LIVRE IX
tâient des excès d'autorité auxquels se livrait Tinquisiteur Titelmau, et ils conjurèrent la régente de les réprimer. Ces réclamations acquirent pius de gravité encore lorsqu'elles eurent été appuyées par une protestation solennelle des quatre membres de Flandre contre les usurpations de l'inquisition. Toutefois la gouvernante, après avoir entendu l'inquisiteur incriminé, n'osa point le condamner ouvertement ; elle inscrivit une réponse dilatoire sur la requête de la cônnmune de Bruges , ajoutant néanmoins qu'elle avait recommandé à Titelman de se conduire désormais avec plus de discrétion , de modération et de respect. Dans ces circonstances , Titelman avait trouvé en fray Lorenzo de Villavicencio, l'espion du roi à Bruges, l'appui le plus énergique et le plus e£Qcace. Fray Lorenzo écrivit lui-même è Philippe II M qu'il avait soutenu l'office de la sainte inquisition « contre la ligue publique et secrète des quatre membres de « Flandre ; qu'il avait empêché que le conseil privé ne fît brûler «( un inquisiteur en Zélande et ne destituât celui de Flandre, <( Titelman , auquel on attribuait faussement des choses horri- <c blés. » A la suite des informations qui lui furent données, Philippe prit le parti de l'inquisiteur contre les états de Flandre : dans une lettre du 25 na\'embre 4564 , il enjoignit à la gouvernante d'encourager et de favoriser Titelman de tout son pouvoir *. En outre, le roi appela tout particulièrement l'attention de sa sœur sur la grande cité commerçante des Pays-Bas, sur cette vraie Babylone, comme un inquisiteur la nommait. Il avait appris, disait-il, qu'il se trouvait à Anvers une infinité de juifs qui s'assemblaient en leur synagogue, sç circonc isaient et faisaient leurs cérémonies publiquement; qu'il s'y représentait
» Stradà , lib. IV. — Papiers d'État du cardinal de Granvelie , t. VIII, pp. 377, 434, 436 et 460.— Correspondance de Philippe II, t. !•', p. 328, et
t. II, p. XVII.
des roiuédies très-libres, « uù, ajoutait-il^ on parle mal de ma personne, ce dont je ne ferais aucun cas. si, en même temps, on ne s'y moquait de notre sainte foi et religion catholique ; » il Tinformait aussi que les femmes allaient accoucher à Anvers pour y faire baptiser leurs enfants à la mode des hérétiques; enfin, il avait appris que, à Anvers, de même qu'en Hollande et Zélande, la maudite secte des anabaptistes se propageait. Il recommandait instamment à la régente des Pays-Bas de l'extirper. « C'est une grande honte, disait-il, que les hérétiques d'Allemagne eux-mêmes ne veuillent la souffrir , et qu'elle trouve un refuge et de l'appui dans mes États '. »
On venait de saisir à Bruges des affiliés d'une secte encore plus menaçante, car elle alliait le brigandage le plus audacieux aux doctrines les plus infâmes. Cette bande, qui comptait des complices dans les principales villes des Pays-Fas, existait depuis une vingtaine d'années et avait son siège principal à Anvers. Les chefs, c'est-à-dire ceux qui participaient aux profits principaux, étaient au nombre de dix-huit : les autres étaient loués par ceux-ci, lorsqu'il y avait quelque entreprise à faire, et, la chose effectuée, ils se retiraient, contents d'avoir reçu une rétribution, sans connaître les chefs , ni personne , ou , tout au moins^ sans avoir une connaissance certaine de leurs refuges, ni de leurs habitations. Les principaux de la bande, les par/btte, étaient soumis aux épreuves les plus dures avant leur initiation com-
1 Correspondance de Philippe II, t. !•', p. 328. — GraDvelle se montrait également très-irrité contre la métropole commerciale du pays. Vers cette époque, il écrivait à Gonçalo Ferez : »... Ce qu*il faudrait, pour mettre Tordre en cette ville, ce serait, avec la présence de S. M., la construction d'un château et la réforme de la justice et de la police locale , ou bien la translation du commerce à Gand, puisqu'il s*y trouve un château, et que 1 ouvrage qui a été fait au Sas, y donne de grandes commodités pour le commerce. « Ofjer. cit., t. !««•, p. 339.