LIVRE IV (1559). i2d
Les magistrats ou échevins des villes jugeaient en première instance les causes civiles et, en dernier ressort, les causes criminelles si elles concernaient des habitants roturiers de leurs localités respectives. Les conseils provinciaux jugeaient par appel les causes civiles des roturiers et, en première instance, ces mêmes causes, si elles intéressaient des personnes nobles ou qualifiées; celles*-ci, dans les causes criminelles, ne relevaient également que des conseils provinciaux. Les conseils de Brabânt, de Gueldre et de Hainaut jugeaient par arrêt, c'est-à-dire en dernier ressort. Les autres cours relevaient du Parlement où grand conseil de Malines qui était, à certains égards, lé principal tribunal des Pays-Bas ■. • "
Le duc de Savoie, ayant recouvré ses États patrimoniaux par le traité de Câteau-Cambrésis, allait abandonner le gouvernement des Pays-Bas. Le roi devait pourvoir à son remplacement, tâche délicate, car ce choix annoncerait la politique que Philippe se proposait de suivre.
L'armée et lé peuple eussent désiré l'héroïque capitaine qui avait décidé les victoires de Saint-Quentin et de Gravelines *. Lamoral, comte d'Egmont, prince de Gavre, puis baron de Gaesbeek et seigneur de plusieurs autres domaines, était né en \ 523 au château de la Hamaide, dans l'ancienne châtellenie d'Ath'. Il descendait par son père, Jean d'Egmont, de ce fameux
' Description de tout le Païs-Bas, par L. Guiccurdin (édition de Sylvius, Anvers, 4567, petit in-foL), p. 40 et suiv. Relations du cardinal Bentivoglio (Paris, 4642), in-4», p. 478-179.
^ « A ce que je tiens de la plupart des Espagnols, Flamans et François qui y esloient, ils luy en attribuoient le seul gain. « Brantôme, Capitaines estrangers, t.U.p. i6l^.
' On avait présumé pendant longtemps que le comte d'Egmont avait vu le jour à Bi^uxelles. Ses' interrogatoires, publiés par M. dé Reiffeûberg, ont rétabli la vérité.
i30 LES PAYS-BAS SOyS PHILIPPE II.
duc de Gueldre qui avait résisté^ avec tant de vaillance, à la maison d'Autriche ; sa mère, Françoise de Luxembourg, était héritière de la principauté de Gavre. Le jaune cl'Egmont, qqi s'était appliqué principalement aux exercices du corps, atteignait sa dix-neuvième année, lorsqu'il fît ses premières armes : il suivit Charles-Quint, en qualité de volontaire, dans rhéroîque et désastreuse expédition d'Alger. Trois ans après il 8\vait un commandement au siège de Saint-Dizier, et, René de Nassau étant mort de ses blessures, il lui succéda dans la charge de capi* . taine-général des lances. £n 1546, conjointen^ent avec le comte Maximilieq de fiuren, son consin, il conduisit les bandes d'ordoqnance des Pays-Bas en Allemagne pour secourir l'enapereur contre les princes protestants. Deux ans auparavant, il avait épousé Sabine, duchçsse en Bavière, fille du comte palatin de Simmeren et de Béatrix de Bade. Le mariage fut célébré à Spire le 8 mai 4544, en présence de Charles-Quint et de Ferdinand, son frère, qui assistèrent aussi au banquet de noces K A cette occasion, la mère du comte renonça en sa faveur à la principauté de Gavre. De son côté, l'empereur récompensa, en 1546, les services que d'Egmont lui avait rendus en lui conférant, dans le chapitre tenu à Utrecht, le collier de la Toison d'or qu'il donna en même temps au duc d'Albe, au duc de Savoie et au duc de Parj^e. En 1553, lorsque le mariage de l'infant Philippe avec Marie Tudor eut été résolu, Charles-Quint envoya le comte d'Egmont en Espagne porter à sa fille, doua Juana, le pouvoir nécessaire pour gouverner la Péninsule durant l'absence de son fils. D'Egmont prit ensuite place dans le cortège du- prince d'Es-
* Journal de Vandkhesss. — Du mariagpde Lamoral d'Egmont avec Sabine de Bavière naquirent trois fils et dix filles. — Le comte d,Egmont eut un frère qui suivit aussi Charlejs-Quint en Afrique et qui mourut en Italie; sa sœur épousa le comte de Yaudemont, de qui naquit Louise, destinée à devenir la femme de Henri III, roi de France {Stbada, lib. VIÏ).