LIVRE iv
II prit part aux expéditions de Charles le Hardi, n^ocia le mariage de Marie de Bourgogne avec Maximilien et décida la victoire de Guinegate en 1479. Pris par les Français près de Béthune en 1 487, il ftit relâché deux ans après moyennant une rançon considérable *. Mais il retrouva Uentôt roccasion de rétablir ses finances. Chargé en 4490 de punir les Brugeois, auxquels Maximilien ne pardonnait point sa captivité, il put, au moyen de ses extorsions, bAtir le magnifique palais de Nassau à Bruxelles. II était, au surplus, le principal personnage des Pays- Bas et fut même chargé du gouvernement général de ces provinces lorsque Philippe le Beau se rendit en Espagne en 4 5])1 . EngelbertII mourut à Breda en 4504, sans postérité. Quant à son frère Jean Y, il ne se signala que par un voyage en Palestine. En 4482, cet autre Nassau avait épousé Elisabeth de Hesse- Gatzenellenbogen, qui lui apporta en dot une partie considérable du comté de ce nom . II laissa deux fils qui se partagèrent de nouveau les domaines de la branche cadette de la maison de Nassau : Henri, le lieutenant, le confident et l'habile négociateur de Charles-Quint, eut les possessions des Pays-Bas ; Guillaume, père du Taciturne, eut celles d'Allemagne *.
Henri de Nassau, élevé à la cour de Philippe le Beau , était devenu Tami de ce prince, l'avait suivi en France et en Espagne, et en avait été comblé de faveurs. A la mort de Tarchiduc^ Tempereur Maximilien lui confia, conjointement avec Guillaume de Croy et Adrien d'Utrecht , l'éducation de son petit-fils. Il prit part à toutes les guerres et négociations qui signalèrent la minorité de Charles-Quint. En 4 51 5, il fut nommé gouverneur de la Hollande , de la Zélande et de la Frise. Au moment où Charles s'embarquait pour aller recueillir les couronnes d'Espagne, il
1 Elle représenterait, en monnaiô actuelle, une somme de 80,000 francs. ' Archives de ta maison dVrange-NaMau, 1. 1, introd., p. 65.
i54 LES PAYS-BAS SOUS PHILIPPE II.
repoussa la bande noire du duc de Gueidre, l'eunemi invétéré de la maison d'Autriche. Il reçut alors la charge de capitaine général de l'armée. En outre, Gharies lui écrivit de Viilaviçosa , le 49 septembre 4 5n, pour le remercier du bon service qu'il lui avait rendu , ajoutant qu'il ne l'oublierait jamais. « Je le reconte naîtrai quelque jour, disait-il, et bientôt, car je suis ici en lieu « où je peux vous faire du bi^ ; vous verrez que je ne suis point a ingrat et qu'il fait bon servir telmoitre, >» Lorsque Gharies sollicita rSmpire , le comte de Nassau fut le chef de l'ambassade hispano-belge ; et il mit, dit le Taciturne, la couronne impériale su|; la tête de son maître. Gelui-ci, selon sa promesse, lui témoigna une gratitude très- vive : il le nomma son grand chambellan, l'admit dans son intimité, doubla son revenu, quoique Henri de Nassau fôt déjà te seigneur le plus opulent des Pays-fias, et lui marqua, enfin, une affection si grande qu'elle eût excité Tombragé des autres ministres et capitaines si le favori de Charles* Quittt n'avait en quelque sorte désarmé ses rivaux par sa modestie. Un ambassadeur vénitien disait de lui en 4 532 : « Nul ne jouit d'autant de faveur et d'autorité auprès de Tempereur, que le comte de Nassau : il aurait bien plus d'autorité encore, s'il voulait ])rendre en main le timon des affaires, et user de son crédit, car Sa Majesté l'aime et le respecte beaucoup; mais il ne semble pas qu'il se soucie de gouverner. Il se contente d'assister aux conseils que préside l'empereur et d'y dire librement son avis ■ . » Henri de Nassau mourut à Brada en 4538, ne laissant qu'un fils (René) issu de son second mariage avec Glaudine de Chàlons-Orange, héritière présomptive de son frère Philibert. Après la mort de Glaudine, le comte Henri, se conformant au désir de Charles-Quint, avait épousé en troisièmes noces Mencia
^RêkUioH de Nicole Tiepolo sur Charles-Quint, faite en 4532. Monumenu de la diplomatie vénilienne, p. 73.
LiTEE IV (1559) 155
de Mendoça, marquise de Zenette, qui joignait une grande fortune aux charaies de la jeunesse. Il avait eu pour rival le duc d'Albe, mais les prétentions de ce dernier étaient combattues par l'empereur lui*méme parce que ce prince craignait, selon la remarque d'un historien moderne, que si un grand d'Espagne se mariait avec une riche héritière, il ne devint trop puissant ' .
La principauté d*Orange, qui venait d'échoir aux Nassau, avait appartenu successivement et sans relever d'aucun sueerain à trois maisons : Orange, Baux et Ghftlons. Cette dernière, trè&^puissante dans les deux Bourgognes, avait acquis la princi^ pauté par mariage en 1393. Philibert, quatrième prince de la maison deChàlons, eut d'abord le dessein d'offrir son épée à François K ; une humiliation dont il conserva le ressentiment le jeta dans le parti de l'empereur '. Gomme il se rendait en Espagne, il fut pris sur mer par les Français et resta trois ans prisonnier dans le château de Lusignan en Poitou. Lorsqu'il eut recouvré sa liberté, il accompagna Charles de Bourbon dans son entreprise contre Rome, et, après la mort du connétable, les Impériaux l'élurent généralissime, quoiqu'il n'eût que vingtquatre ans. Rome prise, il aurait voulu, dit*on, exécuter le dessein du connétable en se faisant couronner roi de la ville éternelle. On le retrouve ensuite dans Naples, assiégée par Lautrec;
1 D'après la relation deTambassadeur vénitien Gaspard Contarini (4626), Henri de Nassau avait S0,000 ducats de revenu, qui furent augmentes de S0,000 par son mariage avec dona Mencia de Mendoça, et de 43,000 que Temperear, à roocasioa de ce mariage, leur accorda pendant leur vie*
' A roGcasion du baptême du premier dauphin, fiJs aîné de François U' et de Gaude de France, le prince d'Orange était venu en France avec un cortège magnifique dans le dessein de présenter ses services an roi : mais soit qu'ils ne fussent pas agréés, soit qu'ils ne le fussent qu'à des conditions dont ce prince ne crut pas devoir s'accommoder, il quitta la cour et s'attacha à Charles d^Autriche. Mémoires de Martin du BeUay, 1. 1, p. 404.
et là encore il est appelé à remplacer le vioe-roi , Hugues de Moncade , qui a succombé ; là, pour ia secoade fols , le jeune priuce d'Orange est élu généralissime par les soldats impériaux. £n 4530, devant Florence, deuxarquebus^des qu'il reçoit à travers le corps viennent terminer brusquement la carrière de ce jeune héros. Sa bravoure avait été aiguillonnée parle désir d'épouser Catherine de Médicis (depuis reine de France) ; aussi faisaitil auts^nt l'office de soldat que celui de capitaine* C'était, au surplus, un ennemi acharné des Français, Lorsqu'il se trouvait enfermé dans le château de Lusignan , il n'y avait muraille blanche, dit Brantôme, qu'il ne noircit de petits écriteaux contre eux i quand ils avaient du malheur à la guerre» il était perdu de jot^; quand ils avaient du succès, il était désespéré de deuU. En vertu du testament de Philibert, la principauté d'Orange fut transmise à René de Nassau, fils unique du comte Henri et de Claudine de Chàlons. Charles-Quint, de son c6té, fidèle à la mémoire de Henri de Nassau, conféra à son héritier le gouvernement de la Hollande, de la Zélande, d'Utrecht et de Frise. René s'eflForça d'égaler son oncle maternel par des actions d'éclat ; mais sa carrière , qui promettait aussi d'être glorieuse , fut soudainement interrompue comme celle de Philibert. Le 49 juillet 1544, il fut blessé mortellement devant Saint^Dizier ; trois jours après, il mourut, âgé de vingt-six ans. L'empereur, dit Brantôme, alla le voir dans sa tente , le consola tant qu'il put , et, lui disant adieu, le baisa à la bouche, puis se retira la larme à l'œil.
Guillaume , frère du comte Henri , n'ambitionna point, comme celui-ci, les grandes négociations ni les commandements militaires. La principale affaire de sa vie fut l'introduction de la réforme dans ses domaines, et cette œuvre dangereuse, il l'accomplit avec beaucoup, de fermeté et de persévérance ' . La petitesse de ses
\ archives de la maison d'Orange-Nftssau, t. J, introd., p. 66 et suiv.