LIVRE IX
plète : on s'assurait, par les tourments qu'on faisait subir au néophyte, qu'il saurait, étant pris, souffrir avec courage les tortures auxquelles la justice le condamnerait. Ils avaient , au surplus, des lois particulières pour se gouverner et des noms d'emprunt par lesquels ils se connaissaient. S'agissait -il, par exemple, de piller un monastère de feligieuses, le capitaine de Bruges écrivait à celui d'Anvers en ces termes : « Tel jour de u tel mois, à telle heure, je marie ma fille, en tel endroit; je « voudrais que vous vous y trouvassiez; venez y en si bon «< ordre que ma fête en soH honorée. » Ils avaient également une religion particulière et un ministre, assembleur ou marieur, élu delà manière la plus bizarre. Tous se réunissaient dans une inaison à la campagne où, pendant trois jours , ils jeûnaient et priaient , les jambes et les pieds nus et sans aucune espèce de linge sur leur corps ; les votes étaient ensuite recueillis , et le ministre nommé à la pluralité des suffrages. Il convient maintenant de citer les propres paroles d'un contemporain : H Ce ministre a autorité de marier et de démarier ; il donne à chacun les femmes que celui-ci peut nourrir. Jusqu'à présent, celui qui en a eu le plus, en a eu six : d'autres en ont quatre ; la plupart en ont deux. Ces femmes ne peuvent appeler leur mari autrement que seigneur; ils se fondent en cela sur ce qu'Abraham était nommé ainsi par sa femme Sara. Après le souper, le mari désigne la femme qui dormira avec le seigneur : aucune ne peut se recommander ni s'offrir d'elle-même. Elles récitent certains vers, et celle qui dit le dernier va dormir avec le seigneur. Quand quelqu'une des femmes montre du dégoût de ce genre de vie, ou donne à son mari un sujet de mécontentement, il s'en plaint au ministre : alors on l'emmène dans un bois, et le ministre la tue. Il y a eu tel ministre qui en a mis à< mort six ou sept. Ils baptisent leurs enfants, non pour la rémission de leurs péchés et l'infusion de la grâce, mais pour
éviter le scandale, et pouvoir vivre parmi les autres citoyens. Us ont des nourrices à eux qui élèvent leurs enfants. La raison pour laquelle ils pern)ettent plusieurs femnoes, est le désir de voir s'augmenter cette sainte compagnie : ils s étayent de l'autorité du Vieux Testament, en vertu duquel la polygamie existait chez les patriarches. Aucun d'eux ne peut se marier avant l'âge de vingt-trois ans. Quand quelqu'un ne peut plus nourrir sa femme, il la laisse, avec l'autorisation du ministre. Ils sont soumis à une épreuve de quatre ou cinq années : si, pendant ce temps, ils ont montré leur aptitude au massacre et au vol, le ministre les admet dans la compagnie et reçoit d'eux le serment de fidélité à leurs frères. Personne n'a la permission de s'enivrer» de crainte qu'il ne découvre les mystères de la compagnie : il n y a d'exception à cette règle que pour trois ou quatre des plus parfaits, dont la constance a été éprouvée par les tourments du feu. Celui qui, sans permission, fréquente des lieux où l'on boit, est condamné à perdre la vie Un d'entre eux se fatigua : il dît qu'il savait un métier, et qu'il oe voulait plus vivre ainsi. On dissimula avec lui. Deux mois s'élant écoulés, on l'engagea à se pronoener dans un bois : on lui donna à porter une barre de fer que tous portaient à leur tour. Quand on fut au milieu du bois, on l'assomma avec cette barre, en disant qu'Isaae porta le b<HS dont son père Abraham se servit pour le brûler. Nous, les catholiques, ils nous tiennent pour athées et ennemis de Dieu : aussi regardent-ils comme licite de nous tuer et de nous dépouiller de nos biens; ils prétendent même faire un grand service à Dieu. » Ces terribles sectaires étaient donc spécialement organisés pour le meurtre et le brigandage Réunis par troupes de trente à quarante hommes, ils avaient, depuis un an, forcé à Bruges la maison d'un marchand espagnol, située près de la Bourse ; pillé et dévasté plusieurs monastères , enfin poussé l'audace jusque voler, à main forte, une loterie qui se trouvait au