‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 2)Chapitre 7 sur 152 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

dis^nce par des colonnes surmontées de statues d'anciens ducs de Brabant en bronze doré et de piédestaux qui supportaient des aigles et des lions également dé bronze. Du côté de la cour, un p^roD à doubles rampes terminé par un portique, au-dessus duquel était placée une statue de Charles-Quint, conduisait dans une grande salle qui servait aux solennités officielles et qui aboutissait à la chapelle. Celle-ci, qui passait pour un chefd'œuvre d'architecture, avait été cbolmencée par les ordres de Charles-Quint en 4 5S5, en exécution d'une clause du testament de Philippe le Seau, son père, mais consacrée seulement en 4 553 ■ .

L'ordre de la Toison d'or, institué par Philippe le &dn, était comme le symbole de la puissance et de la splendeur de la maison dé Bourgogne. La transmission au prince d'Espagne de la dignité de chef de la Toison d'or fut le prélude de l'abdication de Charles- Quint.

Le 20 octobre, les chevaliers qui se trouvaient à Bruxelles, ayant été mandés par l'empereur, apprirent de sa bouche l'intention qu'il avait de se démettre de la souveraineté des Pays-Bas et de celle de l'Ordre en faveur de son fils. Le lendemain, l'empereur tint au palais un conseil de l'Ordre, où furent présents le roi Philippe, lé duc de Savoie, les comtes de Boussu, de Lalaing, d'Egmont, d'Arenberg, le marquis de la Vère, les seigneurs de BredeitKle, dô Bùgnicourt, deMolembais, et Pierre de WercJhin, sénéchal de-Hainaut'. Chartes, aprëd avoir rappelé aux chevaliers assemblés la communication qu^i leur avait faite la veille, exposa que, se trouvant, eii sa qualité de seigneur dès pays de par deçà et deduc de Bourgogne, chef et souverain de l'Ordre, son intention était de se dépouiller pareillement de cette dignité en faveur de

» ffistùirede rarchitecture en Belgique, par Scratbs, t. IV, p. TOetsuiv. Selon cet écrivain, la grande salle du palais de Cauâenberg « était un bâti- « ment fort élevé, long de i 50 pieds et large de 60. »

iS, LES PAYS*^S 8QUS MilUPn II.

son fllSi ^ il requit les chevaliers de le reconnaître pour chef dès que la cesaipn de» mêmes pays aurait été. effectuée. Ptûlii^ sortît de la salle, et la proposition de Tempereur fut mise aux voix. Tous les votes ayant été affirmatifs, Philippe rentra, el reput tes complimeiits des cbievaiiers, ses confrères. L'empereur annonça ensuite au conseil la résolution qu'it avait prise de renvoyer au roi trèsrchrétien les insi^otes de Toirdre de Saint-Micbel, qall ne voulait ptus porter, ilisâitril^ à cause de rinifodlié quête iroi François Ir lui avait montrée jcusqu'à sa mort, et qui opniiûuait sous le roi actuel^ Benrî U ; il alléguait en second Iteu, qu'on admettait dans eet otxfre defs pevsomi^ indignes d'y être reçues, tels que des hérétiques, deâ^traUres et d'autres infàmes^; enfin, étant déterminé, ajouta-t*il, h se reliifer eo Espagne, il ne voulait pasi ooôtin^r à se soumettre aux obligations imposées par les statuts. Les chevaliers approuvèrent également ce dessein, dç» l'empereme. Le chancelier xle Tordrede la Toison d'or proposa en-* suite teit«i3kue d'un chapitre, quiluj paraissait d'autant plus néce»* saire qu'il y avait près de dix ans qu'on n'en avait phis célébré, et que, dans l'intervalle, dixHaeuf clikevaliera étaient morts. En. approuvant oett» proposition, Vempereur dit qu'il siérait :Oonvenabte dei oéléhrer le chapitre prochain enGueUpe^aân de tait» voir aux peuples de cette province, nQuyeJiem^t . eonquise* la magnificence de l'Ordre ; mais, eu égard aux circonstanoe», U, expri^i^ Tavis^ auquel, se ra^ngèrent tous tes chey^^lî^n», qu-en.1e convoquât clans la cathédrale d'Anvers '.

Le vendredi, 35 octobre, vers trois heures de l'après-mitU, tes dépH,tés cQn4>oaant les états généraux des PaysrBas ^o rendirent.

■ Histoire de l'ordre de la Toison d*or, depuis son institution jusqu'à la cessaHofhdes chapitres g^n^awg^, tirée des archives naéme de cet- ordre, par le baron de Rkiff^nbiîi^ (BriupsUes, 49^, 4 vol. in*-4p^ p. 444*44S- Voy. aussi Gachard, VAkdic4ti0n.de Chark^^Quint, p. 49-^22. . -

LITRE phemibr (1555). 19

dans la grande salle du palais, qni était ornée de !âr tapisserie de la Toison d- or, représentant ('histoire dteGédéon. Ils prirent place snr des bancs disposée en amphithéâtre, er^ faee d'cine estradej 9ar laquelle od avait placé le doseeret a«ix artnfes de Boorg^gne^ avec trois fautetvîto : eeliii du milieu' pour l'empereur, cel«i de droite pour le roi Philippe et ceini de gauche pour la renie dooai* r^e de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas* D» cèté droit, cm banc tapissé avait été également préparé poui^ lès <^6valfers de la Toison d'or, eti du cdté gauche, un banc semMaMè pour lés alutres persofms^^^minents ; un peu phid bas, tuais toujours sur Pestradè, étaient dé» banquettes pour leë membres de trois con^ sëifs auiiliaires d^ gouvernétnent des^ays-Bas,1ié'Codseil d'Êiat, le conseil privé et le conseil des finances. Malgré les. ardbers-et les hallebardiers de la garde placés aux poftes^ lafbule avait fait irruption dans la salIé et comblait Tespacîe qui notait pas réservé pour les personnages îTivités. Plus de mille persèones étaient présentes dans eeite vaste salie qui sMait devenir le théâtre d^n dès phis grands événements de rbistoire.

Quand les députés des provinces eurent pris placé, seton^ le rang auquel ils avaient droit, l'empereur, qui attendait dai!is la ^shainbre du conseil privée entra enfin dans la salle, appuyé de la main gauche sur un bâton et ia droite posée sur l^épatslè de GaiUaufne de Nassau, prince d'Orange. Quoiqu'il, n'eût pas enooiré atteiiit rage de dnquante^six ans, Charles était courbé par Sa maladie, et toute sa personne révélait les signes d'une vieillesse anticipée. Autrefois il li'avait pas eu d'égal dans les exercices du oocps ; maintenant il devait, pour assurer ses pas, réclamer l'appui cte ses serviteurs. Cependant on admirait toujours dans s(oîi aspect ce mélange de gravité et de doùcçur,' cet air méditatif et ce calme profoad, qui caractérisaient le chef de tar>t d'Etat^. Charries- QutAt était d'uB» taille inédiocre, mais acfu firont él^vé^ . ses jfi^ bteus et pleine d'expression, son néz aquilin et légèrement a^qué

dénotaieDt la fermeté de soq caractère et la vigueur de son intelligence. Il était méconnaissable entre mille aux dimensiouB extraordinaires de la mâcboire inférieure ; elle était si large et si longue qu'il ne pouvait joindre facilement les dents lorsqu'il parlait, oequi rendait peu intelligible le commencement et surtout la fin de ses discours» Cette singulière conformation de la partie inférieure du visage était, au surplus, lesignedistinctif de la maison d'Autriche.

L'empereur était suivi de son fils» le roi Philippe, de sa soeur Marie, reine douairière de Hongrie et gouvernante générale des Pays-Bas, deison neveu Philibert Emmanuel, duc de Savoie, et des autres chevaHçrsde la Toison d'or, tousrrevétus de leur grand collier» des goufverneurs des provinces, des membres des trpia oonaeUs^ suprêmes, des gentilshommes delacour, etdesambas^ sàdeurs des souverains, ses alliés '.

A l'aspect de leur souverain, du maître des deux mondes, na-n guère triomphant au faite de la puissance et maintenant accablé par une^maladie cruelle, les doutés s'étaient respectueusement levés et inclinés. Charles monta lentement les degrés de l'estrade et s'assit sous le dais de Bourgogne, entouré de sa famille et des grands personnages de TÉtat.

Chacun ayant pris place, le premier huisi^ier du conseil d'État appela suooessivemeot les députés des proviaces et leur demanda s'ils étaient munis des pouvoirs nécessaires. Lorsqu'ils eurent répondui aiBrmativement à cette question , Charles ordpnna à

\Analecte8 beIffiqueSr p. 78 ; Pontos Hbutbeus , Rerum helgiosirum libri quilVlecim.(4'^Yer8. 4598, in*4o), p. 668. — H n*est constaté àfps aucun document contemporain que la sœur alnée.de- Charles-Quint, Ëléonore d'Autriche,. veuve de François I«r, ni que Tarchiduc Ferdinand, second fils du roi des Romains, bien qu^il fût arrivé à Bruxelles quelques jours auparavant, aient assisté à Tabdication. On ne pourrait pas non plus affirmer la présence de la nièce de fEmpereur , Christine , duchesse douàirlèro de ^Lorraine ,'flilo d'Isabelle d* Autriche et de Christiera II, rei de Danemark.

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