LIVRE IX
Philippe II ne cessait d'ailleurs de recommander la religion à la sollicitude de la duchesse de Parme, voulant qu'elle en fit sa première et sa dernière pensée et qu'elle la préférât à toutes choses. Il lui enseignait les moyens de surprendre les hérétiques, lui découvrait leurs retraites, et la mettait, pour ainsi dire, sur leurs voies. Il dressa même une liste où il les désignait si bien par leur condition, par leur âge, par leur demeure, enfin par leur signalement, que c'était une chose merveilleuse, selon Strada , qu'un prince, absorbé par l'administration de tant de royaumes, eût pu vaquer à ce soin comme en se divertissant • .
Les réformés s'efforçaient, au reste, de multiplier leurs moyens de propagande. Dans la plupart des villes, même à Bruxelles, ils faisaient circuler des livres contraires au catholicisme. Â Malines on avait trouvé, en plusieurs lieux, une traduction flamande des Institutions de Calvin ; ailleurs, comme à Renaix, on enseignait secrètement aux enfants le catéchisme d'Embden ». Les inquisiteurs constataient avec amertume que, en Hollande, on s'apwcevait d'une diminution croissante dans le nombre des fidèles qui assistaient à la messe et participaient à la communion pascale, tandis que celui des anabaptistes et des calvinistes devenait presque innombrable. En parcourant ces
Voici, comme spécimen, le paragraphe concernant la seigneurie de Weert, qui appartenait, comme on sait, au comte de Homes : « Si lé curé n'a pas « dit publiquement au sernion : La messe n'est rien. — Si le même curé « ne se tenait pas debout, la tête couverte, même pendant l'élévation de • N. S., quand le R™» Sonnius célébra la messe à Bois-le-Duc, l'hiver « passé. -— Si le même curé ne dit point à la fin de la messe à certaine « femme : Croyez-vous encore en ces choses méchantes, etc., ^c. •
« De belîo beigico, lib. IV. — Granvelle» cependant, n'avait pas craint d'écrire à Philippe II (9 mai 4563) : « Tout ce qui nous vient d'une telle « source (riaquisition d'Espagne), est considéré dans ce pays comme infecté 0 de la peste. » Papierê d*ÉtcU, t. VII, p. 73.
2 Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. VIII, pp. 469 et 363.
provinces, l'oreille était souvent frappée par des chants satiriques contre l'Église, le baptême et les saints sacrements '.
Les propagateurs les plus ardents des doctrines condamnées étaient généralement des moines qui avaient jeté le froc. C'est ainsi que Ton venait d'arrêter presque en même temps à Anvers un ancien carme ; à Gand, un augustin qui avait quatre fois apostasie, et à Lille un cordelier de la même catégorie. Ailleurs, le bailli du paysdeWaes arrêtait un prêtre renégat au moment où celui-ci renversait et jetait à l'eau une image de la Viei^e. Après avoir vainement tenté de se suicider en se coupant la gorge , ce prêtre hérétique , nommé Jean Hendricx , fut enfermé dans la prison d'État de Rupelmonde. Là se trouvait aussi défcena le licencié en droit Jean Van der Dycke, frère utérin de la duchesse de Parme. Longtemps avant que Marguerite fût investie du gouvernement des Pays-Bas , il avait été emprisonné à cause de sa vie dissipée et de plusieurs excès et délits. Dans le but toutefois d'adoucir sa captivité , on l'avait transféré récemment de la forteresse de Vilvorde au château de Rupelmonde. Cet homme entreprenant se concerte avec un autre détenu , flls d'un conseiller de Malines, et ils prennent la résolution de tenter un coup de désespoir pour se sauver. Le 17 juillet, Van der Dycke, feignant une indisposition . requiert l'invalide de garde" de lui faire du feu î et , tandis que celui-ci se met en devoir d'obéir, il lui assène, avec un marteau de bois, un coup qui le renverse. Son complice agit de môme avec un autre invalide. Ils délivrèrent
* J. de Wesenbeke constate les progrès remarquables des réfoupaés à cette époQue : « Les ecclésiastiques, dit-il , devinrent de plus en plus en haine « vers un chacun : ainsi s'augmenta de jour à autre le nombre de ceux qui « estoient de contraire religion en si grande quantité , que c'estoit chose à « s*émerverl)er, vu et nonobstant toates ces persécutions. » Aa descriptim de restât, succès et occurrences, advenues au Païs-Bas au faici de la reli" gfton, p.65.