‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 3)Chapitre 33 sur 177 · LITRE II · texte numérisé non relu

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ferait tout ce qui lui serait possible, quoique, indépendamment de l'aide accordée par les états, il lui fallût déjà donner près dé 600,000 florins par mois. Du reste, les moyens accordés par les états pour la garde du pays pendant l'hiver avaient été trouvés insuffisants ; de plus, le roi avait à sa charge les dettes. laissées par l'empereur, son père, dettes qui n'avaient fait que s'accroître, malgré tout ce que Philippe avait tiré de ses autres royaumes '. Le roi devait donc réclamer itérativement l'assistance des états. Il indiquait de nouveau la levée du centième et du cinquantième denier proposée en \ 556 et repoussée alors par rassemblée nationale. Il demandait, en outre, la continuation pendant quatre ans de la taxe précédemment accordée sur le vin et dont lé taux serait doublé ; enfin, le roi désirait aussi obtenir, en outre, le monopole de la vente du sel, ou bien un impôt sur cette denrée. Quelques provinces accordèrent totalement ou partiellement ces demandes ; mais il fallait un accord unanime pour autoriser la levée du centième et du cinquantième denier ainsi que de l'iro* pôt sur le sel. Or, malgré tous les efforts du gouvernement, cette unanimité lui manqua. Il n'obtint, en résumé, de la plupart des provinces, qu'un subside en argent '.

Après la défaite du maréchal de Thermes, les troupes victorieuses du comte d'Egmont, réunies à celles du duc de Savoie, formèrent un corps à peu près égal à celui que commandait le duc de Guise. Chaque armée comptait quarante mille hommes. Elles étaient campées en face l'une de l'autre sur les frontières de la Picardie : Philippe 11 et le duc de Savoie près de Dourlens ;

' Depuis qu'il avait reçu la souveraineté de TEspagne (46 janvier 4556), Philippe, dit-on aux états,, avait fait venir de ce pays plus de douze millions de florins, auxquels il fallait ajouter trois autres millions, pour les frais du change et de l'escorte de Targent monnayé et non monnayé.

' Gacdard, Anciennes assemblées nationafes, etc. — Collection de documents historiques, t. X /Archives du royaume).

Henri II et le duc de Guise, de l'autre côté, avec la ville d'Amiens à dos. Ils se tenaient maintenant sur la défensive, les deux rois n'ayant pas plus de penchant l'un que l'autre à risquer une nouvelle bataille. Les journées malheureuses de Saint-Quentin et de Gravelines avaient refroidi l'ardeur belliqueuse de Henri II. De son côté, Philippe n'avait aucun goût pour des opérations de guerre, qu'il ne pouvait diriger lui-même et il était en outre trèsimpatient de retourner en Espagne. Du reste, il eût été diflBcile de faire durer longtemps encore un état de choses qui imposait aux peuples, de part et d'autre, des sacrifices immenses, et de prolonger Une lutte qui renaissait sans cesse depuis trente ans et qui devait finir par épuiser les nations les plus opulentes.

11 faut ajouter que lès rois d'Espagne et de France s'alarmaient tous deux des progrès menaçants de l'hérésie et voulaient tourner contre cet ennemi commun la puissance dont ils disposaient.

L'intervention de la duchesse de Valentinois, dont l'amourpropre avait été froissé par le cardinal de Lorraine, détermina la disgrâce des Guises intéressés à prolonger la guerre qui avait fondé leur prépondérance , et prépara le triomphe du parti du connétable. Ce revirement fut assuré par le mariage de son fils d'Anville avec Antoinette de la Marck , petite-fille de Diane de Poitiers, qui maîtrisait encore, à soixante ans, les affections de Heiïri II.

Conclure la paix avec l'Espagne semblait aux rivaux des Guises le seul moyen eflQcace de neutraliser l'influence de ces personnages trop puissants et de mettre obstacle à leurs ambitieux desseins. Le connétable de Montmorency, ayant obtenu des Espagnols sa liberté temporaire sur parole, s'était employé avec ardeur à jeter les bases d'une réconciliation ; mais ses efforts n'avaient pas été couronnés de succès. Le maréchal de Saint-André, fait également prisonnier à la bataille de Saint-Quentin et relâché aussi sur parole, servit ensuite d'intermédiaire entre les deux

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puissances. Heari II lui fit remettre des pouvoirs qui comprenaient le connétable avec lequel il alla se concerter à Audenarde. Il se rendit ensuite à l'abbaye de Marchienne pour satisfaire à une invitation du prince d'Orange, qu'il informa des dispositions favorables du roi de France et de l'utilité qu'il y aurait à reprendre des conférences. Sur le rapport de Guillaume de Nassau, Philippe II envoya l'évéque d'Arras et Ruy Gomez à Lille pour s'y aboucher avec le connétable et le maréchal. Les ministres espagnols proposèrent de restituer à la France les places qui lui avaient été enlevées dans le Yermandois, tandis que, de son côté, Henri II restituerait toutes les conquêtes effectuées par la France depuis le traité de Crespy, rendrait au duc de Savoie ses domaines et à la reine d'Angleterre la ville de Calais. Informé que le connétable et le maréchal refusaient péremptoirement de négocier sur ces bases, sous prétexte qu'ils n'avaient pas d'instructions, Philippe II ordonna de faire reconduire l'un à Gand et l'autre à Breda, s'ils persistaient absolument dans leur refus. Cette mesure, toutefois, n'était pas. destinée à rompre soudainement les négociations commencées, mais plutôt à engager les plénipotentiaires français à faire des ouvertures ultérieures '. Les plénipotentiaires français, redoutant la rupture immédiate des conférences, s'efforcèrent de calmer les ministres du roi d'Espagne, en déclarant que, bien qu'ils fussent obligés de se renfermer dans les limites de leurs instructions:, ils avaient lieu de croire et ils espéraient que ce n'était pas le dernier mot de leur maître ^ Cependant le cardinal de Lorraine employa tout ce qui

' Lettre de Philippe II à ses plénipotentiaires, du camp d'Athis, 4 1 septembre 4558, dans les Papiers d'État du cardinal de GranveUe, t. V, p. 1 72. ~ Lettre du maréchal de Saint-André, datée de Lille, le même jour. /6.,p. 478.

' Les plénipotentiaires espagnols à Philippe II, 42 septembre 4558, «6., p. 486 et suiv.

lui restait encore d'iofluence pour empêcher que oe dernier mot ne fût prononcé. Mais Henri ÏI, par une lettre du < 5 septembre datée de son camp d'Amiens, fit savoir qiie s'il plaisait au roi d'Espagne d'avoir pour agréable que la négociation se poursuivît en un lieu neutre sur la frontière, il adjoindrait au connétable et au maréchal d'autres personnages complètement instruits de ses intentions sur les derniers incidents ' .

Le connétable, averti que ses desseins étaient traversés par les Guises, redoubla d'efforts pour accélérer la négociation et la faire aboutir. Mais, quelque pressantes que fussent ses tentatives, il devait pourtant ménager l'amour^^propre du roi et ne pas froisser l'honneur de la France, li fallait considérer, ainsi que l'exprimait un conseiller de Philippe II % que la restitution des places occu-^ pées devait être difficile, parce que les Français avaient employé vingt-quatre ans à ces conquêtes, dépensé cinquante millions d*écus, engagé tout le domaine, et qu'ils ne pouvaient, sans y être en quelque sorte contraints, rendre tout d'un coup ce qu'ils avaient acquis avec une si grande persévérance.

L'entremise de Christine, duchesse douairière de Lorraine et de Milan, vint enfin donner une nouvelle face aux négociations. D'après les suggestions de Philippe II, elle avait écrit au cardinal de Lorraine pour lui offrir ses bons offices dans ie cas où il con-< viendrait au roi de France d'envoyer sur la frontière des agents autorisés à entrer en conférence avec ceux du roi d'Espagne. Malgré la répugnance qu'éprouvait déjà Henri II à se servir encore des Guises , il fut obligé d'employer de nouveau lintervention du cardinal de Lorraine ^ Ce dernier fut désigné, conjointement

' Les plénipotentiairQs e^pagnol^ ài Philippe U,A% décembae 4558 ; dan& les Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. V, pp. 486 et suiv.

' Ce conseiller était Simon Renard. — Voir son avis dans les Papiers 4'État du cardinal de Granvelk, t. V, p. 226.

^ Uisloire des ducs de Guise, t. I, p. 499 et 500..

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