LIVRE
effleura la mort, car son cheval eut la tête emportée d'un coup de serpentine. Toute la nuit se passa en escarmouches. Le 13, dès deux heures du matin , les Espagnols et les Wallons se mirent en bataille, décidés à engager une action générale. Le maréchal de Thermes aurait voulu continuer sa retraite ; mais le flux de la mer, en remplissant le canal de TAa, y mit obstacle. Alors il rangea son armée en plaine, dans une position très-favorable, qui forçait les Hispano-Belges à l'attaquer de front, et leur ôfait l'avantage du nombre-, il appuya sa droite à la mer, couvrit sa gauche au midi par ses chariots et son bagage, et s'adossa à l'embouchure de l'Aa. L'artillerie française fit d'abord un grand ravage dans les rangs des Belges qui, exaspérés par cette canonnade, s'élancèrent avec furie sur l'ennemi ; on combattit troupe contre troupe , homme contre homme. Peut-être la victoire eùtelie été moins longtemps indécise , si les auxiliaires allemands avaient montré autant de bravoure que les Belges ' . Un événement inattendu fixa enfin le sort de la journée. Douze vaisseaux anglais , attirés près de la côte par le bruit du canon, entrèrent dans l'Aa, prirent les Français en flanc avec leur artillerie, et répandirent parmi eux le désordre. Le comte d'Egmont, redoublant alors d'ardeur et d'efforts, rompit les rangs des Français. L'action, qui avait duré quatre heures, coûta quatre cents hommes aux Hispano-Belges ; la perte des Français , qu'il serait impossible de déterminer exactement , fut , en toute hypothèse, bien plus considérable. Le bulletin ofOiciel de la bataille de 6ravelines indique le nombre et la qualité des prisonniers, à savoir : le S' de Thermes, capitaine-général de l'armée française ; le S' de Hannebaut, gouverneur de Normandie ; le S' de Villebon, gou-
' Dans le bulletin de la bataille, envoyé à Philippe II, il est dit « que les Allemands de cêté et d*antre s'épargnèrent assez, attendant l'issue de la fête. »
verneur de Thérouanne et prévôt de Paris, avec tout le reste de la noblesse, huit enseignes de guidons d'ordonnance, quatre de chevau-légers, trente-six enseignes de gens de pied, dont treize allemandes et les autres françaises. Beaucoup de fuyards furent massacrés, tant par les Anglais , qui les poussaient dans la mer, que par les paysans, qui voulaient venger sur eux les dévastations et les pillages dont ils avaient été victimes. Les femmes, sortant en troupes des villages et des bourgades de Flandre, armées de bâtons et de perches, se jetaient sur les soldats qui erraient dans le pays et. les tuaient ; elles en déchirèrent même quelques-uns avec des aiguilles et avec leurs ongles I Les Hispano-Belge» rentrèrent dans Dunkerque, le 45 juillet, et passèrent au fll de l'épée tous les Français qui s'y trouvaient '.
La victoire de Graveliaes, sans avoir les conséquences de celle de Saint-Quentin, rompait l'entreprise tentée par le duc de Guise sur le Luxembourg en nécessitant son retour sur les marches de la Champagne et de la Picardie.
Philippe II venait alors de réunir les états généraux des Pays- Bas dans la ville d'Arras pour leur faire connaître les sacrifices que l'on attendait encore de leur patriotisme. L'assemblée s'ouvrit le 49 août en présence du roi. Le ministre, qui porta la parole en son nom, dit que le prince aurait bien voulu ne pas travailler sitôt les. députés; mais que la situation des affaires était telle qu'il devait leur en donner connaissance avant de se joindre à son armée. L'orateur du gouvernement recommandait aux états de payer exactement, à l'issue de la campagne, les gens de guerre qui étaient à leur charge ; de son côté, le roi
> \oir les Analectes belgiques (p. 106-1^5); le Petit (liv. IX) ; Strada, lib. 4. — Pour récompenser le comte d'Egmont, Philippe, par un acte daté de Mens (8 août 4558), lui abandonna « tel droit et aotioft qu'il a et pourroi t prétendre sur la personne du S' Hannebaut, prisonnier. »