LIVRE IV
vent el de n'admettre comme instituteurs que de bons catholiques ', le magistrat devait également tenir la main h ce que la jeunesse fût bien instruite dans le catéchisme que le gouverne^ ment avait fait publier. Enfin» il fallait exclure des postes administratifs ou judiciaires les candidats qui n'auraient pas toujours eu la réputation de bons chrétiens et de catholiques ' .
Le 40 aotlit, à minuit, Philippe 1i, accompagné des principaux seigneurs du pays, se rendit au Sas, où il s'embarqua pour rejoindre en Zélande la flotte qui devait le transporter en Espagne et qui se composait de deux cents vaisseaux. Le mauvais temps TôUigea de séjourner dans les lies de la Zélande plus longtemps qu'il n'en avait l'intention ; et ce retard l'affligea vivement, car le moindre délai lui semblait une calamité. Le jeudi â3 » la duchesse de Parme et les principaux seigneurs des Pays-Bas prirent congé de lui. Vers les onze heures du soir, il entra dans son navire et resta à l'ancre jusque dans l'après-midi du lendemain. Un bon vent s'étant levé, il s'éloigna des côtes des Pays-Bas, qu'il ne devait plus jamais revoir, et parvint heureusement jusqu'au canal près de l'ile de Wight ; mais lorsqu'il entra dans la mer d'Espagne, sa navigation fut retardée par un calme extraordinaire. Enfin, le 8 septembre, la nef royale et quelques autres navires de la flotte touchèrent à Laredo, au moment où venait d'éclater une horrible tempête qui engloutit plusieurs vaisseaux de l'escorte, avec les meubles et les effets précieux dont ils étaient chargés \
A peine Philippe II fut-il de retour en Espagne , que les flam-
I Manuscrit de Tancienne bibliotlièque de Bourgogne, n« 46075.
' Journal de Vandbnesse, qui accompagnait Philippe II en Espagne, comme contrôleur. — Lettre adressée à M. de TAubespine par Christophe Challaire, maître d*hôtel de ce dernier, et datée de Mildelbourg, le 44 août {Aégociaiions , elc, de Sébaistien de TAubespine, p. 89;. — Lettre de Philippe II à Tévéque d'Arras, datée de Sudbourg (Zélande), le H août, dans les Papiers d'État du cardinal de Granvetle, t. V, p. 614.
170 LES PAYS-ftAS SOOS PttlLlPPE II.
mes des bûchers éclairèrent d'une lueur êinistre la volonté ini-> muable du roi de tout sacrifier au niaintie& de la foi catholique. Le 9 octobre , il voulut lui-même présider un auto^a-fé célébré h Valladolid et où furent brûlés treize personnes ainsi que le cadavre d'une femme qui, pour s*épargner les tortures du bûcher, s'était coupé la gorge avec des ciseaux . Presque tous ces condamnés appartenaient à des ftimilles nobles et recommandâmes ; il s*y trouvait plusieurs prêtres, entre autres Pierre de Gazalla, curé de Pedrosa, ainsi que des religieuses dont la jeunesse aurait dû désarmer les bourreaux. Après l'auUKla^fé, Philippe, accueillant la demande qui lui était faite par Tinquisiteur général, jura solennellement et publiquement de soutenir et de défendre le saint office , et de lui révéler tout ce qui aurait été dit contre la foi, par quelque personne que ce fût. Ce serment, redoutable dans ses conséquences, devint comme l'excuse d'une politique entachée trop! souvent de duplicité, de fanatisme et de cruauté.