LIVRE IV
sermeDl, en même temps qu'ils recevraient le sien ; par la seconde , l'empereur demandait leur acquiescement à une pragmatique établissant que , « en matière de succession souveraine f aux Pays-Bas , représentation aurait lien aussi bien en ligne K directe qu'en ligne collatérale, et qu'il serait dérogé à cet effet « aux coutumes particulières des provinces qui pourraient y u être contraires. » Par cette nouvelle constitution , qui devait avoir un caractère incommutable , Charles-Quint voulait prévenir que les dix-sept provinces des Pays-Bas, dont la réunion avait coûté tant d'efforts, ne fussent de nouveau démembrées ou que des discussions ne s'élevassent entre ses descendants ' . Les états s'empressèrent d'accueillir une proposition qui consacrait l'union nationale et qui était conséquemment favorable à la grandeur du pays ; mais la reconnaissance anticipée du prince héréditaire rencontra plus de difficulté, soit que cette innovation parût moins heureuse, soit plutût que l'enthousiasme excité par larrivée de l'infant se fût déjà refroidi. Les Belges , habitués à jouir de la faveur et de la familiarité de Charles-Quint , étaient blessés de la prédilection trop peu déguisée que son fils manifestait pour les Espagnols.
Le 5 juillet , cependant , Philippe fut inauguré à Louvain comme le chef futur du duché de Brabant; il revint ensuite à Bruxelles et, placé à la brétèque de l'hûtel de ville, prêta, d'après une traduction espagnole , le serment traditionnel de respecter les privilèges. On remarqua que, lors de son retour au palais, le duc d'Albe le précédait, portant l'épée nue •.
1 Gachabi», oper. ci/., § IL La pragmatique sanction de Charles-Quint porte la date du 4 novembre 4549.
' A la limite de la commune, au lieu dit les deux TiUeuls [où se trouve aujourd'hui le cimetière de Ste-Gudule), Philippe avait déjà juré, sur un autel couvert de reliques, de maintenir dans leurs privilèges, droite , statuts et possessions te chapitre de St«*Guduie et les autres églises de BruxcN
iâ2 LES PAYS-BAS SOUS PHILIPPE 11.
L'empereur lai-^méme voulut accompagner son fils dans la plupart des provinces méridionales pour la solennité de son inauguration, comme seigneur futur du pays. Partout les villes principales firent à Charles-Quint et à son fils des réceptions pompeuses ; mais la magnificence déployée par les nations d'Anvers éclipsa tout ce qui s'était vu jusqu'alors. La goutte ayant forcé l'empereur d'interrompre son voyage, la reine Marie, gouvernante générale , le remplaça près du prince d'Espagne et visita avec lui la Hollande, la Zélande et la Gueldre.
Après avoir assuré à son fils l'héritage das dix-sept provinces des Pays-Bas, Charles-Quint voulut également obtenir pour lui l'expectative de la dignité impériale. Il se rendit à cet effet en Allemagne, au mois de juillet 4550, mais il eut le chagrin de ne pouvoir triompher de l'antipathie que les électeurs conçurent pour le prince espagnol ■ . En résumé, le résultat de son premier voyage avait été moins que favorable au fils de Charles-Quint. Partout, dit un ambassadeur vénitien, il fit l'effet d'être sévère et intraitable, de sorte qu'il fut peu agréable aux Italiens, qu*il déplut tout à fait aux Flamands, et se rendit odieux aux Allemands. Témoins de cette impopularité, le cardinal de Trente, la reine Marie de Hongrie et l'empereur, avec plus de force encore, et à diverses reprises, avertirent don Philippe que cette sévérité n'était point convenable chez un prince desiiné à régner sur plusieurs nations de mœurs et d'esprit divers ^ Charles-Quint, deux ans
les et de son territoire. Cet ancien usage fut alors observé pour la dernière fois ; les successeurs de Philippe H prêtèrent ce serment dans Téglise même de Ste-Gudule. Histoire de Bruxelles, 1. 1«, pp. 372-373.
I Voir notre Vie de Marie de Hongrie, chap. IV.
' Selon Marillac, alors ambassadeur de France à Bruxelles, la précaution prise par Charles-Quint de faire reconnaître d'avance son fils , comme le futur souverain des Pays-Bas, était suflisamment motivée. « Ledit S^ prince