LIVRE PAEMlER
tant oet dvertissemenl de la Providence, il aima mieux, en descendant volontairement du trône, laisser s<m œuvre imparfaite que de compromettre le résultat acquis de trente années de labeur.
Charles-Quint, dont la jeunesse s'était écoulée au milieu de prospérités non interrompues, venait d'éprouver, à son tour, l'inconstance de la fortune. Vainqueur à Pavie, il avait échoué devant Metz, et lui, qui avait tenu François I'' captif, avait dû reculer devant Henri II! Lui, qui croyait avoir étouffé le protestantisme par la victoire de Muhlberg , venait de fuir dans les montagnes de la Carinthie , pour ne pas tomber au pouvoir de Maurice de Saxe, et la convention de Passau , si favorable aux États protestants, avait été le résultat de cette humiliation. Quelque graves cependant que fussent les revers qui avaient succédé à tant d'entreprises Jheureuses, ils n'avaient pu encore ébranler le trône de Gharles*Quint. Son orgueil était abaissé, son esprit de domination réprimé, mais le conquérant de Tunis apparaissait toujours comme le plus puissant monarque de l'Europe, et, aux yeux de ses peuples, comme un maître qui savait à la fois se faire aimer et se faire craindre.
Oe fut la gloire de Charles-Quint d'avoir su approprier son génie au gouvernement multiple dont il était chargé ; de s'être comme identifié avec les nations si différentes réunies sous son sceptre; d'avoir su gagner les Belges, ses compatriotes, ainsi que les Allemands, en leur montrant une afleclueuse familiarité ; les Espagnols, qu'il aimait peu d'ailleurs, par la gravité de son maintien et de ses paroles ; enfin les Italiens, en rivalisant avec eux par l'esprit et la discrétion. C'est ainsi qu'il parvint à exercer une sorte de prestige au Nord comme au Midi, car partout son souvenir resta grand et populaire.
De tous les États possédés par Charles-Quint, les Pays-Bas avaient toujours été pour lui l'objet de la plus vive sollicitude et d'une prédilection incontestable. Les seigneurs de ses domaines
patrimoniaux étaient seuls dans son intimité, et, pour le service de sa personne, il ne se fiait qu'à eux ; ses compatriotes avaient un accès toujours libre auprès de lui, tandis qu'il refusait cette faveur aux Espagnols ' . Les Belges se trouvaient donc intimement associés à la grandeur du prince qui, né au milieu d'eux, était devenu l'héritier des maisons de Bourgogne et d'Autriche, de Castille et d'Aragon. Ce sont des Belges qui forment son escorte triomphale lorsqu'il se rend à Aix-la-Chapelle pour y recevoir la couronne de Charlemagne. Un Croy gouverne la Castille; un Lannoy est vice-roi de Naples. Dans les conseils de l'empereur, à sa cour, à la tète de ses armées et de ses missions, les Belges et les Bourguignons tiennent constamment la première place. Les de Praet, les la Chaulx, les Noircarmes, surtout les deux Granvelie, président aux négociations les plus importantes et jouissent seuls de la confiance entière du souverain de tant de peuples. Les vaillantes bandes d'ordonnance lies Pays-Bas suivent Charles- Quint des côtes de l'Afrique sur les bords de l'Elbe et du Danube. Les trophées de Pavie et de Tunis décorent l'antique palais de Bruxelles. Les Nassau, les Buren, les d'Egmont, les Beaurain, les Hooghstraeten, les d'Arschot, les Barbançon, et tant d'autres capitaines illustres versent leur sang en Italie, en France, en Allemagne, devant les remparts de Tunis et sur la plage d'Alger, pour assurer la prépondérance et la grandeur de leur maître.
En descendant du trône, Charles-Quint ne céda aucunement à la crainte de commotions populaires qui auraient pu le renverser violemment et compromettre l'héritage de son fils. La réforme des privilèges communaux dans les Pays-Bas ^ la répression violente des hérésies, la lutte soutenue contre les princes protestants;
ï Relation de Gaspavo Contarini sur Charles-Quint (1525).— « La Flandre, dit Marino Giustiano, est celle de toutes ses provinces à laquelle l'Empereur tient le plus. » (Relation de 4535.)