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des victimes. Il est certain , en effet , que les exécutions d'hérétiques se multiplièrent dès lors^ principalement dans les grandes villes.
Dans l'impossibilité où l'on se trouve de raconter tous ces épisodes tragiques, il faut s'arrêter à quelques exemples de nature à caractériser les tendances de cette époque : Tinflexibilité de l'empereur dans une répression , qu'il considérait comme un devoir sacré ; et la fermeté inébranlable ou l'enthousiasme extraordinaire de la plupart des condamnés. En 4 532, les magistrats de Limbourg firent brûler six personnes d'une seule famille, le père, la mère, deux filles et leurs maris : ils allèrent au supplice en chantant des psaumes. En 4549, un savant français, nommé Nicolas, fut condamné à Mons au supplice du feu : en entendant prononcer sa sentence, il loua Dieu, chanta un psaume et secoua la poussière de son habit ; sa fermeté ne se démentit point alors même que les flammes du bûcher commençaient à l'atteindre. Ces exécutions puMiques , presque toujours signalées par le courage des victimes , étaient bien loin d'intimider ceux qui se sentaient portés vers les nouvelles doctrines. Aussi les cours de justice de Hollande représentèrent-elles à la gouvernante des Pays-Bas qu'il serait quelquefois nécessaire que les hérétiques obstinés fussent exécutés secrètement , parce que cela pourrait faire une plus grande impression sur le peuple. Ce mode d'exécution fut laissé à la discrétion des magistrats et fut souvent adopté , lorsque le condamné avait eu de l'ascendant sur la classe populaire. Du reste , rien ne ralentissait la vigilance des inquisiteurs. Pour mieux découvrir les hommes audacieux qui prêchaient contre l'Église catholique, on fit attacher leurs portraits aux portes des villes et en d'autres lieux publics. Parfois , on s'autorisait des édits impériaux pour commettre des actes horribles. En 4542, on fit mourir en Hollande , pour crime d'hérésie , des femmes enceintes qui accouchèrent en expirant. Le château de Vilvorde
fut aussi le théâtre de sanglantes tragédies. En 4 536, un théoiogien anglais, Guillaume Tindal, qui s'était enfai de son pays, fut brûlé vif dans l'intérieur de la forteresse ; il était accusé « d'avoir de mauvais sentiments sur la sainte foi catholique » et coupable d'avoir traduit le Nouveau Testament en sa langue maternelle. Dans cette même prison d'État, furent décapités, le 7 janvier 4548, entre cinq et six heures du matin, Jean Estor. sei-> gneur de Bigard , et sa mère, accusés l'un et l'autre « d'avoir contrevenu aux édits sur l'extirpation des hérétiques et sectes réprouvées. » Or, comment y avaient-ils contrevenu? Ils s'étaient bornés à expulser de Téglise de leur seigneurie un m(Hne qui colportait de village en village des objets bénits à St-Hubert, en lui reprochant de « tromper les simples. » Il n'en avait pas fallu davantage pour provoquer leur condamnation. De même, en 4 533, trois hommes avaient été brâlés à Arras pour avoir refusé d'honorer la sainte chandelle de cette ville et avoir traité cet usage de superstition. En 4546, un habitant d'Anvers fut mis à mort pour avoir chansonné des cordeliers* En 4549, enfin , car il faut s'arrêter dans cette lugubre nomenclature , on exécuta un maître d'école de Gand qui n'avait pas caché la répugnance que lui inspiraient les persécutions ^
Mais plus on multipliait les supplices, plus les innovations religieuses attiraient des adh^ents, même parmi 4es personnes les plus élevées des grandes villes du Brabant et de la Flandre. Tel était le témoignage qu'un ambassadeur vénitien consignait dans sa relation de 4546. « En Hollande et en Zélande, ajoutait-il, la secte des anabaptistes s'était propagée au point que
1 Brandt, Histoire de la Ré formation dans les Pays-Bas, pa^sim. — La description de Veston, succès et occurrences, etc., par Wesenbere , p. 20 et suvy.— Histoire des Pays-Bas, par En. de Meterbn, fol. 44.— Sur le supplice du seigneur de Bigard, conf. Histoire des environs de Bruxelles, par A, Wauters, archiviste de cette ville, t. I^r. p. 361.
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plus de trente mille individus, infectés de cette hérésie, avaient été exécutés par autorité de justice. » Un très-grand nombre de curés et de moines propageaient au33i| directement ou indirectement, les doctrines luthériennes ^
Cependant la persistance de Gharles-<}uint avait rencontré, dans quelquesl provinces, des objections très-graves, même une opposition décidée. LesétatsdelaGueldre, en refusant d'admettre Tinquisition, s'étaient appuyés sur le traité de Venlob du 7 septembre 4 543, qui avait réglé les conditions de la transmission de côtte province à l'empereur. , De même, le Luxembourg et Groningue avaient été exemptés d'une juridiction, qu'il était si facile de transformer en tyrannie. Enfin, les états de Brabaht finirent aussi par lui opposer leurs privilèges, et avec tant de force, que, depuis 1529, les pouvoirs des inquisiteurs avaient été comme paralysés dans cette importante province '.
Cette opposition acquit plus de vigueur et donna lieu à des incidents significatifs lorsque, à là sollicitation de l'infant Philippe et des seigneurs espagnols qui l'entouraient 3, Charles- IJuint publia, le ^S avril 1550, un nouveau placard ou édit perpétuel qui confirmait et amplifiait les dispositions pi*éventives et répressives, insérées dans les ordonnances précédentes. Désormais nu) ne pouvait être admis ou reçu dans une ville ou un village des Pays-Bas, à moins qu'il ne produisit un certificat du chef delà paroisse de son dernier domicile ; nul non plus ne pouvait tenir école sans Tautorisation des principaux officiers civils et de l'ordinaire. Mais ce qui provoqua surtout les alarmes et le mé-
1 Le témoignage contemporain de Wesenbeke est formel à cet égard. Il cite notamment le curé de Melsen, près d'Anvers (1524}; M. Pierre, pasteur de Douai (1538); Pierre Alexandre, carmélite, prédicateur de Marie de Hongrie (1544] ; Rolant Calon, jacobin, prêcheur à Anvers (1549), etc.
' Correspondance de Philippe II, t. Je"*, pp. cxxni et cxxiv.
' Déduction de Vinnocence du comtk de Bornes, p. lî. »^
contentement des Brabançons, principalement des marchands d'Anvers, c'est que, dans le nouvel édit, il était fait mention différentes fois de Vinquisition et des inquisiteurs. On vit là un moyen détourné d'établir le saint-office d'Espagne, et le conseil de Brabant refusa formellement de sceller le placard du 28 avril, formalité nécessaire pour qu'il reçût force de loi dans la principale province des Pays-Bas. La gouvernante ayant commandé au chancelier de Brabant d'y faire apposer le sceau du duché, le magistrat d'Anvers exposa au conseil que l'exécution de l'ordonnance entraînerait la ruine du pays et principalement celle de cette ville commerçante. Déjà, en efiét, les craintes les plus vives s'étaient répandues parmi les négociants étrangers, surtout les Allemands et les Anglais, qui résidaient dans la métropole commerciale des Pays-Bas. Les transactions s'arrêtaient; les principaux marchands diminuaient leur train, cessaient leurs achats et leurs expéditions, faisaient même leurs préparatifs pour abandonner la ville ; le prix des maisons diminuait aussi ; l'arti* san se trouvait sans ouvrage et sans argent ; enfin, déjà se manifestaient les signes infaillibles d'une décadence, qui devait être rapide si Ton ne se hâtait de la prévenir. Du reste, le mécontentement se propagea dans les autres villes du Brabant, qui appuyèrent les pressantes réclamations de la commune d'Anvers. Marie de Hongrie, après avoir d'abord obéi aux ordres de l'empereur, reconnut que des concessions étaient impérieusement exigées, si Ton ne voulait porter une atteinte irréparable à la popularité de GharleMjuint et provoquer une résistance que tant d'embarras extérieurs pouvaient rendre menaçante. Elle était confirmée dans ces sages prévisions par les exhortations de quelques-uns de ses conseillers, parmi lesquels se distinguait Viglius qui, plus tard, se fit honneur de la modération qu'il montra en cette circonstance. La régente se rendit à Augsbourg, oîi Charles- Quint tenait alors la diète de l'Empire, et obtint non-seulement