‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 3)Chapitre 123 sur 177 · LIVRE Vil (1K62— il · texte numérisé non relu

LIVRE Vil (1K62— il

ment de Maillard et de Faveau. La régetite l'ayant enfin mis en demeure, d'exécuter leâ édits contre les hérétiques, il se vit obligé de condamner au feu les ministres prisonniers. Mais craignant de soulever les nombreux partisans qu'ils comptaient dans la classe ouvrière et surtout parmi les tisserands, il différa encore le supplice jusqu'à ce qu'une grande partie de ces artisans de fût absentée. C'était, en efifet, leur coutume d'aller aux champs le samedi au soir et de ne revenir à la ville que le lundi, en partie pour passer le jour du repos dans les villages voisins avec leurs parents et leurs femmes, en partie aussi poUr n'être pas remarqués s'ils n'assistaient pas le dimanche, avec les catholiques, au service divin. Ce fut donc le lundi, avant le jour, que ' Ton conduisit les condamnés à la place de l'exécution ; mais l'on n'avait pu si bien cacher ce dessein ni si promptement l'exécuter que la place ne fût bientôt envahie par une multitude freine de sympathie pour les prédicateurs. Lorsque Faveau^ fut près du bûcher, le peuple ému jeta des pierres sur les archers, rompit l'enclos du lieu de l'exécution, renversa par terre tout cet appareil de mort, et mit en pièces le bois qui devait servir au supplice. Le magistrat, n'étant pas assez fort pour résister à la foule irritée, jugea prudent de réintégrer les condamnés dans la prison. Alors les insurgés, restés maîtres de la place, se mirent en ordre et commencèrent è défiler en chantant les psaumes de M»rot. Après avoir traversé la ville processionnellement, ils s'arrêtèrent au milieu du marché, firent monter sur un lieu éminent le docteur de l'assemblée et lui commandèrent de parler delà religion. Enflammés par ses exhortations, ils coururent à la prisoft, en forcèrent les portes , et mirent en liberté Maillard et Faveau. Ils firent savoir ensuite au magistrat qu'ils ne s'étaient réunis que pour délivrer leurs frères, et que, si on voulait leur laisser le paisible exercice de leur religion , tout tumulte cesserait. La duchesse de Parme, ayant reçu avis de ce soulèvement, enjoignit

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au comte de Boussu de se rendre prorapteruerit à Valencleones^ afin de çonteoir le peuple^ jusqu'au retour du marquis de Bergbes. Elle commanda en même tiemps que Top fit savoir au gouverneur d6 la Flandre wsdlonne en quel ét^t se trouvait Valen^ieones, tandis qu'il .abandonnait le$i affaires du public pour soigner ses affaires partiq^Iièi^es. Mais déj^.son lie^tenapt^. ay^ deux coiqpagnies de. cavalerie^ avait pénétré dans la ville, sans que le peuple osât rien eptrepronc^e^ contre; lui. On y inena par le commandement de la gouvernante, avec la même facilité, la cavalerie du duc d'Arscbot; et enfin le marquis de Berghes et le comte de Boussu, étant entrés ensemble daj^is VaMdepnes, trouvèrent toutes cboses paisibles. 11 fut alors arrêté qu'on poursuivrait leS' fogitits pour les châtier, qu'on rechercherait les auteurs de la sédition, mais que l'on ne rendrait pas les bons citoyens responsables des excès d'une multitude insensée '. Toutefois, malgré Jes pressantes recommandations de te duchesse de Parme» ie marquis de Bergbes se laissa en quelque sorte arracher la punition deç coupables. Granyelle mandait au roi le H avril 4563 : « On a tant crié qu'enfin le marquis de Bei;ghes a fait brûler deux hérétiques à Yalenciennes, mais sans bruit ^ n

Ailleurs les édits étaient strictenient exécutés. Au mois de septembre 4562 , six anabaptistes, surpris par des paysans de Kain dans un bois, entre Obigies et le mont de la Trinité^ furent réclamés par l'abbé de St*Nico|as-d6s-Prés, parce que ces hérétiques avaient été pris sur les terres de son abbaye à Obigies, où il exerç^jiit la .haute justice. Le bailli et les hommes du^fief abbatial les condamnèrent à être brûlés vifs à un poteau,, avec confiscation de leurs biens; et cette sentence fut exécutée à

1 STRAiHk, lib. m. . . #

'. Correspondance /ie Philippe II, i, l*r^ p. 245, '.

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Obigies. Deux autres aaabâptistes, condamnés' parJë baiUiage de Tournai y lurent brûlés sor le marché de cette ifiMe^h

Ces exécutions ne refroidirent point l'ardeur des religionnaireé. Ils conlinuaient leurs assemblées dans les bois voisins de.Tour- ,nai. Le 3 mai 1gd3, vers le soir, le se^nd; prévôt de la vllie, laisanl sa ronde avec quelques tioinnies à pied et à cheval, 9urprit dans le* bois de Breuze plus de deux cents sectaires qui 9 y éuimti réunis pour chanter les psaumes de Marot ; beaucoup prirent la fuite, mais d'autres ne voulurent opposer aucune résistance» et plus d'un s'écria même : «Tuez-moi, je userai, fort aise de mourir pour la parole de Dieu. » La nuit suivante, les réformés prirent leur revanche : ils se réunirent au nombre de plus de deux mille sur le grand marché et prêchèrent en trois endroits différents. » On ne veut sooffrir, disaient-ils , que nous chantiooa au bois, où nous n'empêchons personne ; nous chanterons donc à ia ville j et si cm nous met mille hommes de garnison, nous serons fleux mille et plus. » En effet, le 4 mai, après diner, les sectaires se retriouvèrent au bois de Breuse, au nombre de plus de deux miile^ Le prêche était fait par un prédicant français, «(homme de petite stature, petite barbe blonde, portant un manteau noir, un petit bonnet de velours noir et un grand chapeau de feutre noir. » Ils se diri^nent ensuite vers la ville au nombre de plus de mille, tous chantant et armés de bâtons qu'ils avaient cqupés au bpis et qu'ils abandonnèrent cependant à l'entrée des portes. La garnison étant insuffisante pour contenir la multitude des sectaires, Montigny demanda des renforts à la gouvernante et, en attendant, il requit ka serments de prendre les armes D'après les ordres de la régente , le marquis (Je Berghes se rendit à Tournai avec deux cents hommes, qui f^^reat suivis de bandes d'ordonnance de Mokitigny et de

' Chotin, Histoire de Tournai, t. II, et Jean Cousin, cbap. LV.

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Horœs. En métne temps, la dadiesse de Parme envoya près du gouverneur de Tournai le S' de Naves, président do conseil d'Artois, et le procureur général au grand conseil de Malînes pour prendre les informations eonire les sectaires, car Montigny avait averti la régente qu'on ne pouvait compter sur l'énergie do magistrat de la ville et de la justice ordinaire. Mais, d'autre part, il demanda s'il fallait procéder suivant la rigueur des placards, qui punissaient de mort tous ceux qui assistaient aux prêches ou oonventicolesr il exprimait, du reste, une grande répu^ance à intervenir dans tes procès et à donner les sentences , en sa qualité de gouverneur. La régente lui répondit qu'il fallait être inexorable à l'égard des prédicants, des ministres, ctes hôtes de ces gens pervers, et de tous ceux enfin qui tenaient ouvertement des pro|)OS scandaleux contre la religion , de même qu'à l'égard de ceux qui assistaient aux prêches « avec armes et pistolets. » Quant aux autres, ils étaient, disait*elle, séduits n par simplesse, ignorance ou autrement. » Du reste, sans exiger que Montigny prononçât lui-même les sentenc(^s, elle lui recommandait dé protéger efficacement les commissaires. Mais ceux-ci n'avaient pas besoin d'être aiguillonnés : plusieurs exécutions vinrent bientôt attester leur obéissance et leur zèle * .

Cependant les manifestations reKgiéuses n'étaient pas circonscrites dans le Tournaisis et dans la Flandre wallonne. Les prédicants s'étaient déjà glissés aus^ parmi la population manufacturière de la West-Flandre,

Le dimanche, 42 juin 1562, le premier prêche avait eu lieu dans un village appelé Boeschepe, aux environs de Poperinghe.

» Ces détails sont poisés dans les lettres de Marguerite de Parme et du seigneur de Montigny sur les IrouMesde Tournai de l'an 4563, publiées par Willems d'après les originaux déposés aux archives de l'archevêch^ de Malines. Messager des sciences hiêtoriqucs, t. IV.

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