‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 2)Chapitre 96 sur 152 · LIVRE VI (1560—1561). â · texte numérisé non relu

LIVRE VI (1560—1561). â

il était éloigné depuis quatorze ans, de nouvelles offres mirent encore obstacle à ce retour. Il refusa, quoiqu'à regret, la proposition que lui fit Érasme de se fixer. près de lui, à Fribourg, è la condition de recueillir son héritage ; il préféra s'attacher, comme ofiBcial, au prince évéque de Munster, François de Waldeck, et conserva ce poste, qui n'était pas sans péril, jusqu'à l'entière destruction du royaume des anabaptistes. On le retrouve ensuite à Ingolstadt, oii il reprit avec éclat l'enseignement du droit, grâce aux sollicitations de l'électeur de Bavière. Les instances de Marie de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas, le déterminèrent enfin à consacrer ses talents au service de sa patrie : il abandonna définitivement la carrière de l'enseignement et accepta l'emploi honorable de membre du conseil privé à Bruxelles. Il semble toutefois qu'il eût préféré une retraite studieuse, car, en 1 543, il fut, sur sa demande, nommé conseiller au grand conseil de Malines. Mais Charles-Quint, qui avait su apprécier ses connaissances et sa dextérité, ne voulut point le laisser inactif; il l'obligea à l'accompagner à la diète de Spire et lui confia successivement les négociations avec le Danemark, avec les princes catholiques de l*Empire et avec l'Angleterre. L'empereur récompensa les nouveaux services de Vigliusen l'élevant spontanément, en 1549, à la dignité de président du conseil privé et de garde des sceaux. Viglîus, qui tenait également de la bienveillance de Charles- Quint le titre honorifique de chevalier, aurait voulu terminer sa carrière politique en même temps que l'empereur. En conséquence, il offrit à la reine Marie la démission de ses emplois. 11 alléguait, poui^motiver cette détermination, la fatigue qu'il res-

« Cœsaris CaroU fllium inslitaendum susciperet; ad quod ipsos movebat, • quod roultarum linguarum periliâ pollebat, ac in grœcis latinisque litteris « apprime doctus baberetur, sermoque purus nec affectalus essct. » Vila Viglii dans les Anakcta belgica deHoTKCK Van Papbndrecht, 1. 1^^ p. 42.

sentait après tant de travaux et les difiScultés qu'il prévoyait par suite du renouvellement du conseil d'État où l'esprit d'innovation allait pénétrer avec, les jeunes seigneurs qu'on y appelait. Mais, Charles-Quint et sa sœur, sachant combien l'expérience de Viglius était précieuse, l'engagèrent à rester au service du nouveau souverain ; Philippe II aussi lui fit à cet égard les plus vives instances K Viglius conserva donc la présidence du conseil privé ainsi que son siège au conseil d'État ; il faisait, en outre, partie de la consulte avec Granvelle et Berlaymont. Du reste, Philippe II lui avait donné un autre témoignage de sa bienveillance en lui accordant, sur la proposition de Granvelle, la ooadjutorerie de la prévôté de l'église de Saint-Bavon à Gand *. Après la mort du titulaire, en 4562, il eut la prévôté effective, reçut les ordres majeurs des mains de l'évoque d'Arras et obtint du saint siège la permission d'officier avec la crosse et la mitre, ainsi que l'autorisation de continuer sa résidence à Bruxelles. A cette haute dignité ecclésiastique, Viglius joignit encore, par la préférence du roi, la place éminente de chancelier de l'ordre de la Toison d'or ^ 11 témoigna sa gratitude à Philippe II par

I Vita VigUi, ibid., pp. 31 et 32.

' Viglius avait épousé vers 4544 Jacqueliuo Damant, fille du trésorier de l'empereur ; veuf depuis quelques années et n*ayaut pas d'enfants, il avait manifesté rinteution de prendre les ordres sacrés. — Luc Munich, dont il allait devenir le coa4Juteur. était le dernier abbé de Saint-Bavon et le premier prévôt de la collégiale qui avait remplacé Tantique abbaye sur l'emplacement de laquelle Charles-Quint construisit le château de Gand. (I Cet abbé, disait un contemporain, va plus en gendarme en son cloître qu*en religieux. Lui et quelques autres ont honte de montrer couronne (tonsure cléricale). »

' Le Président Viglius, par le chanoine Deshet {Revue dé Bruxelles, février 4838). — « Ce cumul de titres, ajoute le biographe, obligea Viglius à faire au souverain pontife une demande assez singulière. Les statuts delà collégiale de Saint-Bavon exigeaient que le prévôt eût la barbe modestement

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