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des inquisiteurs de la foi ni publié des mandements spéciaux concernant lâ religion : si l'on jugeait nécessaire de procéder contre des hérétiques, on avait recours aux inquisiteurs de Paris pour les provinces de langue française ou vsrallonne, et à ceux de Cologne pour les provinces de langue flamande '.Or, Gharles- Quint délégua expressément François Vander Hulst, conseiller au conseil de Brabant, pour rechercher tous ceux qui seraient infectés du venin de l'hérésie et les châtier, ainsi que lui-même en personne pourrait le faire. Plein pouvoir lui fut donné pour citer, arrêter et emprisonner les hérétiques; faire saisir et inventorier leurs biens; procéder contre eux par inquisition, par dénonciation, et même par la torture, l'affranchissant au besoin de l'observation des formes ordinaires. Le délégué de Charles-Quint avait également le droit de bannir à perpétuité, ou à temps, soit de toutes, soit de quelques-unes des provinces des Pays-Bas; de prononcer, lorsqu'il y aurait lieu, la confiscation de corps et de biens ; enfin, de faire exécuter ses sentences qui seraientsans appel et définitives, après qu'il se serait concerté avec le président du grand conseil de Malines. De son côté, le pape Adrien VI étendit encore les pouvoirs du commissaire spécial de Charles- Quint en le nommant à son tour, quoique laïc, inquisiteur général dans le duché de Brabant, les comtés de Flandre, de Hollande, do Zélandc, de Hainaut et d'Artois, ainsi que dans tous les autres lieux de la Basse-Allemagne qui se trouvaient soumis à la domination de l'empereur. Les membres du clergé, les dignitaires ecclésiastiques eux-mêmes , jusqu'au rang d'évêque exclusivement, pouvaient être poureuivis et condamnés par lui; mais s'il s'agissait de prononcer leur dégradation, il devait réclamer la coopération d'un évéque et de deux abbés ou prieurs. Le pape déclarait expressément qu'il n'entendait pas que cette commis-
' Mémorial de Hoppeivus, i^e partie, chap. IX.
sion portât le moindre préjudice aux droits qu'avaient les évéques d'exercer eux-mêmes l'inquisition contre l'hérésie dans leurs diocèses respectifs '.
Ce fut dans Tordre, auquel il avait appartenu , que Luther trouva en Belgique ses premiers adhérents. Enflammés par les écrits du professeur de Wittemberg, les augustins d'Anvers protestèrent à leur tour contre Fabus qui était fait des indulgences dans cette ville même. Elles avaient été affermées à des marchands italiens, et ceux-ci, pour réaliser de plus grands bénéfices, avaient recours aux prédicateurs les plus éloquents. Scandalisés de cet abus, jaloux peut-être aussi de la préférence donnée à d'autres, excités enfin par l'exemple des augustins d'Allemagne, ceux d'Anvers s'élevèrent vivement contre le trafic des indulgences, et leurs prédications hardies attirèrent un telle affluence de monde dans leur église qu'ils furent obligés d'établir des galeries supérieures, afin déplacer les auditeurs qui ne pouvaient trouver place dans la nef. Cependant le gouvernement ne tarda point à s'émouvoir et à faire exécuter les placards. Les augustins d'Anvers, convaincus d'avoir lu les écrits de Luther et de les avoir approuvés, furent chassés de leur couvent, et les plus compromis arrêtés et emprisonnés. Quelques-uns cependant ne tardèrent point à se rétracter. C'est ainsi que le prieur abjura ses opinions luthériennes, le 9 février <522, au- jubé de l'église de Ste-Gudule, en présence du nonce du pape, du chancelier de Brabant, de l'évéque suffragant de Cambrai, de l'offîcial et de plusieurs autœs témoins. Mais trois autres augustins, Henri Voes, Jean Van Essche et Lambert Thoren , ayant persisté dans
» Gaciiard , introduction à la Correspondance de Philippe II , t. l«r, p. cviii. — Dans son Histoire de la Ré formation des Pays-Bas, Gérard Brandt nous apprend que Vander Hulst eut pour collègue un carme nommé Nicolas Van Egmont. Celui-ci était, suivant Érasme, un fou entre les mains duquel on avait mis une épée.
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leurs convictions, furent condamnés à être dorades et livrés aif bras séculier. Le 1" juillet 4523, Voes et Van Essche furent brûlés vifs sur la grand*place à Bruxelles, en présence de tous les religieux de cette ville, carmes, récollets, dominicains. Lorsqu'on les conduisit au supplice, ils dirent à haute voix qu'ils souffraient en qualité de chrétiens, et après qu'on les eut attachés au poteau et qu'on eut allumé le feu, ils récitèrent le symbole des apôtres et chantèrent le Te Deum alternativement, jusqu'à ce que lés flammes leur ôtassent l'usage delà voix. Lambert Thoren avait disparu ; les uns assurent qu'il fut exécuté secrètement dans son cachot, les autres qu'il abjura et se retira dans un monastère. Un de ses anciens confrères , qui avait quitté son couvent pour adopter les nouvelles doctrines, fut condamné par le large conseil {breedenraed) à' Any ers à être mis vivant dans un sac et jeté dans l'Escaut. Pour rendre plus effrayante encore la punition infligée aux augustins d'Anvers, le gouvernement fit abattre et raser leur monastère sur l'emplacement duquel on éleva plus tard l'église paroissiale de St-André '.
Mais ces châtiments n'eurent point pour effet de ralentir les progrès des nouvelles doctrines. Le luthéranisme proscrit vit au contraire augmenter rapidement le nombre de ses sectateurs; et plus on multiplia les supplices, plus vive devint l'ardeur des nouveaux prosélytes. Non-seulement on voyait les monastères désertés par les religieux des deux sexes , particulièrement en Hollande et en Zélande, mais encore on pouvait constater que la doctrine luthérienne trouvait ses adhérents les plus zélés dans les classes savantes. On citait , parmi les propagateurs de l'hérésie, le secrétaire de la ville d'Anvers, Corneille Grapheus,
1 Histoire des Pays-Bas, d'ËM. de Meteren, fol. II ; Correspondance de Philippe II, t. Il, p. LU ; Histoire de Bruxelles, t. I*', p. 335 ; Brandt, Histoire de la Bé formation, etc.
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qui fut puni par la confiscation de ses biens et une dégradation infamante; Martin Dorpius, professeur de théologie à l'université de Louvain ; Corneille Honius, jurisconsulte renommé, conseiller à la cour de Hollande, et beaucoup d'autres. La répression était cependant {H'ompte et souvent terrible. J^ers 4524, un homme, nommé Nicolas, monta sur le Diât d'un navire dans le port d'Anvers et y prêcha l'hérésie : dénoncé et livré aux magistrats, il fut cousu dans un sac et jeté à la rivière. Un autre épisode excita une sensation immense en Hollande, où le sang n'avait pas encore coulé pour les nouvelles doctrines. La victime de l'inquisition fut Jean de Backer, de Woerden, qui n'avait pas vingt-sept ans accomplis ; prêtre catholique, il avait, disaient ses juges, violé doublement ses serments en se mariant et en préchant l'hérésie. Aussi furent-ils sans pitié. Le 1 5 septembre 4 523 , Jean de Backer, après avoir été dégradé suf un échafaud, fui conduit au supplice revêtu d'un habit jaune et coiffé d'un chapeau delà même couleur. En passant devant la prison, il exhorta ses compagnons d'infortune à persévérer dans leur foi, et ceux-ci lui répondirent en entonnant le Te Deumel l'hymne : 0 beaia martyrumsolemnia. Lorsqu'il fut attaché au poteau, le malheureux s'écria : « 0 mort ! oii est ton aiguillon ? .0 sépulcre ! où est ta M victoire? La mort est engloutie par la victoire de Jésus-Christ. » Au moment où le bourreau l'étranglait, on Tentendit encore murmurer : « Seigneur Jésus ! pardonnez-leur, car ils ne savent « ce qu'ils font. » Le feu ayant été mis ensuite au bi!icb^, Je corps de Jean de Woerden fut réduit en cendres, qu^ les partisans de la nouvelle doctrine honorèrent comme celles d'un martyr. En 4527, une femme de Monikendam fut également étranglée et brûlée à la Haye. En 1528, un ancien moine augustin fut condamné à la mort dans la ville de Tournai, parce qu'il avait quitté son ordre, qu'il s'était marié et qu'il avait prêché contre l'Église romaine. L'offre lui fut faite d'avoir la vie sauve s'il dé-