‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 3)Chapitre 127 sur 177 · LIVRE viu · texte numérisé non relu

LIVRE viu

une dissimulatipn poussée à l'excès, le prij^ce réussit à surmonter tous les obstacles. Qu'il fût protestant js^u fond du cœ^r, indyîéreot seulement ou sceptique^ jusqu'alors il avait cepeiMJlan^ professé ouvertem^ot le catholicisme, et il n'était point encore disposé à une abjuration. En demandant lecpnsenteinent de.PhiUjp^jî^ II, le 7 février 156.0, il lui dirait qu6> fiar ce mariage , il 0$pérait aqquérir plus d'influence sur Lçsseigneurs d'Allemagne; idans l'intérêt même du roi, et il protestait d'aillears de aço attachement invariable à la vraie religion cathoUque K Be effet, Gi^Ur laumç fît alors publier dans. S2| principauté 4'Orange ua , édit qui interdisait « tous presches publics et pj^rticuliers^ sans l'ex- , »> presse licence des conseillers et du yjcaire de l'évéque, à peine «. de confiscation ^e corps et de biens; » /.

La réponse de Philippe II au prince d'Orange, datée 4u âtifévrier 4560, fut dilatoire. Elle, contenait, en .substance; que l'affaire était trop importantp pour qu'il ne prjt pas l'avis de la gouvernante des Pays-Bas,,à qui il transmettait aes insfcru^ions ', Il renvoya effectivement la lettre du prince à la duchesse de Parme, en lui laissant le soin de statuer sur cutte requête, après en avoir conféré secrètement avec VigliusetGranvelle.. Ou reste, elle était autorisée à déclarer au prince, si elle trouvait que le point de la religion fût réglé d'une manière satisfaisante,, que le roi ne désapprouvait pas son mariage, et à le détourner, au contraire, d'y donner suite, au cas qu'elle eût des doutes à cet égard ^. La duchesse de Parme, qui n'avait eu aucune coanaissance préalable de la démarche faite par le prince auprès dq roi, marqua une très-vive surprise en recevant la lettre de son frère. Tout en cqmprenant qu'il importait de ménager un des seigneurs

> Correspondance de Guillaume le TaoUurne, t. I, p. 432.

» /fc., 1. 1", p. 435.

M6., letlredatée du 26 février 1560. , , ,

]S5â LES PAYS-BAS SDUS PHILIPPE II.

leâ plus influents du pays, elle n*hésita pas néanmoins à se montrer peu favofâfbte au tnariage projeté, parce qu'elle le croyait propre à donner des espérances aux hérétiques des Pays-Bas. A la vérité, dîisait'^lle, TélecteOr Auguste avait consenti à ce que sa nièce vécût catholiquemént, pour le cas où le mariage s*accompKrail ; mais on n^était pas encore assuré à cet égard de la volonté de la princesse ; d'ailleurs , les anciens conciles ainsi qw leë canons défendaient aux catholiques d'épouser des héi^tiques. Granvelle n'avait pas vu avec moins de peine le projet du prince d'Orange ; lui aussi déclara au roi qfu'une telte allianci* servirait peu les intérétè de l'État et ceux de la 'religion, toxrt en avouant que jamais il n'avait rien remarqué chez le prince qui pût lui faire concevoir des soupçons désavantageux ^ Dans une conférence particulière avec le prince, Granvelle ajouta qu'il faliait avoir grand égard à l'opinion du monde et que déj^ Ton . parlait étrangement de sa so&ur, mariée avec le comte Van den Berghé en Gueldré. Guillaume s'attacha à réfuter ces objections : i< Le roi et tout le monde avaient pu connsrttre, dit-il , le zèle qu'il avait toujours montré pour la religion, et il s'était conduit de <îette mafnière non-seulement comme serviteur du roi, mais encore pour l'apaisement de sa propre consciente; quant à sa femme, quelle quelle fût, il ne consentirait jamais qu'elle vécût autrement que comme vraie catholique; n'était-il pas d'ailleurs au pouvoir du roi de le châtier et elle aussi, dans leurs personnes et dans ledrs biens, comme il serait juste, pour le cas où ils contrevinssent aux édits royaux? » Le prince ajoutait, au surplus, que, dans les l'ays-Bafs, les mariages étaient libres- que l'électeur de Saxe n'étant pas l'ennemi du roi et que lui-même s'étant mis en règle pour ce qui concernait la religion autant que

1 Lettre de Granvelle au roi, du M mars 4560, dans les Papiers rVtiat du cardinal de Granvelle, t. VI, p. 29.

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œld Im était possM^je, M aurait pa $e reo^viov proptio niplp; pf\m qu'il avait bien vodia fiairç acte 4^ ^ur^rijssioa ppur téogiç^f^i&f' son profond rQçpecït m foi. 11 repo^naissjgiil qwe les infarœi^itô de l'^éque d!Arras jbouqbant sa sœpr élai^ eiicacjiiesi, ;La,q^i]t^ de €)^jte.ii0OD4hiUe^ dij^aijtril; dey^^it être at(ri^i(iâei à ]Oui ^ijii^/iryfj^^tijr ; du T^^, il avait fait ov^ertir 6asQiAiF>d6.âe d#9|i^e ^e ce B^,^bô^^ «t de vivre cattoliqueineciit, «çp^n^ leaédits royaume ^l'ex^ige^if^ afrQc raison { ainoo, teille riaquait, elleet aonn^ari, de de^m.^ rendre fugitifs ou d'alter mendier ; U lui avâ^t enQ(;9r(e>rQœii[)n^Q4é de surveiller rédti^ation de ses ^nfapls, aSn qu'ils pe ç'exipos^saeiQt pqotè perdre leurs biens en adpptanMe.rjA^y^îse^.opiiiions. S)a sœur lui ayanit répondu qiiie aon prëQheur ^v^it été appc^^^^vé ;par le conseil deGueldfe , il avait Répliqué quel ceiA n'était goiffp crograble, puisque o'.éUât ice conseil qui s'éieyait ciçntre Jl.ui^ .ejt «Hiliilla conjurait jenfia 4e l'éloigoer. — QranveJJe hii ayiaiidetmandé aussi comment son frère» probâbl^oHHit Louis de Nassaq^ récemment de retour dans le pays, après une longue idl^sence, se condiuisait maintenanfl au sujet de la religion. Le prinoe répondit .qu'il vanait avec lui à la messe, et se^ooiofonaaità VHit<« tes pratiques des oathoAiques. t'évéque Tayai^t exbprté à Je faire instruire, Guillaume répliqua quïl l'avait fait et le.;faisail sou* \^nt; que son frère lui avait d'ailleurs expriDoié ,k désir diétre insiruit coipme quelqu'un qui, dèS'âcm enfance/ n'avait pas été initié aux doctrines de la religion catholique; que-, pour^ipieux Téo^irer, il. avait même prié letoarquis deBergh0s de lui prêter un. curé ifpct savant ^ qu'il était vrai que i^oïi: frère fnf^pgçajl de la chair secrètement à cause d'une indisposition qu'il avait et ë laquelle k? poissbn était contraire, mais que c'était par le conseil du médecin et avec l'autorisation du curé. Tout en Tàpprouvant, Granvelle lui recommanda d'éviter le scandale, parce qu'il serait plus, mal pris et plus gravement interprété de lui que d'un autre : le roi, ajoutait-il, risquerait plutôt de perdre ses royaumes que

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de tolérer, sans châtiment , des choses contraires à la religion. Gomme le prince sollicitait vivement une prompte décision, la dochesse de Parme, après avoir hésité pendant quelque temps, l'appela enfin, le 46 mars, à Tissoe du conseil, et, en présence de Gfanvelle et de Viglios, lui fit entendre qu'il était indispensable de savoir si la jeune princesse s'était engagée eUe-méme à se comporter comme une vraie cathoHqoe; or, comme e^te n'avait pas cette assurance, son devoir Tobligeait, ajouta-t-elle, à prendre les ordres du roi. Alors le prince, un peu troublé, répéta les raisons qu'il avait déjà données à Tévéque d'Arras, ajoutant qu'il avait toujours fait profession d'honneur en toutes choses et qu'il trouvait donc étrange que le roi se méfiât de lui , ne lui ayant donné pour cela aucun motif. Il finit par déclarer qu'il lui était impossible de suspendre les n^ciations du mariage, comme le désirait la duchesse, jusqu'à ce qu'elle reçût de nouvelles lettres du roi, car déjà les noces avaient été fixées à huit jours après la mi-carérae, au plus tard *.

Guillaume, s'étant rendu en Hollande, écrivit de la Haye à la duchesse de Parme que, puisque la première assurance qu'il arait donnée ne paraissait pas suffisante, il avait exigé de la princesse de Saxe une déclaration particulière touchant le point de la religion, afin d'ôter au roi et à la gouvernante tout scrupule ». Il s'était mis d'accord, à cet effet, avec les députés du duc de Saxe venus à Deventer.

Mais plusieurs obstacles s'élevèrent et firent même supposer, à la grande satisfaction du roi , que le projet du prince n'aurait

1 Lettre de la duchesse au roi« du 18 mars 4560, dans la Cornspondance de Marguerite d'Autriche, duchesse de Parme, avec Philippe 11, publiée par le baron de ReifFenberg (Bruxelles, 184-2, i vol. in-i»), pp. 260-277.

' Lettre du 8 avril dans les Archives delà maison d'Orange, t. l*r, p. 54. Le prince écrivit le même jour et dans les mêmes termes à GhJnvelle. ' Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. Ït, p. 437.

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pas de suite. Le landgrave de Hesse s'opposa tout à coup au mariage de sa petite-fille, sous prétexté que le prince d'Orange, encore papiste, entendait la messe et que sa conduite privée rfétait pas exempte de blâme ». Mais le motif réel de son opposition dénotait moins de rigorisme : il était blessjé que le prince n'eiit pas accepté la xûain d'une, de ses propres filles, bien qu'il eût autorisé celle-ci à embrasser la foi catholiquCv Quand, pour vaincre son opposition j le duc de Saxe lui rappelait cette dernière circonstance, Philippe le Magnanime répondait qu'une considératjpn semblable ne devait pas^ arrêter un père qui avait plusieurs filles, parce qu'alors on cherchait à les établir le mieux qu'on pouvait , mais que la fille unique d'un électeur ne devait recevoir la loi de personne \

Tout en attendant avec la plus vive impatience une réponse du roi, le prince s'était rendu en Allemagne pour régler les afl^aires de la succession de son père. A son retour, il eut connaissance d'une nouvelle lettre dilatoire de Philippe II : le roi se bornait à dire qu'il n'avait aucune réponse à lui faire, dans la. persuasion qu'il n'était déjà plus question de cette alliance. Mais, objecta Guillaume, les négociations sont aussi actives que jamais; seulement, avant de riçn conclure, je veux absolument savoir des parents de la jeune princesse quelles sont ses intentions au sujet

' Le landgrave faisait sans doute allusion à Justin de Nassau, fils uaturef de Guillaume, né en 4559v 8a mère était Eve Ëliver, niariée plus tard avt secrétaire de la ville de Hulsjt, Justin de Nassau devint gouverneur deBreda> et amiral de Zéland^f

^ ' En faisant connaître au roi les motifs véritables de l'opposition du landgrave de Hess€5, Granvelle ne perdit pas cette occasion de rabaisser les chefs du protestantisme. » Il est facile de voir, disait-il, quel fond Ton peut « faire sur les convictions religieuses des princes d'Allemagne, guidés uni- <« quement par l'intérêt et l'ambition. En matière de foi, iJs ne croient « véritablement presque à rien. » Papiers d'État, t. VI, p. 199..

54^ LES pAYS*iiiis sous i»Bft^pr£ ir.

de la pcHgion '. Kentèt le prinee fil un second voyage en Attemagne pour assister aux noces du comte Cudtfaer de Scbwartzbourg avec sa sœur, Catherine de flassaii. Ces nooe^ forent cf^lébrées le f 8 novembre en [>résende d'uB grand nombr^^de gentilshommes des Pays-Bas.

Quelque temps auparavant/ Philîf)pé avait éDffné, mais à /^ontre^cci^ur et bveè toute sorte d^ rétieehces, l*dcitorlsatiiin ai inj patiemment dtlénûue. H âVàit ^crlt à^rantélfo le^^ octobre : « Dans ratië dé voë defbièreâ léttnôs, vou^ senUbtier espérer que « le ninrtage eu prince d'Orangé n^aoi-aît pëé; de^ sukë. 6%pr&& « cette pensée, et voyairt qu^ortné m'écrivait plus Héh sur »^lte «< alliance, je considérai comme cërlâih que \ë pKJjét en avait « été abandonné , ce qui me causait un plaisir bien sensible : it car ce serait effectivement le meilleur et ce que je désirerais « le plus. Mafe maintenant que l'affaire parait décidée, je ne sais •f |)lus qu'en dire , et ne vois rien de liiieux pour l'instant que « de m'en remettre à ma sœui', qui , pour être plus'â^ côurabt « de ce qui se négocie i ce sujet, verra mieux le parti qui reste M â prendre, et s'il est encore quelque éhance de s'y opposer avec « succès. Bans le cas contraire , il fettdra bien donne** raatori- ^i sa lion demandée pour ce mariage; mais Is'iiy aviait moyen de <* l'empêcher, il ne faudrait pas Ifésitér à s'en prévaloir ; car je u ne puis concevoir que le prince d'Orange songe à épouser la u fille d'un homme qui s'est conduit à 1 égard de l'empereur, «( mon père, comme l'a fait le duc Maarice ^ » Ea répondant ihi roi , Granvelle convenait que le mariage du prince était une chose bien fâcheuse; mais, ajoutait>il, il y aurait aùtamt d'incon* véhienls à refuser l'autorisation qu'à l'accorder. Le but essentiel du prince dans celte alliance était l'avancement de la maison de

• Papiers d'État, t. VF, p. 469.

» Ib., t. Vr, p. 475.

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