LIVRE V (i
les anciens auteurs. La Hollande , cepeodant ^ eut le droit de prendre pour devise : Luctor et emergo, car elle lutta contre les eaux et en triompha.
Dans le principe, le nord des Pays-Bas était recouvert presque tout entier par les flots de l'Océan. L'exhaussement du sol de Tancienne Batavie provint des alluvions que la mer, le Rhin et la Meuse y déposèrent pendant un long laps de siècles. Cependant, de nos jours encore, la côte de la Nord-Hollande est à plusieurs pieds au-dessous des marées ordinaires, et serait reconquise par les eaux sans les barrières que lui oppose Tindustrie des habitants. Mais, quelle que scïit leur vigilance, elle a été mise plus d'une fois en défaut ; des tempêtes formidables ont brisé les barrières qui leur étaient opposées, et les flots victorieux ont alors refoulé les dunes dans l'intérieur des terres. En plusieurs endroits, la mer était, il y a huit ou dix siècles, éloignée de plus d'une lieue de la côte actuelle. Il faut se borner ici à rappeler les sinistres qui influèrent principalement sur la configuration physique du pay». Jusque vers la fln du XII* siècle, le Zuyderzée avait vraisemblablement consisté en plusieurs lacs divisés entre eux par une lisière étroite ; en 1 170, cette lisière disparut sous les eaux , et ces lacs se changèrent en golfe maritime. Kn \^T7^ une furieuse tempête creusa le Dollaert, autre golfe entre la province de Groningue et TOost-Frise. Mais le sinistre le plus effroyable eut lieu en 1421. Le 18 novembre de cette année, pendant la nuit, un vent impétueux du nord-ouest souleva les flots de la mer audessus du niveau des digues, et toutes les rivières grossirent en même temps par des crues générales. La Hollande , la Zélande ainsi que la Frise se trouvèrent submergées , et la Sud-Hollande devint le théâtre d'une catastrophe qui fait encore frémir. Depuis 1366 on avait élevé des digues qui resserraient des deux côtés le Ut de la Merwe, entre Hardingsvel et Werkendaro. La digue destinée à protéger le Waard de Sud-Hollande était la plu&
i8â LES PAYS-BAS SOUS PHILIPPE II.
faible *. elle s'ouvrit eotre Dordrecht et Gertruidenberg au lieu nommé Ouden Wkl, et tout ce territoire fut couvert par les flots. Ils engloutireut soixante-douze villages, qui contenaient cent mille habitants, et créèrent ce vaste amas d'eau connu sous les noms de Biesbosch , Hollandschdiep et Moerdyk. En \ 425 ,1 4S7 et 1488, les provinces de Frise et de Drenthe furent trois fois couvertes par les eaux; en 1485 toute l'tle deWalcheren fut abimée sous les flots, et les inondations furent également nombreuses dans le siècle suivant, quoique signalées par de moindres désastres ^
Le duché de Gueidre était presque la seule partie des Pays- Bas septentrionaux qui fût hors des atteintes de TOcéan. C'était un pays légèrement montagneux , très- fertile en grains et renommé aussi pour ses pâturages. Divisée en comté de Zutphon et en vicomte de Nimègue, la Gueidre contenait vingt-deux villes murées dont les principales étaient Nimègue, Ruremonde, Zutphen et Arnhem. Quoique le vicomte de Nimègue fût un fief impérial, le roi d'Espagne , comme duc de Gueidre, y exerçait une juridiction souveraine. Le domaine de Batembourg et la ville de Gulembourg étaient fiefs de Gueidre ; le comté de Buren , situé aux confins du duché, avait été transféré dans la maison de Nassau par le mariage d'Anne d'Egmont avecGuillaumed'Orange. Les Gueldrois étaient célèbres par leur bravoure. On estime non-seulement, disait un écrivain du xvir siècle, les habitants du Uainaut et de la Gueidre bien meilleurs soldats que les autres ; mais on remarque en outre que les bourgeois de Valenciennes et ceux de Nimègue sont particulièrement très-oourageux.
L'Over-Yssel, ayant Deventer pour capitale, contenait huit
* GnOEKI VAN PlllKSTERER, T^a(f£/'/(Dinc/SCA« A MfOn'e, t. I«r, p. 3,6 1 SciATSS.
Les Pays-Bas pendant la domination romaine, t. II, cjiap. VI.