‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 2)Chapitre 82 sur 152 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Malines était aussi le cheMieu d'un petit État indépendant. Ancienne résidence de Marguerite d'Autriche, siège permanent du Grand Conseil, la ville était à la fois une forteresse et une cité princière; ses palais, ses hôtels, parmi lesquels on distinguait ceux de Nassau et de Hooghstraeten, annonçaient le luxe et Taisance. Parmi ses nombreux édifices, on distinguait la cathédrale de Saint-Rombaut et le couvent de Pitzenbourg, qui appartenait à Tordre Teutonique. La fabrication des draps et des toiles enrichissait la bourgeoisie. C'était à Malines que se trouvait la fonderie de canons et que l'on gardait dans la Maison de la munition l'artillerie du souverain. Cette ville contenait aussi le plus célèbre béguinage des Pays-Bas : il était bâti en forme de forteresse près de la porte Sainte-Catherine et renfermait presque toujours plus de douze cents nonnes.

Terminons ce tableau par la description d'Anvers qui, dans sa splendeur étonnante, résumait en quelque sorte la prospérité de toutes les autres provinces et villes des Pays-Bas.

En effet, pour se rendre compte de l'immense mouvement industriel et commercial qui vivifiait les PaysrBas à cette époque, il faut se représenter l'opulence et l'activité de la reine de l'Escaut. Anvers était alors la première ville commerçante non-seulement des Pays-Bas, mais du monde. Elle avait supplanté Bruges ; elle éclipsait Venise. L'ambassadeur vénitien Marine Cavalli écrivait en 4 550 : « 11 se fait dans cette ville tant d'affaires de change >et « d'autres sortes de marchandises que j'en ai été étonné et émer- « veillé, voyant que, sous ce rapport, Venise même était surtt passée par elle. »

Le berceau d'Anvers fut le Bourg, dont on voit encore quelques vestiges; il comprenait l'église de Sainte-Walburge, la Vierschare ou maison de justice, et la prison publique (Aa^ Steen). La viUe ne s'agrandit que lentement ^ sa première enceinte fut

construite en 4204 ; la seconde en 4344; la troisième en 4643. En 4 444, on n'y voyait que six bateaux, employés uniquement à la navigation des rivières. Ce fut vers cette époque que la compagnie des marchands de la confraternité qixiitdi Middelbourg et transporta à Anvers son commerce maritime qui embrassait les laines, les draps, les plombs, les cuirs, Tétain et autres marchandises d'Angleterre. L'institution du consulat en 4485 atteste Timportance croissante d'Anvers. Une ordonnance du 5 mai de ^tte année établit une société mercantile, gouvernée par quatre personnes et dont les membres devaient contribuer à former une bourse commune, afin de pouvoir par ce moyen « poursuivre «( dûment toutes les provisions, restitutions, réparations, récom- <( penses, et établir les autres remèdes nécessaires contre les « prises, dommages, préjudices, injures et torts qu'on pourrait u leur avoir faits, soit en particulier, soit en commun, et contre « les charges nouvelles qu'on voudrait leur imposer malgré la « coutume du pays '. » Les deux foires, établies à Anvers durant le XV* siècle, contribuèrent aussi à attirer les marchands étrangers dans cette ville : chacune de ces foires durait six semaines ; pendant ce temps de franchise, il était loisible à tout marchand de venir et de séjourner dans .la ville, puis de s'en retourner avec sa marchandise, sans qu'on pût l'inquiéter au sujet de ses dettes. Un autre appât pour les étrangers, c'était la prérogative dont jouissaient les femmes d'Anvers de sauver leur dot des débris de la fortune de leurs maris et d'être préférées aux autres créanciers. Au commencement du xvi* siècle, le commerce occidental

I Les marchands se plaignaient particulièrement des exactions qu'ils avaient à supporter en Oostlande, Norwége, Angleterre, Ecosse, France et Allemagne. Voir Rbippchbbro, Mémoire sur l'état du commerce, etc., danê leê Paff8^B4u au xy et au xvi« siècles, p. 443.

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