‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 2)Chapitre 80 sur 152 · LIVRE T · texte numérisé non relu

LIVRE T

« défendu que les étrangers chargent des marchandises, toutes « les fois qu'il y a des nationaux pour le faire, ce qui est exat^te* « ment ce qui se pratique en Angleterre ,* on a également prohibé N Texportation des matières premières, que les Anglais ne « peuvent tirer d*ailleurs qu'à très-grands frais. Ces mesures « ont été prises, aux Pays-Bas , pour forcer les Anglais à en « revenir aux entrecours, à réparer les dommages qu'ils nous « ont causés, et à abandonner le dessein de nous en faire essuyer « d'autres. Afin de les faire venir plus tAt et plus efficacement à «( la raison, on a eu recours à un autre moyen. La ville de M Londres avait considérablement souffert. Tan dernier, de ce « qu'elle n'avait pu, à cause de la peste, exporter ses draps, et « ses négociants en éprouvaient un vif chagrin : on a d'abord, « et jusqu'à Pâques, sous couleur de la peste, ensuite par le « motif que les griefs que nous avions n'étaient j^as réparés , « interdit l'entrée desdits draps de Londres jusqu'à autre ordre, « en offrant toujours de révoquer ces mesures, lorsque les An- «( glaîs feraient droit à nos réclamations, et en se montrant prêt • à entrer en communication avec eux sur le rétablissement « complet des traités... La situation aujourd'hui est telle que la « reine, voyant la prohibition des draps d'Angleterre continuer, K et voulant user de menaces et de bravades, selon la coutume u de«a nation, a prohibé l'entrée de toute espèce de marchan- « dises des Pays-Bas, et cela sous peine de confiscation. En « Flandre, cette mesure à causé quelque émoi; mais selon moi, « il n'y a qu'à en rire. » En effet, Granvelie était d'avis qu'on ne cédât point ni qu'on ne se laissât effrayer par les propos des Anglais: que, sans eux, les Pay&-Bas ne peuvent vivre, tandis qu'eux n'ont besoin en rien des Pays-Bas. » Moi, poursuivait-il, u je suis persuadé de tout le contraire *, je tiens que, dans leurs tt rapports avec le roi, la reine et ses ministres ne font rien par u vertu, que cette nation ne consulte que son intérêt... S'ils

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K pouvaient ailleurs veodre leurs draps mieux qu'en Flandre , « ils ne les anoèneraient certainement pas chez nous. On dit n qu'ils les porteront à Bmden : tant mieux; cela ne durera t( guère, ils reviendront honteusement à Anvers , et alors on K pourra les forcer à recevoir la loi qu'on voudra. Il n'y a qae «( la seule ville d'Anvers qui soit intéressée dans cette question, u et ce serait un très-grand avantage pour tous les Pays-Bas, « qu'ils n'amenassent pas leurs draps dans ces provinces, car « alors la draperie y fleurirait comme anciennement, et l'on y Il verrait revenir les ouvriers que les Anglais nous ont enlevés, •c et un si grand nomhre d'entre eux n'iraient pas perdre leur foi « en Angleterre... L'année dernière, par suite de la prohibition K des draps anglais , il a été fabriqué , dans le seul comté de « Flandre, 60,0(M) pièces de drape de plus qu'en aucune des trente « dernières années. Et qu'on ne dise pas que les Anglais n'enver- <( ront point leurs laines en Flandre, et qu'ainsi on y manquera H de la matière première ; car, outre qu'on aura les laines d'Es- «( pagne et celles du pays, et d'autres qu'on se procurera par la M voie de mer, les Anglais ne pourront, quelque peine qu'ils en <( éprouvent , se dispenser d'y envoyer leurs laines, parce que « leurs ouvriers leur manqueront, qu'ils vendront des draps en « petite quantité à Emden, où il ne se fait pas de commerce u d'autres marchandises ; enfin, que les pays qui environnent « cette ville consomment peu de draps fins, tandis que les fabri- M ques de Flandre pourront approvisionner Anvers de draps « aussi beaux qu'on le voudra , et ceux qui aujourd'hui se «( plaignent, craignant de manquer d'ouvrage, et dont on appré* <c hende l'émigration , trouveront dans l'apprêt de ces draps les « moyens de s'occuper. La ville de Londres, qui a surtout con- «< tribué aux dommages qu'ont essuyés les Pays-Bas, recevra «i ainsi son châtiment *, et, comme la plupart des seigneurs d'An- « gleterre no sont pas très-riches, et que la laine qu'ils tirent

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« de leurs troupeaux est la principale souree de leurs reveoua, N ils feront en sorte qu'elle puisse venir aux Pays-Bas, quand « les draps de Londres ne seront pas admis à Anvers '•

Ypres, située au milieu du terrain le plus fertile et le meilleur de la Flandre, tenait ua rang distingué dans l'industrie drapière ; Courtrai fabriquait des toiles fines, Audenarde des tapisseries, et Rondschote produisait annuellement plus de cent mille pièces de serge. Messines, sous la juridiction d'une abbaye de chanoinesses, se signalait aussi par sa belle draperie.

Le duché de Brabant était intact à cette époque. Indépen* damment des grands quartiers qui le partageaient % il renfermait le marquisat du St-Empire, l'État de Maestricht, le ducbé d'Arschot, appartenant à la maisen de Groy, le comté de Hooghstraeten , fief de la maison de Lalaing, celui de Meghem, sur la rive gauche de la Meuse, fief des Brimeu : la seigneurie de Breda, magnifique domaine de la maison de Nassau, et la seigneurie de Bavestein , fief du duc de Glèves , entre Grave et M^hem. On comptait sur ce magnifique territoire vingt-six villes murées ayant à leur tête Anvers, chef-lieu du marquisat du St^Empire, Louvain, Bruxelles et Bois-le-Duc; dix-huit villes de moindre importance , sept cents villages à clocher, dix-neuf baronnies et un grand nombre de riches monastères ^

• Correspondance de Philippe //, t. II (întrod.), p. vin à x. L'intérêt que présente cette dépêche, surtout par des détails précis sur Tétat de Vindustrie belge à cette époque, n^aura pu échappera rattention du lecteur. On peat aussi consulter V Histoire deaPàys-Baê^ d*EiiM anl'bl nn MBranEH, liv. II. Cet annaliste est loin de vanter les goûts laborieux du peuple d'Angleterre, à cette époque. « Le peuple, dit-il, n*y est point si laborieux et diligent qu^ès Pals-Bas , et en France , menants pour la plupart une vie oisive comme les Espagnols ; les plus pesants, pénibles et difficiles manœuvres se font , pour la plupart^ par des estrangers, comme en Espagne. » Id,, ib., fol. Î74 ¥•.

* Lottimin, Bruxelles, Anvers et Boi8*le-Duc.

parmi lesquels on distinguait les abbayes d'Aiflîghem , de Gembloux, de Tongerloo et de Villers.

Louvain devait à son ancienneté le premier rang parmi les villes ; elle recevait, avant les autres communes, le serment du duc de Brabant à son inauguration, et, dans rassemblée des états, elle votait la première aussi, excepté lorsqu'il s'agissait des aides demandées par le prince. C'était, dans ce cas , Anvers qui avait la priorité, comme étant la cité la plus intéressée et la plus puissante. Louvain, dont l'enceinte extérieure embrassait plus de deux lieues, était placée dans la situation la plus fa%'orable. On admirait les jardins et les vignobles qui donnaient à cette ville un caractère particulier. Parmi ses monuments, on distinguait l'église de St-Pierre, le splendide bôtel de ville, bâti en 4140, et l'antique buryt des comtes de Louvain, devenu ensuite la résidence des ducs de Brabant. Mais la gloire principale de Louvain, c'était son université. Elle avait été fondée , en 4 435, par le duc Jean IV, avec l'assentiment du pape Martin V. Elle s'éleva rapidement à un baut degré de prospérité et rivalisa même avec l'université de Paris ; c'était comme la lumière catholique de l'Europe occidentale. Parmi les causes de cet accroissement ren>arquable, il faut mentionner les grands privilèges qui furent concédés à l'académie belge et qui firent de l'université de Louvain une république dans la république, car elle fut affranchie en même temps et de l'intervention du pouvoir civil et de celle de l'épiscopat. Invariablement attachée aux doctrines catholiques, elle fut regardée par le saint siège, pendant les orages de xvi* siècle, comme un des plus fermes boulevards de la foi ; l'autorité souveraine lui avait, au surplus, délégué le droit de censure sur les écrits publiés dans les Pays-Bas. L'université de Louvain fut aussi le berceau de la plupart des célébrités de ce siècle. L'enfant, qui devint Charles-Quint, y eut pour condisciples ou pour successeurs des Croy, des Bréderode, des Lalaing, des Nassau , des Ligne, dos

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