LIVRE cmauiÈME
Prépondérance de VEspagne. — Possessions de Philippe II. — Coupd'œil sur les forces, lindustrie, le commerce, etc., de TEspagne. — Prospérité des Pays-Bas.— Productions du sol.— Commerce d'échange.— Industries des différentes provinces.— Mœurs des habitants.— État de Tinstruction.
— Les chambres de rhétorique.— Les dix-sept provinces.— DescriptioD de la région septentriODale.^Ançien aspect decette contrée ; inondations; digues. — Le duché de Gueldre. — La Frise. — Le comté de Hollande.
— Mœurs des Hollandais. — Fabrication du beurre et du fromage ; pèche du hareng ; commerce. — La Haye , Dordrecht, Amsterdam, etc.
— La Zélande.— Description de la région méridionale.— La principauté de Liège. — Le duché de Luxembourg. — Le comté de Namur. — Le comté de Hainaut.— Prospérité de Mons et de Valencieones.— Domaines de la noblesse. — L'Artois. — Le comté de Flandre. — Lille, Tournai , Alost, Gand, Bruges, Ypres, etc. — Contestations commerciales avec l'Angleterre; détails sur Findustrie de la Flandre. — Le duché de Brabant.— Louvain et son Université.— Bruxelles.— État de Maestricht.
— Duché de Limbourg. — Seigneurie de Malines. — Anvers. — Progrès de cette ville depuis la décadence de Bruges. — Elle éclipse Venise. — Les Hansé&tes. — Population. — Monuments. — Gouvernement de la commune. — Maisons étrangères. — Les nations. — La bourse. — Les factoreries. — Le port. — Principaux articles d'importation et d'exportation. — Industrie des Anversois. — Aisance de la bourgeoisie. — Aspect riant de cette grande métropole commerciale.
Quoique Philippe II eût été déçu de l'espérance ambitieuse d'hériter aussi de ia couronne impériale , • il primait néanmoins touà les autres souverains de son temps par le nombre et la puis-
sance de ses États. Charles-Qiiint ]ui avait laissé en Europe les royaumes de Castilie, d'Aragon et de Navarre; la principauté de Catalogne et le RoussUloii; les royaumes de Naples et de Sicile ; la Sardaigne et le Milanais ; les Pays-Bas et la Franche-Comté de Bourgogne. En Afrique, l'autorité du roi d'Espagne était reconnue dans l'archipel du Cap-Vert et dans les provinces de Tunis et d'Oran ; il possédait , sur les côtes occidentales , l'archipel des Canaries et, en outre, les îles de Fernando-Po, d'Annobon et de Sainte-Uélène. L'immense et riche hémisphère , découvert par Christophe Colomb, s'était encore agrandi pendant les dernières années du règne de Charles-Quint : au Mexique et au Pérou, à la Terre-Ferme, à la Nouvelle-Grenade et au Chili , les Espagnols avaient rattaché les vastes provinces arrosées par le Paraguay ot la Plata. L'Espagne possédait aussi Tlle de Cuba, celle de Saint-Domingue, la Martinique, la Guadeloupe, la Jamaïque, et bientôt elle allait prendre possession des tles Philippines dans la mer des Indes.
Fiers de cette puissance colossale , les sujets de Philippe II disaient : u Au moindre mouvement de l'Espagne, la terre tremble. » Et cédant à la fougue de leur imagination , ils ajoutaient que le soleil ne se levait et ne se couchait que dans le pays de leur domination -, ils disaient aussi que leur langue était la seule qui fût propre pour parler à Dieu.
L'Espagne , à l'avènement de Philippe II, se trouvait à Tapogée (le sa puissance. Elle était réellement , selon les expressions de Camoëns, la tôte de l'Europe. La supériorité de ses armes, de son industrie, de son commerce et de ses richesses lui assurait le premier rang , dont elle était également digne par sa suprématie dans les arts et la littérature. Enfin, l'Espagne dominait alors le monde et lui imposait jusqu'à ses modes.
Les armes étaient la passion dominante, exclusive, des nobles ou hidalgos ; mais les autres classes n'avaient pas encore aban-