LIVRE VHl (tSOS
jusqu'à dire que les lettres avaient été rédigées à Bruxelles même eten blanc. Il ne manqua point de s'adresser et aux seigneurs et au oonseil privé, criant- à l'arbitraire et à la tyrannie, publiant que l^on eommençail par lui et que les autres suivraient. Par ses imporlunités, il'arracha du prince d'Orjnge et du comte d'Egmont une; déclaration dans laquelle i's affirmaient qu'il n'était (>our rien dans ks sentimeots hostiles quQ ces seigneurs oîanifesldient à T^ard de Granvelle. « Heureusement, disait le cardinal aui roi , je puis fournir d'autres témoins, et eux-mêmes, s'ils étaient interrogés, ne pourraient, en hommes d'honneur, se dispenser d'articuler certains l^its.d'où: il résulterait clairement que, dans les circonstances oii Renard leur semble n'avoir pas suivi la ligne droite , il a procédé réellement par des voies obliques.. » Renard, sachant que Granvelle l'accusait d'iraprobité et même de trahison , présenta sa justification à la duchesse de Parme, qui, nonobstant, insista sur son départ. Peu de jours après, il revint la trouver, avec un second écrit, demandant qu'elle leifit examiner par le conseil privé ou le.conseild'Étal} mais elle, ne voulut pas entrer dans cette voie, et le lui fit restituer en lui renouvelant l'ordre de partir. Alors il informa la duchesse qu'il désirait expédier un courrier au roi. Il n'était pas possible de rejeter brutalement cet appel à la justice du souverain; aussi la régente, vaincue par tant de persistance, se résolut-elle enfin d'attendre de nouveaux ordres '. Dans sa requête à Philippe II ^ Simon Renard , ancien ambassadeur en France et en Angleterre, invoquait les services notables qu'il avait rendus pendant vingt-deux ans à Gharles-Quint et à son fils, et qui maintenant étaient payés parla plus noire ingrati-
• correspondance de PhiUppe U, 1. 1»"", p. 236 et suiv. -^ Mémoire (ioédit) de labbé de St^ Vincent. -^ Papiers d'Éiat du cardinal de Granvplle, t. Vil, p. 22€tsui¥.
tude. li attribuait cette disgrâce à la haine que lui avait vouée le cardinal de Granvelle et que ce ministre plein de rancune avait poussée au point dé lui retenir ses traitements et gages. Comment d'ailleurs pourrait-il obéir au commandement du roi, dans l'état misérable où sa santé avait été réduite par de longs travaul[? Il ne pouvait, disait-il, supporter ni le cheval ni le chariot pendant une journée entière ; il ^it même si caduc qu'il ne marchait plus qu'à Taide de béquilles et que ses infirmités ^obligeaient à demeurer au lit un tiers de l'année. Il repoussait avec énergie le reproche qui lui était adressé d'avoir indté dans les Pays-Bas les ennemis du cardinal de Granvelle: il mettait ce ministre au défi d'étayer cette accusation par des preuves. Il suppliait le roi de le laisser vivre et finir ses jours ou il avait choisi le Ut de mort, avec femmeet six petits enfants, dont quelques-uns encore en bas âge ; il le Suppliait aussi de faire payer ses gages afin qu'il pût acquitter ses dettes qui ntontaient à plus de douze mille florins. Enfin, il demandait au roi de ne pas prendre sa démarche de mauvaise part, attendu qu'il avait présenté requête au conseil d'État et au conseil privé pour obtenir justice des diffamations dont il était l'objet , et que l'honneur lui défendait de s'en all^ avant l'issue de ce procès ^
» Voir celte requête dans les Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. V, pp. 8-12. — Il importe, pour apprécier cette affaire, d'entendre aussi le cardinal de Granvelle, qui s'exprimait en ces termes dans une dépêche
du rof dn 40 mars 4563 : « Comme cet bomme n'a pas la conscience
bie» nette, il doit craindre de plus grandes exigences, et de ne trouver en Bourgogne ni les privHéges du Bpabaot, Dotammeut celui de la Joyeuse entrée, dont il songea se prévaloir contre son souverain, ni surtout Tappui de certaines gens sur lesquels il compte assez pour résister au;i volontés
de V. M., de laquelle il tient tous ses principaux moyens d*existence
En conséquence, it s*est mis à dire et à écrire tout ce qu'il a voulu contre ma personne et contre celle de V. M. elle-même, exposant partout qu'on