles-Quint était d'assurer au prince, son fils, la tranquille possession des immenses États qui avaient été successivement placés sous sa domination. Comme les institutions des Pays-Bas auraient pu lui offrir, sous ce rapport, quelques obstacles, il se hâta de les faire disparaître. Les assemblées pro« vincialea furent saisies de deux propositions. Par la première, (]ui était tout h fait nouvelle, Tempereur invitait les états à recevoir dès lors son fils comme leur futur souverain et à lui prêter
> Histoire des Pays-Bas » par Eiiiiaiiijbl oe MfiT£ftBN, fol. 42, et Histoire de Bruxelles, par Hbnnb et Wautbrs, t. !«', pp. 367 et suiv.