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sacrifices énormes qu'il avait fallu imposer au pays pour soutenir les longues guerresde Charles-Quint contre la France. La situation financière dut inspirer des craintes sérieuses dès Tannée 1556. En effet, le domaine du souverain était chargé de 3,900,000 florins de dettes, dont il devait supporter les intérêts ; les provinces aussi étaient fort obérées : la Flandre, le Brabant et la Hollande devaient près de 10,000,000 de florins et les autres provinces à proportion ; on évaluait à plus de 2,200,000 florins l'arriéré de la solde des gens de guerre; l'entretien des bandes d'ordonnance, conservées pendant la trêve, exigeait annuellement 330,000 florins, celui des garnisons 720, 000, celui des fortifications 200,000, et les divers services administratifs 320 à 330,000 florins. Or, les subsides ordinaires votés par les états étaient loin de suffire à l'acquit de tant de charges et l'on ne pouvait pas compter sur des sacrifices extraordinaires, le peuple commençant enfin à se plaindre hautement de supporter le principal fardeau d'une guerre causée par des différends qui étaient étrangers aux Pays- Bas '. Le caractère de Philippe II le portait vers l'isolement ; nul souverain n'a été plus ennemi des assemblées délibérantes, et cette répugnance était encore entretenue par Granvelle. Toutefois^ à cause de la situation critique où il se trouvait, Philippe fut obligé de surmonter sa répugnance et de convoquer les états généraux peu de temps après son avènement -, les chevaliers de la Toison d'or et les membres du conseil d'État lui avaient d'ailleurs représenté que de sa résolution dépendrait le salut ou l'entière ruine du pays.
' Gacharo, Des anciennes Assemblées nationales de la Belgique, IL — Déjà, en 4546, Tambassadeur vénitien Bernardo Navagero coastatait que, dans les années précédentes, on avait mis tant d'impôts sur les espèces de consommation que ces provinces pouvaient être considérées comme le pays le plus cher du monde.
Les états généraux s'étaient donc réunis à Bruxelles, en présence de Philippe 1 1 , le 1 2 mars \ 556, et la plupart des grands seigneurs belges assistaient à cette réunion. Indépendamment du duc de Savoie, on remarquait, dans l'assemblée, le prince dOrange, le comte d'Egmont, le comte d'Arenberget le comte de Meghem. Le conseiller Philibert de Bruxelles fut de nouveau l'organe du gouvernement. 11 annonça que les négociations entamées avec la France n'avaient pu amener la conclusion delà paix, mais qu'une trêve marchande avait été décidée à Vaucelles pour cinq ans ; que, bien qu'il semblât à plusieurs qu'il eût mieux valu continuer la guerrepourrecouvrer les pays usurpés sur le souverain, celui-ci, de l'avis des chevaliers de l'Ordre et des seigneurs de son conseil, avait cru devoir, dans l'intérêt du service de Dieu, dans celui de tous ses royaumes, et particulièrement des Pays-Bas, condescendre à ladite trêve, parce qu'il espérait qu'elle serait un acheminement k une paix solide. On devait souhaiter que , avec la suspension d'armes, cessassent les grandes charges qui pesaient sur le pays ; mais on ne devait pas s'endormir dans une sécurité trompeuse. Comme les gens de guerre réclamaient leurs arréra^ ges, il fallait prévenir les foules et mangeries qu'ils exerceraient sur le pauvre peuple ; il fallait aussi pourvoir à l'entretien des troupes que l'on conserverait pendant la trêve, aux dépenses de construction de nouvelles forteresses (Charlemont et Philippeville), à la réparation des agciennes, et à leur approvisionnement ; il fallait enfin rembourser les sommes qui avaient été levées à rente et subvenir aux charges ordinaires de l'administration. Pour faire face à toutes ces dépenses, trois millions de florins étaient nécessaires. Comme cette somme paraîtrait exorbitante si on la levait par voie de répartition, on avait recherché, pour se la procurer, un moyen extraordinaire et qui pût être pratiqué dans tout le pays. Aucun n'avait paru plus juste et plus raisonnable que la levée du 1 00* denier de la valeur des biens immeu-
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bles, et du 50* denier de la valeur des biens meubles à payer en trois termes. Quoique ce moyen fût inusité aux Pays-Bas, le roi (concluait Torateur] avait l'espoir que les états , lui témoignant la même affection qu'ils avaient montrée à ses prédécesseurs , l'adopteraient pour cette seule fois, sans préjudice pour l'avenir, et à défaut dlautres expédients convenables '.
Malgré cette assurance, la première proposition faite par le roi aux états généraux fut fatale à sa popularité ; dans toutes les provinces ,- elle rencontra une vive opposition ». Naguère on avait vu Charles-Quint et la reine Marie faire des démarches personnelles auprès des membres les plus influents des états pour obtenir leur appui; le caractère hautain et réservé de Philippe ne le disposait point à suivre cet exemple. 11 aurait voulu partir immédiatement pour l'Ëspagne-et laisser à sa tante le soin de négocier avec les assemblées provinciales. Mais la reine Marie, qui s'était retirée dans son domaine de Turnbout , refusa de revenir à Bruxelles ; elle donna cependant de sages conseils à son neveu : il devait terminer l'affaire de l'aide avant de partir, s'il ne voulait exposer ses États à un grand danger et se voir obligé de revenir dans les Pays-Bas en débarquant en Espagne ; il n'y avait, au surplus, qu'un moyen de réussir : c'était de suivre lui-même cette négociation, de se faire solliciteur et de prendre l'affaire non-seulement à cœur, mais extrêmement à cœur. La reine expliquait ensuite pourquoi son intervention serait plutôt nuisible que profitable : elle prétendait être odieuse aux états parce qu'elle avait été l'instrument qui les
* Documents histariqttest t. X (Archives du royaume). Gachard, Des
anciennes Assemblées nationales, II.
^ On lit dans une lettre de Granvelle à la reine Marie, du 28 mai 4556, que les états de Flandre aimèrent mieux offrir 800,000 florins payables par le moyen de deux deniers que de venir aux expédients qîii leur avaient été proposés. Documents historiques, t. X.
4â LES PAYS-BAS SOUS PHILIPPE II.
avait poussés à faire lant de sacrifices pour soutenir les guerres
L'union était loin de régner parmi les membres de la famille impériale qui se trouvaient dans les Pays-Bas. Philippe II, impatient de retourner en Espagne, aurait voulu que sa tante conservât le gouvernement ; l'empereur disait aussi que ce serait un grand bien; mais la reine Marie se montrait inébranlable. 'D'un autre côté, Philippe, toujours dans l'intention de s'éloigner de la Belgique, suppliait son père de différer son départ, qui avait été fixé d'abord au mois de juin , et de s'occuper, en attendant, des affaires d'Italie. Cédant aux sollicitations de son fils, l'empereur résolut effectivement de différer soa voyage jusqu'au mois d'août et d'attendre songendre^ l'archiduc Maximilien, roi de Bohême , ainsi que la reine , sa fille-, pour leur faire ses adieux '. Quand Marie de Hongrie connut cette résolulion, elle accusa ouvertement son neveu d'égoYsme. L'honneur du roi^ disait-elle, ne peut rien gagner à laisser son père malade au milieu du tracas des affaires, tandisqu'il se retirerait en Espagne ^.
Philippe cependant ne donna point suite à son dessein, et l'arrivée du roi et de la reine de Bohême ^ virvt faire diversion aux dissentiments de la famille impériale. Charies-Quint, avant de se détacher complètement du monde, désirait vivement de revoir son gendre et sa fille j mais Ferdinand, tout en faisant les plus grandes protestations d'amitié à son frère, avait jusque-là retardé leur départ sous divers prétextes, notamment faute de l'argent nécessaire pour ce voyage ^ ; ils venaient enfin, et leur
■ Lettres du 11 et du 21 mai 4556. Documents historiqttes, t« X. ' Lettre de Granvelle à la reine Marie du 28 mai. Ibid. ' La reine Marie à Granvelle, 29 mai. Jbid.
• lis arrivèrent à Bruxelles, le 4 1 juillet, suivant le journal de Vandenesse.
' Correspondenz des Kaisers Karl V, t. III, pp. 697 et 700.