LIVRE IV (15K
une maturité d'esprit qui surpassait de beaucoup son âge , une prudence éprouvée, dans les ambassades et dans la guerre, enfin la haute estime que Charles-^juint n'avait cessé de lui témoigner ' .
Le parti espagnol^ cependant, se montrait aussi peu favorable au prince d'Orange qu'au vainqueur de Gravelines. Contre celui-ci, on rappelait la mémoire de Charles d'Egmont, duc de Gueidre, qui avait étéde faction française, ainsi que l'hostilité de son succès* seur, qui s'était également montré l'adversaire de Charles-Quint. Le prince d'Qrange plaisait encore moins aux cgnseiilers de Philippe Il : non-seulement sa religion était suspectée, mais, comme on le savait lié avec les hérétiques d'Allemagne et par ses alliances et par ses biens; on semblait craindre qu'il ne leur ouvrit le chemin des provinces belges/. Pour faire échouer les espérances que pouvaient nourrir Lamoral d'Egmont et Guillaume de Nassau, Granvelle parait avoir objecté au^si que la nomination de Tun exciterait la jalousie de l'autre, que cette scission diviserait la noblesse tout entière et qu'ainsi naîtraient des factions dans rÉtat. Du reste, il n'aimait point le comte d'Egmont, parce que celui-ci l'avait traversé autrefois auprès de Charles-Qaint, et il repoussait le prince d'Orange, non par hainç, mais parce que ce dernier, manifestant l'intention de s'appuyer principalement sur la noblesse nationale, aurait neutralisé les efforts du parti qui, soutenu par la faveur du roi, voulait s'emparer de toute l'influence dans les Pays-Bas '.
A défaut de Lamoral d'Egmont et de Guillaume de Nassau, dont la candidature n'avait jamais été admise sériçusement p^r la cour, le parti national indiquait soit un des archiducs, fils de
> STBADA,lih. letU.
» 7d., lib. 1.
' Gravide chronique de ifollanUe, etc., t. H, p. 35.
l'empereur FerdibaDd , soit Christine de Danemark , duchesse douairière de Lorraine et nièce de Charles-Quint. On rappelait que cette princesse avait été élevée dans les Pays-Bas par la reine de Hongrie, sa tante ; on vantait la sagesse dont elle avait ensuite donné des preuves dans le gouvernement de la Lorraine, et Ton ajoutait que la conformité des mœurs de cette contrée avec la Flandre pouvait faire espérer un gouvernement approprié aux traditions des Pays-Bas ; enfin on lui était reconnaissant pour sa coopération au traité de paix de Càteau-Cambrésis. Christine était désirée du prince d'Orange plus que de tout autre, parce que ce personnage nourrissait l'espoir d'épouser la fille aînée de la duchesse et de s'attribuer ainsi une grande part de la puissance qui serait confiée à sa beile-mère. Très-ambitieuse, trèsimpatiente aussi de rétablir sa fortune alors délabrée, Christine fit de vives instances près du roi pour qu'il lui accordât le gouvernement des Pays-Bas , tandis que , de son côté , le prinde d'Orange, soutenu d'ailleurs par le comte d'Egmont et d'autres grands, sollicitait non moins vivement l'intervention du monarque , à l'efiet d'obtenir la main de la princesse de Lorraine •. Mais aucune de ces combinaisons ne pouvait être agréée par les conseillers espagnols de Philippe II. Dans un souper que Granvelle donna au duc d'Albe, il avait été décidé qu'ils favoriseraient la candidature de la duchesse de Parme ». Confier le gouvernement des Pays-Bas à un des fils de l'empereur Ferdinand, c'était, disait-on, s'exposer à de trop grands dangers, à cause de la haine que les Allemands avaient vouée aux Espagnols. Le choix de Christine de Lorraine ne présentait pas des inconvé-
* Papiers d*État du cardinal de GranveUe, t. V, p. 628, et Correspondance de Guillaume le Taciturne^ t. I, p. 431 . — Voir aussi Fl. Vandkr- HAER, de Initiis tumuUuum helgicorum (Douai, 4587, in-S»), p. 82.
• Grande chronique de Hollande, etc, t. II, p. 35.