MARGUERITE DE PARME
LiVAE viii (1561). 335
duchesse de Parme engage Granvelleà publier son départ; prétextes qu'il allègue pour justifier cette détermination, -r Ses adversaires soupçonnent la vérité. — Granvelle sort de Bruxelles, le 43 mars 1564.
Le cardinal de Granvelto, regardé oomme rinspirateui^ de la politique suivie par Philippe H à Tégard des Paya-'Bas; était devenu bientôt odieux à tous ceux, nobles ou bourgeois, qui détestaient la prépondérance des Espagnols ou qui penchaient vers les nouvelles doctrines religieuses. Pour miner Tautorité du principal ministre, on s'était efforcé de la rendre impopulaire. On rejetait sur le cardinal tout ce que le roi entreprenait de rigoureux et de nouveau ; on persuadait au peuple que l'augmentation du nombre des évéques, le rétablissement des édits de Charies^uint contre les hérétiques, l'inquisition, enfin, étaient des ouvrages de Granvelle *.
Le comte d'Egroont et le prince d'Orange se placèrent à la tête de l'opposition, le premier avec soudaineté, le second, aprè3 avoir mieux délibéré avec lui*ménie. Les suggestions de Simon Renard ne furent pas étrangères à la détermination du vainqueur de Gravelines ; quant au prince d'Orange, ce fut à l'instigation du comte d'Egmont qu'il rompit, mais à regret d'at)ord, avec Granvelle'. Pendant longtemps, en effet, et jusqu'à Tannée 4564, la
' Strada, lib. IL — Cette dernière accusation était la plus grave; en faisant accroire au peuple qu'il était Tautear de la perséculion dirigée contre « les hommes de bien de la nouvelle religion , » ses eauMliiâ, disait iGraiii Telle lui-même , avaient en vue de soulever jusqu*aux pierres contre] lui. Papiers d'État du cardinal dç GranveiUe, t. VU, p. 247. .
' Mémoire (inédit) de Vabbé de St-rVinoent. — Lettre de Mori)k)B à Granvelle, 9 novembre 4567, dans leSunpiémeut ojux Archives de ia maison d'Orange, p. 49.
534 LES PAYfi-BAS SOUS PHILIPPE II.
meJHeare intelligence, parfois même une dorte d'rntimité, avait régné entre févéque d'Arras et le prince éfOMnge. Leur correspondance attestait du moins qu'ils avaient l*un pour l'autre de l'estime et de l'affection. Toutefois, les sentiments de Guillaume de Nassau avaient dû peu à peu se modiBer, à mesure que l'autorité de Granvelle s'affermissait et s'étendait; il ne pouvait plus avoir h» mêmes symipathies pour Je conseiller intime 4e Philippe. II, pottl* oehii qui avait fbit pk*éfârer la duchesse de Parme à la duchesse de Lorraine, podr celui auâsi qui était eonBldéré C9Fnme \e promoteur des ^its contre les réformés. Mais, quel que fût le mécontentement du prince d'Orange, il avait su le cacher adix^ement jusqoo vers l^poque de Pélévaiion de Gfaitvelle»au cardinalat ^ •
Soit qu'il eût été blessé pluS' vivement de l'arrogance du prélat après cette promotion, soît qu'il jugeât que l'intérêt du pays exigeait la grave déienuînation vers lac^uelle il inclinait, le prince se joignit enfin au comte d'Egmontet, pour la première fois, les deux seigneurs se plaignirent directement au roi de l'iHnnîpotence que s'attribuait le cardinal de €ranveHe «.
Cette lettre cdlective, datée de Bruxelles le 23 juillet 4564, était de la main de Guillaume de N4ssau. Lui et son collègue rappeluiedl au Roi que,* lorsqu'il les nomma conseillers d'État, ils firent qoekiue difficulté d'accepter, non par défaut de 2èle, mais parce qÀe, «yant é€é appelés ^ siéger au^ même conseil; sous le gouvernement du duc de Savoie, ils s'aperçurent que les affaires
< Cùm^iomianeê de OuiUaume tê TViciAtme, 1. 1 et II, pdêiim. Voit dotanmetitriiitrodaetioD du t. II, § II.
* Daiw -sa JuêiifU>ation , le prince seatînt que, presque imméâfatemèaf après le départ du roi pour TEspagoe, lecardina) de Granvelle jeta le mAaqu€»,dis&Bt ouvertement aui dé(yatés de» provinces et villes « qit'j^fbllbit s*aiJlreâBerÀ lui et point aiileurs poor parvenfr à iine bonne frn des kttsAres. • Grande chronique <fe Hof lande, i. U, fo\. iSO. • •
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importantes se tPâftatent h part, et sans eiix j ce^ q»i portail alteibte à léui^ honneur et réputation, tld exposaiont eoBuite que leh»i, étant en Zétefïde, le» asàura t|Qe lout<^ t^'afraîre0'(Fin)portarice sisrBient traitées et iééohteà au iiTons^) d'État, î -leur coméiaftdàiit de bduYeaà d*accepter ladite charge; en (fo^i ilk lui 'tei<àiéàt ttè94^rëabl6 service^ ;iq(f^il6lriéeÀiandèrent aiohEt quO) !danrle cas' où -se^'intentions »e signaient pias 'écéomplie< 11^ eossèntia fàcUltô^'àe dofinér leurdénate^ion-; qii'il ttépliqda cpie; si cela arrivait, il désirait iïHïte!rèn'at'y^it!sBent;afih qui! y pourvût. Or, depwîs te départ do rôi, ils avaient été appelés eu- conseil d-État le plus souvent pour des choses de hûlléorl de bien petite în^rtancè, tandis que les affaires majeures étaient traitées à leàr inëo, par une ou deux personnes. Il en résultait, disaient-^ ils, que tout'le ftioûdè se moquait d'éuic, parce quifs avaient le nom sans éfil^: Ils auraieht cependant pri« patience, quoiquiôb^ tnal'iaogmetftât dejour en jour; si le cardinal de Grâfffvéllé tiê s'était/tiviséde dire, en conseil, quetotis les GOtiseillers seraient également responsables des événements qui pourraîei%lS!itvenir. No voulant; pas avoir à répondre de ce qui se faisait sans eux, lis priaient le roi d'accepter leur démission, ou d^ordonher que toutes les affliires fussent dorénavdTit communiquées, traitées et résolues en plein conseil d'État. Ils ne se piaignaieât pas delà duchesse de Parme, dont, au contraire-, ils se déclaral^t satisftfitsi».' ■ ' '.••■•• ..^ .• - •• "::■ r. .•••■•■ •
Ferme et Gonvéni^ble, cette réçlaniaiiOft> ne fut pa^ isipédiéc^ immédiatement et resta seqrète ; le comte d'Pgmoni ta retint pendant trois semaines et, durant; cet intervblte, te ihuriage du piince d'Orange avec Anne de feaxe devint une soutt^e dé- nouveaiux griefs.
Le traité de Câteau-Cambrésis avait réintégré Guillaume de
' Correspon^arire de Phili^e II , t. \**, p. 195.
336 LES PAYS-BAS SOVS PBILIPPB II.
Nassau dans la jouissance de la principauté d*Orange, et la mort de son père, survenue le 16 octobre 1559, l'avait fait chef de sa maison en Allemagne. U comprit les nouveaux devoirs que cette position lui imposait : « U faut tâcher, disait-il à son frère Louis, d'augmenter la renommée de nptre maison plutât que de la diminuer. » Veuf depuis 1558 d*Ântied'Egmont-Buren, Guillaume de Nassau était vivement pressé parises parents de se remarier ; n'ayant pu obtenir la main de Renée de Lorraine, il s'était décidé à prendre sa femme parmi les princes^s de l'Allemagne, afin d'accroître son influence en se créant des alliés dans ce pays. Son choix était hardi -. cédant aux conseils de Louis de Nassau, son frère, et du comte Guniher de Schwartzbourg, qui allait devenir bientôt son beau-frère \ il voulait épouser la fille unique de Maurice de Saxe, du célèbre capitaine qui, trahissant Charles- Quint pour Henri 11, s'était placé en 1551 à la tète des protestants et avait obligé l'empereur malade à fuir devant ses troupes ! Un tel choix devait déplaire d'autant plus aux cours de Madrid et de Bruxelles que la fille de Maurice avait été élevée dans le protestantisme, à Dresde, auprès de son oncle, l'électeur Auguste. Anne de Saxe n'était d'ailleurs remarquable ni par sa douceur ni par sa beauté; d'un caractère bizarre, mal faite de sa personne, et même un peu boiteuse, elle plut néanmoins au prince *. Mais, peut-être, ce qu'il recherchait surtout en elle, c'était sa fortune et sa parenté, car en s'alliant aux maisons de Saxe et de Hesse, il se ménageait de puissants appuis. Pour réussir dans ce projet, Guillaume devait tout à la fois respecter les convictions catholiques de Philippe U et ne pas froisser les convictions luthériennes du duc de Saxe, oncle de l'orpheline, non plus que les prévaitîons de son aïeul maternel, le landgrave Philippe de Hesse. Par
* Papiei'S d'État du cardinal de Granvelie, t. VI, p. 30.
' Archives de la maison d'Orange-Nassau, 1. 1, p. 47 et suiv.