LIVRE PREMIER
et Oran ; en Amérique, le Mexique, le Pérou, la Nouvelle-Grenade , le Chili et les autres dépendances de la couronne de Castille. Il ne se réserva qu'un revenu de deux cent mille ducats, sur TEspagne, pour son entretien et celui de ses serviteurs. Cette seconde abdication s'accomplit en présence des reines Éléonore et Marie, du duc de Savoie, du duc de Médina-Celi, du marquis de Las Navas, de don Luis de Zuniga, grand commandeur d'Alcantara, de Luis Quijada, majordome de l'empereur et colonel de l'infanterie espagnole, du comte de Feria et d'autres grands d'Espagne. Ils souscrivirent les actes de cession que le nouveau roi reçut à genoux '. En l'absence de Philippe H, la régence d'Espagne demeura à la seconde fille de Charles-Quint, dona Juana, veuve du prince royal de Portugal et mère du célèbre roi Sébastien.
Le 18 janvier, le nouveau souverain des Pays-Bas , grandmaître de l'ordre de la Toison d'or, arriva en la ville d'Anvers, pour y présider le chapitre général, qui avait été décidé la veille de l'abdication de Charles-Quint. Le 21 au matin, les chevaliers s'étant rassemblés, on commença par donner lecture des ordonnances émanées de Philippe le Bon pour les officiers de l'Ordre, ainsi que le recueil des cérémonies. Le même jour, après-midi, commencèrent les premières vêpres ; le lendemain, la messe fut célébrée, conformément aux statuts, et, après l'offrande, le chancelier de l'Ordre prêcha, selon la coutume. Le 23, à la messe des trépassés, le greffier, en vertu des fonctions de sa chaîne, fit aussi un discours ayant pour objet l'éloge funèbre des chefs et souverains et des autres chevaliers décédés. Le 25, on procéda capitulairement, et avec les formalités ordinaires, à l'information des vie et mœurs des chevaliers, tant présents qu'absents, ainsi que des officiers. Parmi les chevaliers présents à l'assemblée, le
» MiGNET, Charles-Quint, etc., p. 107-109.
marquis de la Vère, le comte d^Egmont, le seigneur de Bugnicourt, le comte de Boussu et le seigneur de Brederode, furent repris pour quelques excès dans les mœurs. On passa ensuite à l'examen de la conduite du chef et souverain. Les chevaliers, pleins de courtoisie envers leur nouveau grand maître, trouvèrent que ce prince réunissait plusieurs bonnes qualités, et particulièrement qu'il était clément, affable, magnanime, humble, libéral et grand justicier ; mais, comme on faisait rémarquer que l'empereur, son père, n'avait pas maintenu, comme il convenait , l'honneur et la dignité de l'Ordre , attendu qu'il avait souvent été donné atteinte aux privilèges qui y étaient attachés, l'assemblée supplia don Philippe de se montrer plus attentif que son père n'avait été à ce que l'Ordre pe reçût, de ce côté-là, aulcun échec. Le chapitre remplit ensuite les placés vacantes dans l'Ordre. Parmi les nouveaux élus on remarquait -. don Carlos, prince d'Espagne ; Ferdinand, archiduc d'Autriche ; Guillaume de Nassau, prince d'Orange; Philippe de Croy, duc d'Arschot; CharleSj baron de Berlaymont ; Philippe de Montmorency, comte de Homes ; Jean de Montmorency , seigneur de Courrières ; Charles de Brimeu, comte de Meghém; Jean, marquis de Berghes, et Philippe de S tavelé, baron de Chaumont et seigneur de Glayon *.
Charles-Quint qui, dans ses adieux à ses compatriotes, avait exprimé le regriet qu'il éprouvait de ne pas laisser leur pays en paix, s'efforça de rendre le repos au monde avant de se reposer lui-même. Déjà l'Allemagne protestante avait été satisfaite par la paix de religion conclue à Augsbourg, le 26 septembre 4 555, sous les auspices du roi des Romains. Celui-ci l'avait acceptée, sans attendre le consentement de l'empereur, pressé qu'il était par la crainte d'un conflit avec les États de l'Bmpire et par le danger
' Histoire de l'ordre de la Toison d'or, p. 445-448.