LIVRE V (1560). 2ii
Anvers était riche en monuments anciens et nouveaux, et ces derniers rappellent encore l'opulence de cette époque, si fameuse dans nos annales. La tour gigantesque de la cathédrale, commencée en 1482, avait été achevée en 4518. Pour remplacer la Vieille bourse construite en i 51 5 et devenue insuflSsanté, on éleva, en 1 531 , l'édifice, tout à la fois si pittoresque et si gracieux, que Guicciardin appelait la plus belle Bourse de toute TEurope. Ce monument coûta à la ville la somme énorme de 306,000 couronnes d'or et servit de modèle à la première bourse de Londres. Il consiste en une cour quadrangulaire , autour de laquelle règne un portique à voûtes surbaissées et formé de colonnes cylindriques de pierre bleue dont les fûts sont couverts d'ornements sculptés d'un dessin différent pour chacune '• En 1560, on jeta les fondements du nouvel hôtel de ville; et, le 5 mai 1564, on posa la première pierre de la maison des Osterlins {Domus Hansœ teuionicœ). La ville d'Anvers s'était engagée à payer, pour la construction de cet édifice, la somme de 30,000 carlins, en six termes égaux, et les Hanséates, celle de 60,000 carlins. La maison devait devenir la propriété des Hanséates qui auraient, en outre, à proximité, une place libre pour se promener, contracter et négocier ».
Les travaux des fortifications, la construction de l'hôtel de ville et celle de la Bourse augmentèrent considérablement les charges de la commune, bien que les revenus eussent également suivi une progression ascendante sous Charles-Quint. Mais l'équilibre avait été rompu par suite des nombreux emprunts que la ville avait dû contracter pour les états et pour le souverain '.
> ScHATES, Histoire de Varchitecture en Belgique, t. IV.
' Altueyer, Histoire du comptoir hanséatique d* Anvers, p. U.
* Les charges de la ville allaient toujours en augmentant. En 4561, elle devait payer annuellement 358,264 florins, dont 45,446 pour les rentes engagées afin de subvenir aux frais delà construction de la maison de ville,
Comment était gouvernée cette grande cité, devenue le centre du commerce de TEuropc et comme l'étape de tous les peuples occidentaux? Quels étaient les droits de la bourgeoisie et les garanties assurées aux étrangers ?
Anvers, suivant Guicciardin, jouissait de tant de privilèges que l'on pouvait la regarder comme une espèce de république.
L'administration communale se composait de quatre membres : 4« la nouvelle seigneurie; 2« la vieille seigneurie, c'est-à-dire tous ceux qui avaient été échevins ; 3" la bourgeoisie , qui comprenait les vingt-six capitaines des bourgeois et les chefs des treize ivycks ou quartiers ; et 4** les cinquante-quatre doyens qui dirigeaient les vingt-sept métiers de la ville. On trouvait , en outre, six confréries ou gUden : deux étaient composées d'arbalétriers, deux autres d'archers, la cinquième d'arquebusiers, et les membres de la sixième se servaient de l'épce à deux mains.
Selon l'usage également en vigueur dans la plupart des autres villes des Pays-Bas, les plus hautes fonctions communales étaient attribuées à des familles patriciennes. Cette aristocratie urbaine ne pouvait se livrer au commerce.
Le magistrat ou nouvelle seigneurie se composait d'un premier
et 4,410 florins pour la construction de la Bourse, sans compter au moins 200,000 florins dus annuellement pour les fortifications. Le 5 janvier <564, la ville fut autorisée à emprunter une nouvelle somme de -150,000 florins pour la construction de la maison de ville et une autre somme de 500,000 florins pour les travaux des fortifications. De nouveaux impôts durent être créés pour garantir ces levées. On ne réussit pas cependant à porter la recette à la hauteur des dépenses, ainsi que le prouve un bilan dressé pour
l'année < 569 où les recettes sont évaluées à livres d'Artois 445,047
Et les dépenses à 534,910
Laissant un déficit annuel de livres d'Artois 86,863
\o\r Notice historique sur les impôts communaux de la ville d* Anvers, par M. Krëgunger, archiviste de la province, p. 437.