LIVRE VU
Dès que Philippe II eut pris possession des Pays-Bas, il ooji-^ firma les ordonnances de son père contreles hérétique^ ainsi, q^e les instructions' données aux inquisiteurs, -il maintint, ça un mot, le régime que Charles-Quint avait voulu établir, comme une barrière, contre Fenyàhissement des nouvelles doctrines* Apjçes lâ pacifieatiot) <]e Gâteau^-Gantobrésîsi, le souverfeiip ^pagpoj rér serva toute son énergie pour l'extirpation de ces doctrines qui, brisant les obstacles qu'on leur avait opposés, se répandaient chaque jour davantage. A la vérité, il jugea sinon inuUle , du moins impudent, d'ajouter ^tensibleroent de nouvidies rjigMeurs à la I^slàtiôn si terrible de Ghàrlés-Quint ; mais il .o^onna qu'elle Serait exécutée avec une inOexible sévérité. Au iiiQniept deqù^r les Pays-Bas, It éVait adnessé sur çeitsujet >des recpimmandations très-pressantes et des commandements formels à la gouvernante , à l'étéqué d'Arras, au gfand conôeil de.Mali»eft<?t à tous les autres conseils de justice *. Mais lorsque la duchesse de Parme voulut mettre à exécution ces ordres réitérés et qu'elle commença (Içsç concerter avec les gouverneurs des provinces; elle souleva aussitôt les plus vives .répugnances. Les magistrats ne dissimulaient point leur chagrin en recevant les ordres de la cour-, quelques-uns des nobles ne promettaient leur assistance qu'avec ambiguïté ; d'autres déclaraient nettement qu'il n'était pas opportun de retourner à cette pierre contre laquelle on s'était si souvent heurté: enfin le chancelier de Brabant, Jean Scheyfve, s'abstint, même de communiquer à son corps ce quç le roi' lui avait écrit de main propre touchant la religion, prétendant que, s'il Pavait fait , il eût pwdu tout crédit auprès. des états •. La
a son vice comme son œuvre, et chaque révolutif)i\ ses bornes. Le vice de ce siècle, qui fut Tiutolérance, vint, comme son œuvre, qui fut la réformation, de sa foi..... »
' Fotr ci-dessus, p. 468.
' Stdada, hh.' II. Voir aus.st la lettre de GranvollQ au roi, 6 octobre 4562,
duchesse de Parme mandait au roi que » bien qu'elle ne pût dire qu'aucun des seigneurs ne fût pas bon catholique , etie ne voyait pourtant pas qu'ils procédassent , dans les maiières religieisses, avec toute la chaleur qui était nécessaire K Le prince d'Orange étaf t déjà suspect ; mais les pl«s mat ooUs furent d'abord le marquis de Berghes et le baron de Mont^y ; on attribuait à leur tiédeur, à leur mollesse les prognès que Tliérésie faisait à iValonciennes et à Toumay. Montigny fut dénoncé par l'évéque de Tournay pour avoir mangé gras pendant tout le carême \ on ki reprochait encore, de même qu'à son frère le comte, de Bornes, qui était de retour dans les Pay&*Bas , de dire hautement que c'était mal de verser du âang.pour les affaires de rie||gM>B '. Ces aveux ée la gouvernaiite dèSiPaj^Bas^t cette répugnance
daxiâ\B Correspondance de Philippe U, X. I«, p. 24^. -- Grany^e, cepeiidant, ne se faisait pas iUuâon sur la disposition des esprits* II avait écrit au roi le 23 avril 4560 : « On ne peut faire tout ce (}ue Ton voudrait, et il est indispensable de procéder avec prudence et ménagement. Une autre conduite, par le temps qui court , ne fournirait que trop matière à des soulèvements, et sMls éclataient, nous nous trouverions dans le plus étrange embarras pour y porter remède. •«...,. Une chose m'afflige, disattr-il, le 4 décembre suivant, c'est que lep juges <^roaveiit de la répugnanoe à faire observer les édita probablement dans la crainte de déplaire au peuple, et bien qu'ils ne laissent pas d'exécuter ce qu'on leur commande, ils s'y emploient avec tiédeur et mollesse. » Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. VI. pp. 43 et 208.
I Lettre du 43 mars 4563, Correspondance de Philippe !I, t. I«r, p. 240.
' Lettres de Granvelle au roi, du 40 mars et du 9 mai 4563. iHid., pp. 239
et 249. — « On entend dire souvent à Montigny, et môme sans trop se
gêner « quMl est abusif de punir de mort les délits en matière de religion, tt Quant au prince d*Orange, ses discours et ses démarches,
comme ceux des autres seigneurs, ne peuvent qu'inspirer une véritable inquiétude. Le prince n'a-il pas dit ouvertement à la duchesse de Parme que jamais U ne faillirait à sa patrie (V Allemagne) ni à sa maison ? » Granvelle au roi, 40mars 4563, dans les Papiers d'État, t. Vlf^pp 50et52.
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hautement manifestée par les principaux seigneurs démontraient qu'ira grand changement s'était opéré peu à peu dans les sentiments de la noblesse et de la magistrature au sujet de la répression sanguinaire de l'héréflie. Si les chevaliers de te Toison d'or et les ,étals généraux eussent été de nouveau -consuUés sur la justice ou l'ûpportiraité des placards, il est hors de doute que leur assentiment nîeût plus été iinamme, comme sous le règne précédant. Philippe il, en 'maintenant les édits de^son p^e et en prescrivant leur exécution rigeureùse, ne tint pas compte de ces nivelles dispositions des esprits et nent aucun égard ^ la dilBerence des temps. Les lois terribles de Charies^Quiirt n'ayant pu éçirasenl^i^remiets-propagateursdes doctrinesde la réforme, comniietit pouvaitron espérqr qu'avec .cette même législation, désormais si tnlieuse à toutes les classes, on parviendrait à con^ tenir et à dâsperser d'innombrables prosélytes, dont la ferveur et Jesjforces s'étaient accrues par la persécution même M '
Depuis l'abdication de Charles*<>uint, les doctrines de la réforme pénétraient de tous côtés dans les Pays-Bas, surtout à l'aide des rapports de commerce. Par l'Allemagne, les doctrines luthériennes se répandaient dans la Frise, la Hollande et la Zélande. L'Angleterre, dont les négociants fréquentaient assidûment les villes commerçantes de la Flandre, contribuait aussi à cette propagande incessante. C'est ce qui faisait dire à Granvelle que le parti espagnol devait craindre par-dessus tout que les gens des Pays-Bas fussent bien avec les Anglais, à cause de la religion professée par la reine Elisabeth ^ Enfin, les ministres calvinistes,
1 On a dit non sans raison, que dès lors les édits de Charles Quiot menaçaient peut-être la moitié des habitants des Pays-Bas. Philippe II et la Belgiqfue, par A. Boronet, extrait du tome XXV des Mémoires de V Académie roycUe de Belgique, p. 4&.
* Granvelle à Gonçalo Ferez, 20 mars 4BG3, dans la Correspondance de Philippe 11, t. !•', p. «44.
5âO LES PAYS-BAS SOUS PHILIPPE II.
venas»de la France et de Genève, se glissaient de toutes parts sous le costume de colporteurs ou porte-baHes; distribuant des bibles huguenotes ou des pamphlets contre le catholicisme, et particulièrement contre les édits de Charles-Quint *.
D'autres causes activèrent cette propagande. Plusieurs gentilshommes, entre: afutrès Louis de Naseau \ f^ère» du prince d'Orange, et Philippe de-Marnix, seigneur du Mont^ê^Ste-Âlde^ gonde^ avaient fait leurs études â Genève et eo aNraiènt rapporté^ tout en conservant des dehors cathoUques/ une ardeur extrême depropagerdans leur patrie la religion nouvelle dont' ils s'étaient épris*. Lé liéjour prolongé dans les Pays-Bas deà troupes allemandes et suisges, à la soide= de Gharles-Quint e<i de Philippe II, avait également contribué aux progrès delà réformq. €n avait dà tolérer, parmi ces Allemands, \eVLT8'presehmrs\év(ingéliqîiés qui ne se faisaient pas faute ée recruter des aiuditiéurs: et des prosélytes dans le peuple ; un de ces régiments> tenant garnison à Anvers en: 1554, avait m^e été autorisé « à user de c^air
i Bentivoglio, liv. !•'. — « Calvin, dit Mignbt, inonda de ses livres et de ses missionuaires la France, les Pays-Bas, TAngleterre, <rÉcosse et la Pologne. » — « Au milieu de ses livres et de son étiide, Calvin, disait « Etienne Pasouier, étoit d'une nature remuante le possible, pour rayan^ « cément de sa secte. Nous vîmes quelquefois nos prisons regorger de « pauvres gens abusés, lesquels sans entrecesse il exhortoit, consoloit, « confirmoit par lettres ; et ne manquoit de messagers auxquels les portes « étaient ouvertes, nonobstant quelques diligences que les geôliers appor- « tossent au contraire^. » Recherches (k te France, dans les Œuvres choi" sies (édition de M. L. Feugère), t. Il, p. 421 .
' Strada, lib. V. — Du reste, outre l'église française» il s'était formée Genève des églises italienne, espagnole, anglaise, écossaise, flamande, au moyen des réfugiés religieux de ces divers pays. On prêchait en flamand dans le temple autrefois dédié à saint Germain. Voir Acdïn , Histoire de Cahin, t. U, et le Mémoire de Mionet. Eu 4560, Tarabassadeur vénitien, Giovanni Michiel, évaluait à dix mille le nombre des réfugiés, à Genève.