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nients moindres : indépa^damment de là position presque dépen* danle de la Lorraine par rapport à là France, surtout depuis le mariiage du jeuoe duc avec la seconde des filles de Henri H, on voyait un danger encore plus grand peut-être dans la po-* pularité même que Christine s'était acquise en Belgique, On ajoutait , enfin , que la duchesse de Lorraine était prodigue' et chargée de dettes *. Ces raisons avaient presque touteâ de te gravité, quand on les mettait en œgàrd des tendances de la politique espagnole. Aussi auraient*elles certainement persuadé Philippe II , si déjà son choix n'avait été arrêté. Il repoussa, dû reste, avec quelque humeur, les sollicitations de la duchesse de Lorraine '. Il né se montra pas plus favorable au désir manifesté par son oncle, Ferdinand d'Autriche, de voir un de ses fils investi du gouvernement des Pays-Bas , jusqu'à ce que l'infant don Carlos eût l'âge nécessaire pour venir lui-niéme diriger l'administration de ces provinces. Les conseillers espagnols devaient voir avec déplaisir la grande familiarité qui existait entre le comte d'Egmont et l'archiduc Maximilien. roi de Bohème ; tandis que Philippe II avait dû prendre ombrage aussi de la faveur avec laquelle ce jeune prince avait ^é naguère accueilli dans les Pays-
i On pejit lire dans les Papiers d'État du cardinal de Gnanvelhy U V, p. 623, une requête où Christine de Lorraine expose à Philippe II corn-bien sa situation est embarrassée. Elle est, dit-elle, constamment tourmentée par ses créanciers et elle a dû engager ses revenus.
' Dans sa décision sur la requête analysée ci-dessus, Philippe disait qu*il faudrait esgager la duchesse à cesser ses plaintes ausifjetdu gouverne-» ment fies Pays-Bas, et toute espèce de réoriimnatioQ^ ne faisant eir cela que se compromettre et nuire en même temps aux intérêts de S. M. Il lui conseillait de se retire^ dans, les terres de son douaire, en Lorraine ; et si elle ne goûtait pas cette propoëition, il lui offrait un asile hoàorat^e dans la ville de Lecce, au royaume de Naples. Du reste, il la gratifiait, sa vie durant, d'un rev^u de |0,00ô. écus, dont &,000 assignés sur le royaume de Naples et 4,000 sur le Milanais. Posters d'État, t, V, p. 6^5-627. I. 40
Bas. Mais, quoiqu'il eût allégué pour excuse la voloiilé dé Charles^* Quint, qui , disait-il , avait indiqué la duchesse de Panne pour le gouvernement de ces provinces , la décision prise blessa Cemfe** reur Ferdinand et rendit plus froides encore ses relations avec son neveu ^
Plusieurs motifs avaient engagé Philippe II à porter définiti-^ vement son choix sur la fille naturelle de Gharles-Quiot. Gomme Marguerite de Parme avait passé plus de vingt' ans en Italie, die était étrangère aux partis qui se dessinaient déjà dans les .Pays- Bas ; d'autre part, elle se trouvait dans la dépendance absolue de la couronne d'Espagne. Octave Famèse, son époux, s(rilieitait avec instance la restitution de la citadelle de Plaisance, en coq^ sidération des services qu'il avait rendus à la maison d'Autriche, tant en Italie que dans les Pays-Bas où il venait de servir comme volontaire. Mais Philippe, en nommant sa sœur gouvernante de ces provinces, ne voulut point se dessaisir de ce gage ; il retint même à sa cour, pour plus de précaution, le jeune prince Alexandre, héritier des Farnèse. Il donna seulement des espé*
1 Ces détails ont été mis au jour dans les Né^oeimiùmf, leitres et pièces diverses rdatives au règne de François II, tirées du portefeuiUe de Sébas> tien de FAubespine, éréque de Limoges, par Louis Paris, bibliaihécairearchiviste de la ville de Reims, et publiées dans la Collection des doeu*menis inédits sur fhistoire de France. — Dans une lettre adressée au roi François II et datée de Gand le 27 juillet 4559, Fambassadeur français
s*exprime en ces termes : • Je n'avois point sceu ci devant comme
m Mit seigneur empereur eust bien désiré que Ton de ses enfants feost « demonré au gouvernement de ce pais, attendant la venue du prince « d*Eqpagne par deçà, dont S. M. C s'est excusée sur la nomination qoV- « voit faicte le feu empereur de U^» de Parme. Mcmaeigoear d'Arenfaerg
• (Jean de Ligne) a eu diarge d'en faire les eacoses, d'oà U procède dn
• malcontentement à bon escient, et est un grand bien pour S. M. G. de « ce que le roi de hMsùs (Farcbldnc Maximilien} est maladif et avec peu « de santé pour remuer ce monde. » Oper, «t., p. 44.
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rances à Tépoux de Mai^uerite, dans la persiia»on, comme dit Strada, que la plupart des i hommes s'attachent pluâ fortement par tin bienfait t^n'ils 'espèrent qxie par plusieurs qtfite ont reçus. Ainsi, la nouvelle gouvernante se trouva: dépendre entier reméiit du rd, et quoiqu'elle fût née dans les Pays-Bas et ma-^ fiée à un prmoe italien, elle était réputée presque lotit à fait
Philippe 11 avait chargé expressément Granvdle de lui proposer des candidats pour les gouvernements des provinces et pour les places vacantes dans l'ordre de la Toison d'or; il lui avait recommandé aujssi de s'entendre avec son confessetir pour aviser aux moyens de prévenir noh-seulemént lès héi^ésiès, mais aussi d'extirper ôeilés, déjà si nombreuses, qui existaient dans les Pays-Bas. Il promettait de le seconder de tout son pouvoir et voulait que ce ftit la première chose dont on s'occupât avant son départ, comme étant la plus importante *. En effet, les progrès de la réforme ne s'étaient point ralentis depuis l'ab^ dication de Charles -Quint. Récemment encore, le duc de Savoie, en sa qualité de gouverneur-général, avertissait les magistrats d'Anvers que les sectaires avaient tenu des convalticuleâ près de cette ville et dans la ville même ; il y avait envoyé en conséquence un conseiller ainsi que le procureur-général de Brabant pour informer contre les hérétiques, et il avait été enjoint à la magistrature communale de leur prêter aide et de faire bonne ^arde, surtout la nuit, pour empêcher de semblables réunions, A la suite de cet. avertissement, Jean Ducamp, anabaptiste, sais^i à Anvers, avait été exécuté par le feu>.
Granvelle n'était pas, comme le duc d'Albe, un agent inflexible
1 Stiada, lib. I. — t^UOikmê de Bentivoglio, p. 58. ' Papiers d'État du •emrdmai de GranveUe, t. Y. p. 591 . ' Manuscrit de la biUigtàèque de Bourgogne, n« 46075.
de la pofitiqne eqHtgnole, un fanatiqiie déterminé à brâer par le glaive tontes les résistances. IJ était amfattieiix, mais il n*étâît pas encore ernd ; il aimait le pouvoir, et, fiom* le eooserver paisiMement, il aurait voulu tout à la fois ménager les prétentions de Pfailif^ II et se concilier la noblesse des Pays-Bas, qu'il préférstîi ineontestabl^nent am grands d'Espagne, dont le nouveau roi s'entourait. Pour se fortifier dans la faveur royale et affermir sa pn^re autorité, il essaya de rendre la noUesse docile par l'appât des récompenses, et en qndque sorte inoffienrôre par la suppression des états généranx, où le pouvoir de l'aristocratie pouvait rivaliser avec celui du prince. C'est pourquoi, adversaire lui-même des assemblées dâibérantes, il entretint et accrut par ses conseils la répulsion presque instinctive que Philippe II éprouvait pour nne prérogative qui lui portait ombrage '. Mais les drconstances étaient telles que le roi ne put se dispenser d'avoir encore recours à une réunion générale des députés des provinces.
La pacification de Gàteau-Gambrésis n'avait pas rempli le trésor public. Il était dâ aux gens d'armes allemands au delà de 4 ,600,000 florins ; et il fallait, en les licenciant, ou sdder leur compte, ou bien s'exposer aux plus fôcheux désordres. Philippe avait voulu éviter de recourir à une assemblée générale en convoquant les états dans leurs provinces reàpecth^es, au mois d'avril 4559, pour leur demander une aide de 956,000 florins à répartir entre les diverses parties du territoire. Toutefois il dut bientôt reconnaître que, pour combler le défidt, Fintervention des états généraux était nécessaire. Ils se réunirent à Bruxelles
1 Vingt ans après, en 4584, Granvelle était loin d^ayoir changé d'avis : • Je cognois, disait-il, ThumeoF des estais, et qiie, si un ange du ciel y « Yenoit, il seroit impossible qn*il y demeura longuement au contentement « de tous. » Archives de la maison d' Orange-Nassau, t. Vil, p. 532.
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le 30 juin, t/'ornane dUigoavarDeiDôQt I^r fit ^savoir qu^ la plupart des assemblées proYîimieles avséeot beaucoup tandé à Yo4er sur les demandes proposées à Ârras ^ ; que la dépense s'était augmentéeparrce délai, puisque Ton avait ^té obligé de retenir plus longtemps les gens de guerre ; que le roi avait été forcé d'employer aa licem^raent d'une partie des piétons allemands SOC^jQOO florins, qu'il avait reçus d'Espagne pour la dépense de sa maison et la solde des troupes espagnoles; qu'il restait à licencier plumdurs régiments allemands qui causai^t de grands dégâts au pays ; enfin, que la roi était disposé à y consacrer en* core 600;000 florins qu'il prendrait à sa charge, mais que, pour le surplus, il comptait sur le secours des états. On avait cru que l'impôt sur le sel mettrait la recette au niveau de la dépense ; mais aucune résolution n'avait encore été prise pour sa perception, qa(»que frfnsieurs provinces y eussent consenti. Le roi désirait enfin que. les états généraux délibérassent immédiatement sur cet objet ; il demandait aussi que les états provinciaux ven* dissent à son profit des rentes héritières, « au rachat du denier douze » jusqu'à concurrence de sommes déâgnées '.
1 Voir ci-dessus, p. sa.
^ Gaghabo, Des anciennes Assemblées nationales de la Belgique, § IL — Daos sa Justification, le prince d'Orange évaluait à 40,000,000 de florins la part contributive des états des Pays-Bas dans les dépenses de la guerre soutenue , pendant dix ans, contre la France. Grande Chronique' de Hollande, etc., t. IL p. 477.— La situation financière de la France était moins brâlaate encore. La dette publique, à la mort de Henri II, s*élevaità^36 ou 38,000,000 deir., c'est-à-Klireà plus de 4 4,000,000 d'écus d'or. « L)e» richesses des particuli»^, ajoutait Tambassadeur vénitien GiovanniMichiel, ne sont pas moins puisées, notamment celles des nobles et des paysans. Les nobles ont été obligés de suivre le roi plusieurs années do suite en France et au de* hors dans une guerre désastreuse; puis un grand nombre d'entre eux, qui ont été faits prisonniers, ont payé des rançons énormes» non pas de deux, de quatre , ou de six , mais d^ dix , vingt , trente , quarante ^ cinquante ,
Les assemblées provinciales^, saisies de ces nouvelles proposition par les députés qu'elles avaient envoyés à Bruxelles , en firent l'objet d'un examen qui parut lasser la patience du roi, dont le désir le plus ardent était de retourner promptement en Espagne. Déjà la flotte, qui devait le transporter, l'attendait en Zélande. Il avait d'aiUeurs quitté BruxeUes et s'était n^Qdu b Gand, dès les premiers jours du mois de juillet^ afin d'être p\m près du lieu fixé pour l'embarquement. Il convoqua les étarts généraux dans la capitale de la Flandre pour te dernier jour du mois, et, en attendant, il mettait la dernière main à la nouvelle organisation administrative des Pays-Bas.
Le vendredi, 27 juillet, après avoir fait célébrer les obsèques de Henri II, roi de France, Philippe, suivi de toute sa cour et de ses gardes, se rendit achevai au-dm'dnt de Marguerite de Parme, désignée pour être investie du gouvernement général des dixH$ept provinces. Ayant rencontré sa sœur à un quart de lieue de la ville, le roi mit pied à terre, raocueillit avec de vives démonstrations d'amitié, et la conduisit enâuite en grande pompe jusqu'à l'hôtel qui lui avait été préparé '.
Le lendemain , le descendant des ducs de Bourgogne présida, dans l'église de Saint-Bavon , le vingt-troisième et dernier chapitre général de l'ordre de la Toison d'or. De riches tapisseries
soixante, cent mille francs, comme le duc de Longuevilie, et même de deux cent mille francs, comme le connétable, qui cependant n'en paya que la moitié, car' le reste lui fut remis. En les réunissant toutes ensemble, riies auraient sufii pour soutenir la guerre pendant une année. Les paysans, accablés de oorTées et chargés d*imi)ôts continuels dans plusieors des principales provinces, telles que la Normandie et la Picardie presque tout entière, furent forcés de quitter leur pays , tant ils se trouvaient misérables. » Relations des ambassadeurs vénitiens sur les a/padres de France au xvf siècle, Ll,p,i09.
1 Négociations, etc., de Sébastien de TAubespine, p. 55.
couvraient les murs ptes stalles du choeur, surmontées des ^irraoirieades ehev^iei^, étalent recouvertes de vêloars cramoisi, et;la pldoe i^éservée aa roi, comme grand maître de FOrdre, marquée par un drap d 'OTi ' Le clergé aHa chercher procëssionoeUement les ebevaliers, réunis avec le souverain dans une des sallo» deJa cour. Précédés des trols^ofiQ^iers de TOrdre, le chanceler y le .trésorier et te greffier/ les chevaliers, présents en B^que, suivireot le dergé, vétiis de robes et de manteaux de sailn cramoisi ; seisus mso^cbaient d'abord deux à deux ; puis ^venait le roi. seul ; il était suivi de trois autres chevaliers à cheval. Api!ès avdr assiisté aux vêpres célébrées par l'évéqne de Tournai ^ Pbilippeenvrit le chapitre ^. Il s'était proposé de faire accepter par les chevaliers présents des mesures qui tendraient à échauffe]? leur zèle pour la religion } mais il fut mortifié de la résistance quil râ^iontra.
Le même jûur ,, il écrivit à l'évéque d'Arras cette lettre digne de remarque : « J'ai proposé aui membres de Tordre les articles «( dressés par le chanodier et qui reniement le^ trois points suiu vants: i^ n'éUre jamais qu'un catholique à l'abri de tout soup- « çon en ce qui concerne la pureté de sa foi; ^ velHer avec le « pbs grand soin, maintenant et à l'avenir, au sdutien de la reli- «< gion dans leurs terres , et à la répression des délits commis M contre die ; 3^^ entendre la messô chaque jour autant qu'il se « pourra faire ^ns notable inconvénient. Bien que ayant juré le « secret sur cette matière, ainsi que l'exigeait le service de Dieu, « cependant , comme je surs sûr que vous le garderez aussi de « votre c6té, je vous en donne communication, vous priant avec « instance de iti'envoyer votre avis. Des trois points ci-dessus, le « premier a été accepté presque à l'unanimité ; le ^cbnd a arrêté « plusieurs d'entre eux qui disent qu'étant déjà astreints à ce
I Journal manuscrit de Vandencssb.
«^devoir psivle$..placards, sous peine dooonfîsealion de leurs biens 4 e,i d'ai](trçs oh^Uiaents , il n'est pas néoedâstire- de leur en rapv.peler une secpnde fois raccomplissemeot. Quant au troisième u. article, il est devenu ïobjet de contradictions plus vives encore; M ils prétendent, eOi^Sét) y être d^jà tenus consume chrétiens et u. qu'on. leur fait tort en lesexposant, par rinfmction du serment « qu'ils prêteraient , à ajouter un nouveau péché à celui qui «peut résulter déjà de l'omissiota de leurs devoirs sous ce rapu port. QueiqueS'-uns d'entre eux; d'ailleurs en petit nombre, M ne me semblent pas animés d'intentions bien droites; quant « aux autres opposants^ ils s'imaginent peut-être , quoique bien u à tort, qu'on leur impose des obligations excessives '^ n Le lendemain, diniancbe, les dievaliers entendirent ensemble la messe qui fut célébrée dans là même église, puis ils se rendirent à l'hôtel de ville, où leur banquet fut présidé parle roi, assis sous un dais très-riche, ils allèrent ensuite, vêtus de velours noir, ouïr les vigiles pour les chevaliers trépassés. Le jour suivant, après.le. service funèbre également célébré pour les chevaliers trépassés, les membres de l'Ordre dînèrent de nouveau à l'hôtel de ville sous la présidence du roi. Enfin, le i^'août, après une derrière messe, les chevaliers se réunirent en chapitre pour réprimander les membres qui n'avaient pas observé les statuts et pour pourvoir aux places vacantes. Le comte de Meghem et le comte de Mansfeld furent les seuls chevaliers présents qui reçurent une réprimande : le premier pour quelques écarts dans ses mœurs et particulièrement pour avoir contracté l'habitude de jurer ; le second, pour avoir dit des injures à un ofiScier de justice du grand conseil de Malioes et à un bourgeois de Bruxelles, qui le venaient interpeller pour le payement de quelques dettes'.
* Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. V, p. 628 etsiiiv.
' Journal de Vamdenesse . Conf . Histoire de l'ordre de la Toison d'or, p. 475.
.t LIVRE IV (fS^d). ISS
Les chevaliers admirent ensuit^ dans l'Ordre : Marc Autcône Coloana, duc d'Urbii) ; le seigneui* d'Âcbiooui^t, de la maison d6 Montmorency; le marquis de.Rent]r> de la maison de Croy ; le prince de Snlmoiie, de la. maison de Lânnoy ; le seigneur de Tercoin ^ de la même maison ; le qomte de Ligne ; Antoine de Lalaing^ comte de Hooghstraeten, et Floris 4e Montmorency, s^goeur de Montigny. Ges deux derniers, pour lesquels Philippe témoignait de la répugnance , durent leur, admission à Tintef'^ vention active du prince dérangé qui, au risque de mécontienter le souverain^ sollicita en leur faveur les sufirages des chevaliers, ses confrères *. Philippe sentit le coup : « Nous avons tenu « actuellement le chapitre, éerivit^il à l'évéque d'Arras, et les K trois points ont été adoptés, sauf quelques modifications faites « aux deux derniers, de mamère que la chose est en bon train. K On a éàn quelques jeunes gens, quoique je leur eusse dit de » nea rien faire; mais ces nouveaux membres de Tordre poor- >( ront passer à la rigueur ; je n'en vois qu'un seul qu'on eût dû «» laisser de côté. Auparavant je les ai présentés à madame la « duchesse de Parme, et j'ai traité en sa présence avec eux et « elle les a&ijres de la religion ; ils m'ont répondu de manière à u me satisfaire, quoique en se plaignant un peu de mon silence u précédent, qui semblait indiquer de la défiance de ma part; je u leur ai certifié qu'il n'en était rien. Quant aux autres points, « ils ne m'ont rien répondu et semblaient agir avec quelque con- <( trainte ; et comme j'insistais pour avoir une réponse^ ils m'ont tt fait observer qu'ils n'avaient autre chose à me dire, sinon qu'ils «c étaient disposés à exécuter mes ordres *. »
Les états généraux, convoqués pour le 34 juillet, se réunirent enfin le 7 août. Philippe était présent et avait pris place entre le
1 SnuDA, lib. IL
' Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. V, p. 634 .
154 LES PAYS^AS S0t7S PHILIPPE II.
doc de Savoie et la duchesse de Pdrme. Granvelle, de iKtaveaiH désigoë comme iinterprète du souverain, expliqua » dan» un long discours , les .motife pj^essants qui le détbrmkioieDt à re*tourneren Espagne, les râdsons qufilaYtttde oompter.suri'as* sistance des états 'géoéraux, et celles qui larMent engagera oodfier ie gouvernement dés provinces à sa sœur, la docfaesse de Parme. Il dit que le roi éprouvait le plus vif regpret de s'éloigner des Pays-Bas^ mais que sa présence en Bspagne était devenue absolument indispensahie '. Tous ses efforts avaient été enw ployés, ajouta^tr-il^ pour décharger le pays des gens de guerre étrangers ; il y avait consacré toutes i^ aides acctodées par les états et plus de 4,400,000 florins tirés de l'Espagne. Il restait cependant encore une colofiefie allemande , à laquelle on devait une grosse somme. C'était pour l'acquitter que la dernière aide avait été demandée. Il annonçait ensuite la nomination de Marguerite d'Autriche, duchesse de Parme, comme gouvernante générale des Pays-Bas ^ en remplacement du duc de Savoie ^ que le dernier traité avait reihis en possession de ses propres États,
I Sekm Bentivoglio, il fallait,- d^an côtéf prévenir les périls dont l'Espagne était menacée par Thérèse qui s*y glissait iQsejn^iblement ^ de Tautre, prendre des précautions contre les Moresques, doat elle éiait remplie et qui y étaient suspects. On craignait , dit-il , que si l'État venait à être troublé par quelques divisions intestines, ils ne cherchassent à en profiter, et ne se réunissent avec ceux du continent de TAfrique. Histoire des guerres de Flandre, liv. I*'. — U est certain, en effet, que la crainte de voir PEspagne agitée par îes nouveRes doctrines religieuses contribua à bâter le départ de Philippe. Dans une lettre de. Sebastien darAubespine, écrite 4e Gand, le iaoût, etadresséeau roi de France, on lit : « Que les dernières dépesobes « arrivées depuis trois jours d'Espagne ohantent que la religion s*y tnouble « de plus en plus , et mesmes à Tendroit des plus grands , qui est bien, o avec les autres occasions, Tune des principales causes qui font haster • Sa Majesté pour y remédier, et de bonne heure pourvoir à de'téUds cala- « mités. »
LiTiiE IV (illi$9). 455
et à défaut d^ prince d'Espagne, que le roi /malgré son désir, tfarail pu fam venir dans les prôvinoes belges. Philippe avait, selon le discours ofSciel) porté son choix sur sa propre sœur, parce qu'elle était do saïQg royal et On considération de l'amour et de Tobéissance qu'elle n'avait cessé de témdgoer à feu l'empereur et à Iui«>môme, efn considération aussi de la grande afieetion qu'elle avait toujours portée â Son pays natal , où die avait été élevée, et enfin parce qu'elle possédait tes langues qui y étaient usitées. Il lai avait donné une autorité aussi grande que oelle dont avaient été successiveiâent investis la reine dotiairière de Hongrie et lé duc de Sav(»e; « Le roi vous ordonne, poursuivit « l'évéque d'Arras, d'obéir à sa sœur, de l'honorer et d'avoir «( pour elle le respect et les égards que vous témoigneriez à la « personne même du souverain. » L'orateur du gouvernement abordait ensuite la question la plus délicate, la répression de l'hérésie. Le roi, disait-il en substance, désire écarter de tousses pays les maux que causent les nouvelles sectes, comme ses devoirs envers Dieu et ses obligations envers ses peuples l'exigent, puisque l'expérience des choses passées démontre qu'un changer ment de religion ne s'accomi^it pas sans qu-il s'opère en diémfe temps un changement dans l'État, et que souvent aussi les pauvres et les vagabonds saisissent cette occasion pour s'emparer des biens des riches. Décidé à suivre l'exemi^e de l'empereur, son père; ayant toujours présent à la mémoire ce que feu l'empereur lui avait prescrit dans son testament et ce qu'il lui avait si expressément recommandé en abdiquant, le roi chargeait la gouvernante d*employer son autorîté tout entière à maintenir les Pays-Bas dans l'union cartholique ; il la chargeait aussi de faire rigoureusement exécuter les édits de l'empereur, renouvelés par le roi, en 1555, pour l'extirpation de l'hérésie. Les gouverneurs; les conseils de justice et les états devaient concourir tous au même but. Enfin, le roi, conservant le souvenir de tout ce qu'a-
vaieat fait les ét^^ts pour ses prédécesseurs et pour lui^inéme, espécait qu'ils lui porteraient le méme-respeet- en «oo abspiiiee^ U correspondrait^ det.soQ c^té, à ces seotlinetits, et assurait ses sujets. des Pays-Bas qoe toutes les fois <|a'il serait néoessaim, il les assisterait 4e sa.persoiH)e et emploierait yotontièrs tout ce que Dieu lui avait dooné de puissance pour leur bien, leur pro^érité et leur repos • .Philippe U et le duc de Savoie diteut eûsuite queltques mots pour prendra congé des représentants du pays | puis la duchesse de Parme déclara qu'elle acceptait Je gouvernement; Toutes ces communicatiociâ avaient ; été accueiiliQ^ avec froideur, car le changen^eot qui s'était apéré à la cour depuis l'alH dication de Charlea-Quint avait profomlément mécontenté les grands seigneurs et la noblesse des Pays-Bas. Le prince d'Orange, le comte d'Egmont,; le comte de Homes, même le baron de Beriaymont, si dévoué pourtant au pouvoir royal, voyaient av^ une peine infinie leur exclusion des conseils intimes du mpnarque; Habitués aux préférences de Charles-Quint pour ses compa* triotes, ils ne pouvaient supporter d'être maintenant supplantés par les Ruy Goniez, les d'Âlbe et les Feria. Ilsi dissimulaient -à peine leur jalousie, et elle s'était encore accrue depuis que le bruit avait été répandu .que l'intention formelle du roi était de laisser auprès de la duchesse de Parme un certain nombre d'Espagnols pour l'assister en toutes choses, et on nommait le comte de Feria, le secrétaire. Erasso ainsi que Vargas, naguère ambassadeur à Venise. Granvelle lui-même, quoique toujours
1 Ce discours pu proposUion a été pablié intégralement par M< Gaohard» dans la Collection des documents inédits concernant l'histoire de lu Belgique, t. ler, pp. 343-322. Strada dit positivement que l'évêque d'Arras reçut l'ordre de parler au nom du roi. On peut voir, d'ailleurs, dans les Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. V, p. 633, que Philippe 11 'avait chargé ce dernier de faire la proposition concernant Tinvestiture' de la duchesse deP.anne.