‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 3)Chapitre 169 sur 177 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

s'abstenir, pour le taoment, de ia faire connaflre. La régente se borna , en conséquence , à transmettre en Espagne l'avis des évéqwes et des autres commissaires, en informant te roi que l'absenrce d'ordres formels de sa part avait motivé Tabstentiofi du conseil d'État. Il attendrait qu'il en fût requis pour exprimer son opinion sur cette grave matière, dont on pourrait saisir également les gouverneurs et les conseils des provinces •.

Bientôt les illusions du comte d'Egmont se dissipèrent^ tandis que les prévisions du prince d'Orange se justifiaient entièrement. Celui-ci-, loin de partager la satisfaction de son. collègue, lui avait reproché, d'un ton moqueur et amer, qu'il était la dupe des artifices espagnols ». Egmont dut en convenir quand il eut connaissance de nouvelles dépêches données à Valktdolid, le 43 mai, et où le roi, en prescrivant le licenciement des pensionnaires allemands et surtout l'exécution rigoureuse desédits contre les anabaptistes, ne tenait aucun compte de ses conférences avec te délégué de la gouvernante et du conseil d'État des Pays-Bas. Malgré tous les e^orts de la duchesse de Parme pour calmer l'irritation du comte d'Egmont et de ses amis, elle y échoua. Ils répliquèrent qu'ils ne pouvaient se fier aux parotes ni aux promesses du roi, puisque, trois jours après te départ du comte d'Egmont, il avait, à i'insu de ce dernier, expédié des lettres en contradiction avec tes parotes qu'M lui avait dites et avec l'instruction dont il l'avait chargé. Un tel artifice, ajoutaientiis, avait sans doute pour but de leur faire perdre et leur crédit et leur réputation '.

t SfémoriqMe HorPEUrs, 2« partie, cbap. V,

• Bentivoglio, liv. H.

* Gonçalo Ferez blâmait lui-même le peu de franchise, les indécisions et surtout les défiances exagérées de Philippe II ; à propos des nouvelles lettres qui détruisaient tout le fruit dô la mission du comte d*Egmont, il n»iidait ao secrétaire de la duchesse de Parme : « Sa Majesté se trompe et

D après le témoignage imposant de la duchesse de Parme, le mécontentement des seigneurs était fondé sur quatre points principaux. Le premier concernait Finquisition, contre laquelle le peuple s'élevait à grands cris, à cause de la manière dont quelques inquisiteurs procédaient; on allait jusqu'à dire que cette forme dinquisition était pire que celle d'Espagne. De là une irritation extrême qui se manifestait quelquefois avec audace. C'est ainsi que, le 1*' juillet, on avait trouvé placardé, aux portes de la cour et de l'église de Ste-Gudule, un libelle contenant des blasphèmes contre les gens d'Église, le saint concile de Trente, et réclamant le faculté de vivre conformément à la confession d'Augsbourg. Le second point concernait le différend entre la comnxune de Bruges et l'inquisiteur Titelnian, soutenu par l'évéque diocésain, lesquels ne cherchaient, selon l'opinion de beaucoup de personnes, qu'à introduire des nouveautés pour exaspérer le peuple. C'était même la cause principale du retard qu'apportaient les états de Brabant et ceux des autres provinces à voter les aides. Le troisième point était relatif au châtiment des anabaptistes repentis^ dont plusieurs étaient rentrés dans le giron de l'Église, de telle manière que des prêtres même avaient prié et sollicité pour eux. Ordonner maintenaôt leur supplice, ce serait, disait la régente, mécontenter les magistrats, et, selon ce que rapportait le comte d'Ëgmont, annuler les promesses verse trompera dans beaucoup d'affaires, en les traitant comme elle fait, tantM avec celui-ci, tantôt avec celui-là, cachant à ceux qu^elle consulte certaioes choses et leur en confiant d^autres. Il ne faul donc pas s'étonner que des dépêches différentes, et même qui se contredisent, soient écrites par le roi, et cela arrive non-seulement pour la Flandre, mais pour les autres provinces. Les inconvénients qui en peuvent résulter sont faciles à concevoir. NiTisnacq, ni Gouitewiile, n'eurent connaissance de la dépêche remise au comte d'Ëgmont , et Ruy Gome2 et moi nous n'avons rien su des lettres qu'ils écrivirent de Valladolid. » Correspondance de Philippe II, 1. 1», p. 358.

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baies du roi. Le quatrième point, enfin, conoernait les pensionnaires allemlinds dont il peraissali que le roi voulait se décharger, tandis que le comte avait compris et s'était cru autorisé à dire le contraii?e. Ce personnage, considérant les nouvelles dépêches oofiune un désaveu et ;iin démenti, s'était vivement emporté contre la dupliioité du roi et avait donné un libre cours à sa colère, au sein même du conseil d'État et en présence de (a gouvernante *^.

6n envoyant au monanque les avis des évéques sur les points coDtenusdand riostructioadoot le comte d'Egmont était porteur, la régente donnait aussi des détails sur l'état de la religion : d'après les. rapports des curés aux évéques, le nombre des communiants avait augmenté, lors des dernières Fàques. A Anvers naéme, beaucoup de personnes revenaient de leurs erreurs et se rétractaient. Le carême y avait été observé rigoureusement nonseulement par les indigènes, mais aussi par les Anglais, les Hanséates et autres étrangers. Du reste , la gouvernante attribuait ce résultat à la défense expresse qu'elle avait fait faire, au commencement du carême, tant à Anvers qu'à Bruxelles, de vendre de la viande et des œufs, fût-ce même dans les hêtelleries, à d'autres que ceux qnî avaient licence du curé *.

Les principaux seigneurs donnaient l'exemple en observant les pratiques extérieures du catholicisme. A son retour d'Espagne, le comte d'Egmont était allé faire ses pàques au monastère de Groenendael. Le prince d'Orange avait accompli le même devoir à Breda^ et, lors de la naissance de son fils, quoiqu'il lui eût donné pour parrains deux princes luthériens, le duc de Saxe et le landgrave de Hesse, il avait voulu que le baptême fût cr^lébré avec les cérémonies catholiques '.

i CorreêfHMthMce de PhiUppe II, t. W, pp. 356, 302 et 804. > mdem, pp. 351 et 365.

' Archivée de la maiêon d'Orange-Naiâau, t. K pp. IHi^ 374 i«t 3R4. Strada confond, d'après la remarqne de M. Groen, IVnfflnf clonf II u'it^lt 1. 31

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La régente venait aussi d'informer le rot qu'elle avait Qni par ordonner que le concile de Trente fût mis à exécution, selon le >dé8ir quii avait si souvent manifesté. Toutefois, le mandement de la gouvernante des Pays-Bas n'était point une acceptation pure et fiiimple, du moins en ce qfui touchait aux matières de discipline et de juridiction ; ties réserves formelles devaient garantie, sous ce rapport , les prérogatives du pouvoir laïc ' .

D-autre part, la régente insistait pour que le roi, selon le vœu des seigneurs, étendit Tautorité du conseil d'État. EHe m voyait, pour rétablir Tordre dans les affaires, d'autre moyen, disaît^lle, que de donner au conseil d'État la prééminence sur les deux autres, en y faisant traiter, sous sa présidence, toutes les affaires majeures qui étaient actuellement soumises au conseil des finances et au cmiseil privé «. .

La réponse du roi, qoi s'était liait attendre près de trois mois,

ici avec Je célèbre Maurice, né ({eux années plus tard. Le pre nier eut une mort prématurée.

' Ces réserves étaient rappelées dans les lettres circulaires adressées par la duchesse de Parme aux évéques et aux conseils de justice. La première, du 44 juillet 4565, contcmait ces mot^ ; • Et pour ce que^ entre les articles * dndit saint Concile, il y en a aossi aucuns coiioernattt les régales, droits. « haulteurs et prééminences de Sa Majesté, les vassaux, estata et suljetz, « lesquels pour le bien et repos du pays, et pour non reculer ou retarder le « fait de sa sainte religion, et éviter tout débat, contradiction et opposi^ « tien, ne convieûdroit de changer ou Innover; S. M. entend que, en ce « rejgard, on se conduise comme jusques ores a esté fait, sans comme dit « est rien y changer ou Innover, etc. • — Dans la lettre adressée , le Si juillet, aux conseils et nux autorités laïques, la gouvernante disait : « LMntention de Sa Majesté est que cette publJcatiou se fasse sans préju- ** dice des haulteurs, droits, prééminences et juridiction dMcelle, ses « vassaux, estats et s uliyetz, lesquels Toa entend debvoir demeurer en tel « estât qu'ils ont esté jusques ores, sans rien y changer et innover, etc. • Pktcards de Flandr4f vo|. II et IV.

' Correspondançfjde PhiUppe //, 1. 1«», p, 3Q3,

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àtrîva enfin pour délrnîré lesj dernières illcrdtohs, lès dernières égpéfbnoes de la gotiv^hante et de la majorilé/dii obiisèU d'Élât. Elle avait été écrite kn bote OëSé^tMe et p(rrtaftia d«lè d^ WtSùiobté, TJèroi'préfetîdèiitqitie^es^dépêctteë dé ValtedÀHd M différaietit ip^^iM'dti mtiem des lettres <)ûll avèif: taises àd' <;oferite dlBgféùftt; Sais, t^tùthe U ivm été coiistiHépttii^^lé^dïp* chèài^é sur to chStittieût à rhfligjer' Mt anabaptistes ai*rétéàV'îI' a^'aît ordonné qu*ri Wt fait' juôtitfe itïè (JaekpJès-tihs d^entm' eux, pât'èeitiueè^étaif nétiéfisaire. Du resté; itvoulafeqaUl en fût tisé aindl i^oifirseutë^tit à leur é^rd; mais h Vé^M de toUd ce»^ (]fde l'dn sàâsii^ai^f âànë tj^îr eompte de leur quillité. Il a^^ éprmivë lin èrWï^déF^îrtsir de ce qui s'était dîl, aui Pays-fiaS' touchant' rinqufeMon. Cette inétîttition fi'^ait pas hoiiveHe ; car ôu btee^ vait 4îïe qui S'élaît l<«ijôuh( pratiqué 4îà ftimps dé rerriperéur; fiori'pêi'e, et d^lif qà'ilMul ôvjgitt sueeédé. lï t^ulait d^ti^o que l'inquisition iôottltîntiàt d*éti»è^ exercée par tes im|ulsl<eui% eti la forme et manière u6îf.ées fuéqtf alors, et eommèil téu^ apparter nGiit par drbHs divios^^ et humains. Les in^^brtvéniéiits rédbtîtés seraient t»en plus grands et piusib^yy^tels siYan éhipécfaait lés inquisiteurs de remplir leui* déVoir. Aiissî ne saurà}t4f souffrir qu-brt tentât de les dîsér^âiîiter ou qii'on réfu^t de teur dbniieF aséistahte. Les placards de TeftipeÉ^etir et lès siens dèvaief^t être exécutés fermemeot, et rien ne pouvait être changé dans les instrqctionsxles ^Hiuisiteurj»^» 11 importait, aucootrajirey que la gouverQaqte prit à «cœur rexécuUoa r^ure«664)es édite €!lt qu'elle fie cessât de favoriser, d'honoré et d'animer les inquisiteurs.

Les mêmes recénimandàtioûs étaietit répétées , avi?c plus d<e force encore, dans rapdstille mise en marge de l'avis des évéques et autres commissaires qui avaient été assemblés sous Ja présidepce.de la duchesse (^e. Parme ^ le roi exigeait, en outre, ^u'oD Imi si^p^Jât les juges qui se r^useraient à l'exécution stricte des édite, pour qu'il les remplaçât par d'autres de plm de cœur et dfi meilleur ^èle.

Eû oe quitoHchait la prééminence que i'çn demandait pour te conseil d'État, il ajournait sa décision , h «ause de l'importanoe de la matière. Mais, d'autre part, il avait statué, selon l'avis de la duchesse, qu'il y aurait désormais un président du conseil d'État et un président du conseil privé. Il avait conféré la présidence du conseil d'Etat au docteur Charles IKsnaoq, qui serait remplacé, près de sa personne, par le docteur HQpperus ; le président de l'autre collège serait désigné uitérieufpn^nt '.

Philippe affecta cependant de faire une concession assez; grande aux seigneurs des Pays-Bas, en adoptant , à l'égard du cardinal de Granvelle^ l'avis qui lui avait été également suggéré par la duchesse de Parme. Le prince d'Orange et ses amis n'ignoraient plus l'intervention mystérieuse du souverain dans la retraite de leur principal antagoniste. GranveHe lui-même avait révélé au roi. que le prince d'Orange, Men qu'il montrât toujours une grande réserve, parlai^ de la lettre qui avait déterminé sa sortie des Pays-Bas ; le cardinal s'en étonnait , car il n'avait montré cette lettre qu'à la duchesse de Parme ; mais celle-ci l'avait communiquée, disait-il, à Armenteros, qui, peut-être, pour complaire aux, seigneurs, leur en avait révélé le contenu *.

IL était vraisemblable aussi que la régente avait autorisé cette communication, soit pour gagner tout à fait la confiance des

1 Le roi à la duchesse de Pârtne, 17 et 20 octobre 4tSS5 dans le Mémoriui de HoppERUs, ?• partie, chap. VII, et dans la Correspondance de Philippe II, t. I«',p.373..

^ GranveUe au roi, 48 juin 1565. Correspondance de Philippe II, t. !«-, p. ^6. — L'attitude froide et circonspecte de Guillaume de Nassau contrastait siûgulièrement avec reffervescence qui régnait dans les rangs de Id noblesse, exaspérée contre GranveHe. Morillon mandait au cardinal, le 30 décembre 1564 : • Le secrétaire du prince d'Orange m'a juré n'avoir rien ouï dire, ni en bien ni en mal, audit prince, depuis le départ de votre seigneurie! « PapMr» ^'JÉ/a/» t. YUi, p. 574^ .

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seigneurs, soit pour les apaiser et détruire les craintes que leur inspirait l'annonce du retour prochain de leur adversaire. La communication d'Armenteros coïncidait, en effet, avec l'époque où cette rumeur avait pris la plus grande consistance. Philippe II entra dans les intentions de sa sœur. Le ^2 octobre, il écrivit, de sa main, au cardinal une nouvelle lettre oii, alléguant la persistance de la haine qu'on lui portait en Flandre, il lui exprimait le désir que, pour le moment, il n'y retournât point et même qu'il s'en éloignât davantage. C'est pourquoi il rengageait à aller se fixer à Rome, où il serait, disait-il, avec plus d'autorité et où il pourrait lui rendre plus de services que partout ailleurs. Mais cette nouvelle décision ne pouvait que mécontenter le cardinal, sans avoir aucun effet sur le parti qui lui avait résisté dans les Pays-Bas.

L'opposition , victorieuse d'un ministre puissant , allait maintenant s'attaquer avec plus d'énergie encore au principe même de tout le système politique de Philippe IL Elle allait combattre l'oppression religieuse et provoquer ainsi les événements plus graves et plus décisifs qui signalèrent les dernières années de la mémorable administration de Marguerite de Parme.

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