LIVRE II
eembre, daais le but de régler, avec Philippe II, l'indemnité promise en dédommagement de Pâlliano ; il ftit honorablement aecoeiili et logé dans Tbôtel des Comtes de Hooghstraeten qui joighait la cour. Le roi ordonna même de construire une galerie de communication afin que le cardinal n'eût pas la peine de monter sur sa mule. C'était, du reste, un homme aux goûts mondains, aimant les tournois, les danses, les mascarades, et les dames ; perdant en un soir 20,000 écus en jouant avec le comte d'Egmont '. li ne réussit point dans sa misision ; mais c^ iusuccès ne fut que le prétexte de sa disgrâce. Éclairé par le parti rigide sur la vie scandaleuse de ses neveux, Paul IV sacrifia son afi'ection aux devoirs que lui imposait le pontificat s
Le duc de Guise ^nt arrivé en France^ Henri II l'associa immédiatement à raatorité souveraine en le nommant lieutenant général des armées dans toute l'étendue de la monarchie française, en dedans et en dehors du royaume. L'arrivée de ce capitaine, dont la popularité dominait dès lors le trône et dont la renommée militaire paraissait un gage de salut ^ , avait causé une joie universelle et relevé la nation française de l'abattement où l'avait jetée le désastre de Saint-Quentin. Le duc de Guise voulut justifier les espérances que ses concitoyens fondaient sur son acti" vité, sa vigilance et son génie. Tandis que les troupes de Philippe II se tenaient dans leurs quartiers d'hiver, il résolut de tirer parti de leur sécurité. Deux armées furent réunies avec la plus grande célérité et dans le plus profond silence : Tune, sous le commun*
' Grande Chronique de HoUande, etc , t. II, p. 44.
' Sous Je pontificat de Pie IV, le cardinal Caraffa et son frère, accusés des crimes les plgs horribles, furent condamnés à mort et exécutés. — Voir Ranke, Histoire de la Papauté, liv. III.
' Histoire des ducs de Guise, par René de Bouille (Paris, 4849), t. Icr, p. 238. — François, deuxième duc de Guise, était né à Bar, le 47 févrie 4549.
dément du duc de Nevers, simula une attaque contre le duché de Luxembourg ; Tautre, conduite par Guiae lui-même, parut se proposer de vouloir assurer la défense d'Amiens, d'Ardres et de Boulogne. Pendant que les Espagnols et tes Wallons couraient vers le Luxembourg , le duc de Nevers renvoya ses troupes au duc de Guise qui fit rapidement avancer son armée vers Calais. C'était la seule place que les Anglais eussent conservée en France des vastes domaines conquis autrefois par Edouard IH ; elle pas^ sait pour imprenable, et jamais les rois de France, même pendant les guerres civiles entre les maisons d'York et de Lancastre, n'avaient pensé à l'assiéger. Calais étant entouré de marais impraticables durant l'hiver, excepté du côté d*iine digue gardée par les deux forts de Nieullay et de Risbank, les Anglais, par économie, en retiraient à la fin de l'automne une grande partie de la garnison et l'y renvoyaient au printemps, seule sais(»i où ils la croyai^t nécessaire. Le duc de Guise résolut de profiter de cette sécurité en attaquant la place à Timproviste. Lord Wenworth, gouverneur de Calais, n'avait sous ses ordres que six cents hommes environ, pour la plupart vétérans ». Lorsqu'il connut rapproche des Français, il conjura les ministres anglais d'envoyer sans retard des secours, leur représentant qu'il n'avait pas le quart des troupes nécessaires pour défendre les fortifications de Calais, et qu'avec la garnison qu'il commandait, il ne pouvait empêcher l'ennemi de s'en rendre bientôt maître. Mais le conseil privé rejeta ces remontrances avec mépris, comme si elles eussent été dictées par la timidité ; quelques-uns même des membres du conseil se vantèrent qu'ils défendraient Calais avec leurs baguettes blanches contre un ennemi qui oserait l'attaquer pendant l'hiver. En vain Philippe II avait-il lui-même averti la reine d'Angleterre du danger qui menaçait cette place, en lui offrant de renforcer,
' HiME, chap. XXVITI.
LtvuE II (1558), 75
pcfQ^aQt 1 hiver, la gjtrnisoo par un détachement de ses propres troupes : les oopseiUers de Marie Tudor, par orgueil national , rejçt^rent soq offre, et laissèrent Calais avec une garnison tout.|t fait insuffisante ' . Cette încu^ie encouragea le duc de Guise. Le 4«" janvier 4668, Il força le pont de Nieullay et vint camper 9ur les dunes qui bordent la oi^r; en même temps un grand nomtn'e de vaiseeai^x français, envoyés des câtes de Normandie et de Boulogne, paraissaient dans le<;anal. Dès le surlendemain, M deux forts de Nieullay et de Risbank furent enlevés. Après avoir abattu les fortifications de la porte de la rivière, Guise tourna son artillerie contre le château, où elle fit une large brèche; le fossé ayant été ensuite.désséché en partie, les Français montèrent à l'assaut, le 6, et s'emparèrent de la citadelle dont les défenseurs furent passés au fil de Tépée Lord Wenworth, déses*péré, tâcha de reprendre cette position la nuit suivante; mais ayant perdu deux cents hommes dans cette courageuse tentative, sa garnison se trouva si affaiblie qu'il se vit obligé de capituler *'. Il fat stipulé , le 8 , que les habitants auraient la vie sauve et qu'ils pourraient librement se retirer en Flandre ou en Angleterre. Lord Wenworth et cinquante 6£Bciei*s restèrent prisonniers ; le reste de la garnison eut la faculté de se retirer également en Angleterre, miais sans flouvoir arracher un dou de la ville, et en abandonnait aux vainqueurs ses drapeaux et toute son artillerie. Pour expulser . entièrement les Anglais du territoire français, le duc de Guise résolut ensuite de reprendre' fa forte place de Guines :(à deux lieues de Calais), dont était gouverneur lord Grey : eelui-d avait sous ses ordres quatorze cents soldats, tant Anglais que Wallons et Espagnols. L'artillerie française battit la jdace de trois côtés, et lorsque les brèches parurent praticables,
• HOBERTSOiN, liV. XII.
' Voir Hume, chap. XXVIII, et le Mémoire de M. de la Chastre.
les troupes du duc de Guise donnèrent trois assautâ à latois^ âpres, chauds et furieux ; mais eliés furent repoussées avec grande perte. Le duc envoya du renfort , lui-même s'exposa àtt danger ; et les Anglais abandonnèrent enfin la ville pour se retirer dans un fort très^levé, qu'on nommait la Cuve. Le lendemain (21 janvier) ils capiUilèr«Jt. Après la prise de Guines, fes Anglais abandonnèrent immédiatement le château dé Ham^ , seul poste qui leur restât des glorieuses conquêtes d'Edouard f 11 » . Cependant les armées se rassemblaient de nouveau et les habitants dés Pays-Bas se montraient disposés à faire les pi os grands sacrifices pour continuer avec vigueur la guerre contre la France. Les députés des provinces ayant été .réunis le 44 avril, le roi leur fit représenter que Tennemi s'apprêtait' à envahir leur territoire, et qu'il ne fallait point qu'un refus partiel de concours entraînât la perte du pays. Il demandait que les provinces, qui avaient exigé un consentement général, se désistassent de cette prétention et que là répartition des 800^000 livres, votées au -mois de janvier, fût soumise à dès cômmisàaîreô du gouvernement, qui auraient le pouvoir de l'établir définitivement, après avoir entendu les états. Cette proposition fut accu^llie, et, le 3 mai, les députés de Brabant, de Flandre^ d'Artbis, du Hainaut, de Yalenciennés, de Lille, de Douai et d'Orchies, de Hollande, de Zélande, de Namur, d'Utirecht, du Tournaisis, de Tournai et de Malînes /donnèrent leur œnsentement définitif à Taide qui fut appelée novenncde. I) fut toutefois stipulé que les états auraient la recette et l'administration des deniers qu'ils accordaient ; qu'ils seraient» présents, par eux?mémes ou leurs délégués, aux revues des gens de guerre , et qu'ils se chargeraient de faire les payements à ceux-ci. Le roi réunit les états en sa présence et leur fit dire « qu'il était très-aise d'entendre
' Graiide Chronique de HoUaiide, etc., t. II, p, 1 3.