‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 2)Chapitre 97 sur 152 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

sa eohstante fidélité ; mais, tout en restant dévoué au fils de Charles-Quint, il sut plus d'une fois discuter avec indépendance et fermeté, combattre même, sous le gouvernement sanguinaire du duc d'Albe , les mesures imposées par l'influence espagnole. Sans avoir le génie supérieur de Granvelle, ni sa prévoyance, ni son énergie, il se distinguait néanmoins par des qualités qui n'étaient pas ordinaires : droiture naturelle, science profonde, modération qui le faisait respecter même de ses contradicteurs. Il aimait à convaincre, à concilier plutôt qu'à dominer ; mais ses conseils devaient être bien rarement écoutés à une époque de crise profonde et d'agitation qui s'étendait dans toutes les classes de la société. De même que Granvelle, il était contraire aux assemblées délibérantes, et comme lui aussi, tout en s'opposant à la liberté de conscience, il ne se faisait pas illusion sur les tristes résultats de l'inquisition et les conséquences fatales d'une sévérité excessive, dans les mesures de répression ordonnées contre les religionnaires. Mais sa modération finit par déplaire à l'un et à l'autre parti. Les grands des Pays-Bas l'accusèrent de partialité pour Granvelle et de condescendance pour les Espagnols, tandis que ceux-ci , méconnaissant ses longs services , l'accusaient d'avarice, de vénalité, et surtout d'un penchant secret pour les doctrines de la réformation ' .

rasée et les convenances de la cour portaient le contraire. Le chef-président demanda et obtint à Rome une dispense pour perler la barbe comme avant sa nomination à la prévôté. •

I Viglius ayant été secrètement dénoncé au roi par les émissaires que ce prince entretenait dans les Pays-Bas, la duchesse de Parme reçut, en 4564, l'ordre de prendre des informations sur la conduite du président dans les matières de religion et de justice. No se contentant point des dénonciations des espions espagnols et de Tinquisiteur de Flandre, elle invita, dans le plus grand secret et sous serment, un ecclésiastique et un lettré à lui dire ce qu'ils savaient là-dessus, et elle envoya leur relation à

Le l^roisièœe membre de la Cwhstdie était le baron Charles de Berlaymont, chevalier de la Toison d'or et chef du conseil des

Philippe II. Bien qu*elle ne pût certifier, disait-elle. Texactitude des renseignements, recueillis de la sorte, elle croyait cependant que, par une information plus franche et plus complète, on pourrait découvrir contre le président des choses de beaucoup de gravité. Elle ajoutait immédiatement, comme pour atténuer cette inculpation, qu'avec elle, Yiglius s'était toujours, au moins en apparence, puisqu'elle ne pouvait jsger son coeur, montré bon catholique, et qu'elle n*ayait jaoïais. va qu'il eût donné mau* vais exemple en ce qui concernait la religion ; que, seulement, elle Tavait trouvé très-facile à pardonner aux hérétiques repentis, etc. De toutes ces pièces, communiquées plus tard au duc d^Âlbe, pour son information, ta principale était sans contredit les renseignements fournis par Tecclésiastique et le dccteur, que la duchesse de Parme avait interrogés sous serment. « On y reprochait à Viglias d'avoir été, dès sa jeunesse, grandement suspect d'hérésie, prwcipalement de celle de Luther ; d'avoir été réputé pour tel, non-seulement aux Pays-Bas, mais en France, en Italie et en Allemagne, et de Têtre encore ; de n'avoir hanté que des hérétiques comme ceux d'Augsbourg, de Bâie, de Wurtemberg, etc.; d'avoir, du temps delà reine de Hongrie, favorisé, par tous moyens, frère Alexandre, prédicateur de cette princesse, qnoiquMl fût véhémentement suspect dliérésie, et quMl en fût même infecté, comme l'ont prouvé la aenteaoe rendue contre lui et sa fuite; de n'avoir, depuis son élévation à la charge qu'il occupe, avancé que des gens de même farine, comme Hnpperus, qui. étant aux études eu

France, ne fréquentait guère que des hérétiques ; d'avoir richement

pourvu d'offices et bénéfices ses frères, parents et amis en Frise, tous entachés ou suspects d'hérésie ; de ne s'être, à la fin de sa vie, fait prêtre et homme d*Ëglise, que pour happer la prévôté de Saintp-Bavon, quoique ses infirmités ne lui permettent de célébrer la messe, ni. même de rester debout à l'autel. — Passant à l'avarice de Viglius, les auteurs du mémoire l'accusaient d'avoir uon-^eulement pillé les bagues, joyaux, vaisselles, lin- 0eSi IttS) tapisseries et autres meubles de Saint-Bavon et de les avoir envoyés en Frise, mais aussi de s'être emparé de l'argent comptant laissé par le dernier abbé et qui s'éleyait bien à 400,000 florins. Quant à la justice^ il a rempli tous les conseils des Pays-Bas de ses neveux, cousins et alliés : par où l'administration de la justice est à sa discrétion. — Il avait

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financés. Quoiqu'il appartint à la plus haute noblesse des Pays* Bas, il n'avait pas hésité à s'attacher étroitement à Granvelle, dès qu'il ont pu reconnaître la supériorité qu'assuraient à Tévéque d'Arras ses talents éminents aussi bien que la faveur signalée du souverain. Ses adversaires ne manquèrent point de voir la preuve d'un esprit rampant et d'une âme intéressée dans l'appui qu'il prétait au cardinal : mais ses amis, d'autre part, considéraient cet attachement comme une preuve de sa fermeté et comme le témoignage d'un zèle éclairé pour les intérêts du roi ^

Philippe de Croy, duc d'Arschot, prince de Chàteau-Porcien et de Chimay, comte de Beaumont et de Seneghem, etc., soutenait avec vigueur aussi le parti du cardinal ; mais , d'après le témoignage de Granvelle lui-même , ce n'était pas l'homme le plus judicieux et le plus fin du monde \ Le marquis de Renty, frère du duc d'Arschot, défendait la ménie cause. Gradvelle pouvait encore compter parmi ses partisans plusieurs prélats, dont les principaux étaient Tarchevéque de Cambrai et François Bichar-

fait de même dans la ooUation des bénéfice^. Lorsque Damp Jacques Lequien fut nûmroépar Tempereur àVabbaye de S^-Martfn à Tournai, Viglius et Gran^velle reçurent de lut, cbaouo une tapisserie de 4,000 florins et MorilJOD (suflhi^ant de Tévêque d'Arras) une pension annuelle de 300 florins. Damp Jean Duquesne, qui succéda à Damp Jacques Lequien, leur donna de même une tapisserie de 600 florins. Outre cela, chaque année, il recevait de lui quatre pièces de vin de France. — Morillon, leur courtier, avait obtenu par leur protection, deux prévôtés, avec bien quarante prébendes, sans compter des cures et pensions infinies ; de sorte que ledit Morillon était appelé duplex a, b, c, les gens voulant, par ce, donner à connaître qu*il avait autant de prébendes et chanoinies, quMI y avait deux fois de lettres en Talphabet, etc. » Correspondance de Philippe 11, t. !«>-, pp. 349-394 .

I Vandea Yrncur .'Histoire des troubles des Pays-Bas (Bruxelles, 489S, 3 vol. Iiv^«), t. I«r, p. 499. — Archives de la maison d'Orange^Noâsau , t. I«»,p. 474.

* Correspondance de Philippe //, t. I*', p. 536.

dot, son successeur sur le siège épiscopai d'Arras. Il avait enGn les meilleures relations avec les membres influents du conseil d'Epagne et un confident dévoué dans le cabinet de Philippe II. [ Ce dernier était Gonçalo Ferez, qui n'avait obtenu la confiance

du roi que sur la recommandation de Granvelle lui-même ^

Mais le parti , qui tendit d'abord à ébranler puis à détruire la prépondérance de Granvelle, était également puissant par le rang des personnages qui le dirigeaient. Dans les premiers mois du nouveau règne , le prince d'Orange, le comte d'Bgmont et d'autres grands des Pays-Bas n'appréhendèrent pas beaucoup l'autorité de l'évéque d'Ârras, s'imaginant qu'un homme encore nouveau ne pourrait entrer en comparaison avec les descendants des plus anciennes familles. Hais quand ils se furent aperçus que son autorité augmentait de jour en jour et que son influence se manifestait en toutes choses, ils le reconnurent pour leur rival et se déclarèrent peu à peu contre lui, d'abord comme des contradicteurs de ses opinions , puis comme des adversaires décidés de son pouvoir '.

A la tête de l'opposition se placèrent le prince d'Orange et le comte d'Egmont, les collègues de Granvelle au conseil d'État. Le comte de Homes, lors de son retour aux Pays-Bas en 456f , se joignit à eux. Philippe de Montmorency, comte de Bornes et franc-seigneur de Weert, était né en Flandre de Joseph de Montmorency ', seigneur de Nevele, et d'Anne d'Egmont-Buren, fille ainée de Florent, comte de Buren. Mais, depuis l'âge de quatre

' Mémoires de dom Prosper L^vbsqub, 1. 1"-, p. 75.

' Stradâ, lib. II.

' Il était petit-fils de Jean de Montmorency qui, ayant abandonné le parti de Louis XI pour se mettre au service de Charles le Hardi, duc de Bourgogne, fut comble de bienfaits par ce priuce et devint le chef do la branche des Montmorency des Pays-Bas. Van Loon, Histoire métailique des dix-sept provinces (La Haye, 4732, 6 vol. in fol.), t. !«', p. 22.

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