LIVRE IV
pagne^ toujours avec l'inévitable duc d'Âlbe et cette fois aussi avec le. comte de Homes ; il suivit Philippe en AngleteiTe etassista au tiiariage qui fut célébré dans la cathédrale de Win^ chester. Mais ce furent surtout les victoires de Saint-Quentin et de Gravelines qui valurent au comte d'Egmpnt la popularité dont il jouissait. On vantait sa bravoure, on rappelait ses, exploits, on aimait sa franchise^ et on lui pardonnait, à cause de ses sertvices, une présomption et une fatuité qui eussent déplu chez tout autre. L'extérieur de ce .brillant capitaine plaisait égalcr ment : son visage plein et agréable inspirait la confiance , la vifueur de son corps et son port majestueux commandaient le respect K Cependant rintelligeoce et le caractère du vainqueur de Gravelines ne répondaient point à ces dehors imposants : son esprit était altier, mais manquait d'étendue et de pénétration ; sa volonté, quoique dirigée ordinairement par des intenlipns droites et pures, était vacillante dans les circonstances graves çt ne suppléait point, par la vigueur des ré^olutions^^ à Ja prévoyance dont il était dépourvu.
Aussi, la partie la plus éclairée de la n<>folease. et l'élite de la bourgeoisie avaient-belles reporté leurs sympathies sur un aptre grand seigneur, d'un caractère et d'un extérieur tout diSërents : sur son visage maigre, sur son front dépouillé avant l'âge, op découvrait la finesse, l'énergie concentrée, la pénétration, la ténacité, enfin les qualités propres à l'homme qui se plait et se signale dans les luttes de la politique. Cet émule de Lamoral d'Ëgmont était Guillaume de Nassau.
Né à Dillenbourg, le ÎS avril 4533, Guillaume de Nassau
» Strada, lib. I. — a C'estoit le seigneur de la plus belle façon, et
de la meilleure grâce que j*aye jamais veu, fust-<;e parmy les grands, parmy ses esgaux, parmy les gens de guerre, et parmy les dames ; Tayaut veu en France et en Espagne, et parlé à lui. n Bbamt6me, Capitaines estrangers, t. 11, p. -177.
appartenait à une maison dont ^origine certaine remontait au XII" siècle. En effet, vers 1 159, Walram, comte de Laurenbourg, ayant hérité du château de Nassau, en prit ]e nom; il fut l'aïeul de Walram II et d'Othon qui , au milieu du xtip siècle, se par-^ tagèrent les États de leur père Henri, et devinrent les chefs des deux lignes perpétuées jusqu'à nos jours. La branche aînée pro^ duisit les rameaux de Nassau^Idstein , Usingen , Sarbrtiek et Weiibourg. Elle parvint un instant à l'Empire dans la personne d'Adolphe de Nassau, tué en 1 297 de la main de son compétiteur Albert de Habsbourg. La branche cadette fut transplantée dans les Pays-Bas au commencement du xv siècle, tout en conservant en Allemagne : Dillenbourg, Herborn, Siegen, le Westerwald et Beilstein. Le chef de cette branche, Engelbert de Nassau, avait épousé rhéritière de Polanen : elle lui apporta en dot Breda, bientôt résidence habituelte de la famille, Oosterhout, Rosendael, Steenbergen, la seigneurie de Gertruidenberg et de Klundert; plus tard, Engelbert acquit encore dans le Luxembourg le comté de Vianden et la seigneurie de Saint-Vit. Son fils Jean IV fut maréchal du duché deWestphalie et sénéchal du Brabant; il mourut en 1 475 : par son mariage avec l'héritière de Loon et Heinsberg, il avait ajouté aux possessions de sa maison Milten, Gangeit et Vucht, échangées ensuite contre Diest, Sichem et le margraviat d'Anvers. Ses deux fils, Engelbert II et Jean V, se partagèrent les domaines de la famille. L'ainé (Engelbert) eut les possessions des Pays-Bas; le second, qui fut l'aïeul de GuiHaume le Taciturne, les domaines qui étaient situés en Allemagne •.
Engelbert H servit glorieusement Charles le Téméraire, Maxilien et Philippe le Beau ; pendant sa longue carrière, il fut peutêtre le plus ferme soutien des maisons de Bourgogne et d'Autriche.
* Archives de la maison c^Orange-Nassau, t. I, introd., p. 54 et suiv. — Foî'r aussi notre notice dans la Revue nationale, t. XVII, p. 482»