LIVRE VII (1562—1565). 5iO
Une commission fut donnée, au nom du roi, pour procéder à une information contre ceux qui avaient assisté à ce coavenlicule : il résulta de Fenquéte queGhislain Damman prêcha l^r le éimetière à un auditoire composé dé deux cenls personnes^ la plupart armées *. On n avait pas même respecté la résidence de fa gouvernante des Pay8*Bas. Les sectaires s'étaie&l réunis plusieurs fois , surtout les jours de fête ei lesdiiâanches, dans le ix)is de Linthout, près de Bruxelles. La gouvernante irritée chargea le drossard de Brabant de disperser ces conventioules et d'arrêter les assistants pour les faire châtier oonformémeot aux édits ^. Philippe H ne cessaitde se préoccuper de la punition des hérétiques. A leurs progrès incessants, il avait opposé les nouveaux évéchés et surtout la sévérité des placards; il fit plus encore : aux missionnaires de Genève, il opposa les jésuites. En i562, les disciples dlgnace de Loyola ouvrirent le collège des bons Enfants à Tournai, et, presque en même temps, ils prenaient la direction de l'université de Douai , instituée par le souverain espagnol pour empêcher le^ jeunes gentilshommes des Pays-Bas de se rendue en France sous prétexte d'étudier la langue française dans les universités de ce royaume, qui étaient presque toutes infectées des doctrines de Genève '.
> « Omnium ergô manifestissimè sectariorum institutum in lucem v«iùi
A» 1562, 12 junii, die dominicà, in page de Boeschepe » Ce village, qui
appartient aujourd'hui à la France, est situé au pied du mont des Cats. Geusianismus Flandriœ Occidentalis, auctore R. P. C. Wynckio ord. FF, Prœd. Priore conv. Yprensis (Chronique publiée par l'abbé Van dé Putte, Bruges, 1841 , in 4«), pp. 2 et 98.
^ Mandement du 4 0 mars 4(^2, dans le Supplément à Strada, t. II, p. 268.
* Histoire de Tournai, par Jean Cousin, chap. LV, et Histoire des Pays^ Bas, par £m. de Met£REn, fol. 28. Diaprés ce dernier, le prince d'Orange avait encouragé les murmures que Térectiôn de 1 université de Douai excita
à Louvain et dans tout le Brabant. « Aféme le prince d*Orange dit qu'il
« ne falloit point mettre de séminaire papistique es villes frontières o
SrSO LES PAYS-BAS SOUS PHILIPPE II.
. Du rest^, Qon coDienI des rapports qui lui éUieht adressés par la 4<i<{bease de Parrae et parGraoyeUe, Philippe II recevait, sur i-^atdes affairesde la religion, dés^ lettres pl^s confideoljeUes d'AloQSo del €anto, contmhr ou Vérificateur des opérations confiées a:Q {acteur royal à Âiivers^ ei surtout d'uB moine espagnol nommé fray Lore«zo:de Viliavicencîo , aum^ier des marchands de la nation dlEspagoe, établis ji Bruges. Ce dernier semble avoir été spécialement chargé de dénoncer ses compatriotes qui em*braaaaient» dans les Pays-Bas, les dpctrines réforn^es. L'inquisition d'Espagne,: faisant usage de ces dénonciations, péclamait ensuite les coupables; mais elle r^acootrait une ferme opposition de la part de Viglius, président du conseil privé \ Granvelle trouvait aussi que c'était une chose risible que d'envoyer au gouvernement des Pays-Bas des dépositions faites en Espagne devant les inquisiteurs ^ poui* qu'il recherchât des hérétiques, «i comme s'il n'y en avait pas ici, ajoutait-il, des milliers auxquels nous n'oserions rien dire et dont les ofiBciers n'appréhendent aucun ^ n Kn s'exprimant ainsi, Granvelle constatait, d'une part, le nombre toujours croissant des dissidents religieux et, de rautre , il manifestait le déplaisir que lui faisait éprouver la tiédeur avec laquelle les édits de Charles-Quint étaient exécutés par le marquis de Berghes et par ceux qui partageaient les opinions modérées de ce seigneur. Il s'en fallait toutefois de beaucoup que les dissidents fussent rassurés sur la modération du gouvernement. A cette époque même, un agent de la duchesse de Parme estimait à dix-huit ou vingt mille les habitants des Pays-Bas qui, depuis l'avènement d'Elisabeth, s'étaient réfugiés, pour cause de religion, à Londres, à Sandwich et dans les contrées adjacentes.
' Correspondance de Philippe H, 1. 1«, p. 257.
^ LeiiTè de GranveHe à Gonçalo Ferez, du M juin 1563, ibèd,y p. 252.