LIVRE PREMIER
plus intimes, engagèrent Charles-Quint à précipiter le dénoûment de son règne.
Le 26 septembre 4555, il ordonna de Bruxelles que les états des dix-sept provinces des Pays-Bas , dont il avait accompli la réunion, se fissent représenter dans cette ville par des députés le H octobre. A cette occasion, les gouverneurs, chanceliers ou présidents des conseils de justice de chaque province notifièrent aux états la résolution prise par l'empereur de se retirer en Espagne, après avoir cédé, en présence des principaux seigneurs du pays et des députés des provinces, la souveraineté des Pays- Bas à son fils unique, déjà roi de Naples et duc de Milan par une première cession, et d'Angleterre par son mariage avec la fille de Henri VÎIÎ. Les commissaires de l'empereur devaient alléguer que leur souverain était forcé de prendre cette grave détermination à cause des infirmités qui l'empêchaient de voyager, et de supporter plus longtemps le poids de tant de couronnes. Ils devaient ajouter que ces mômes infirmités ne permettaient point à l'empereur de se rendre successivement dans toutes les provinces pour y renoncer aux titres qu'il tenait de ses aïeux. Les assemblées provinciales étaient donc invitées à envoyer à Bruxelles des délégués, munis des pouvoirs nécessaires pour accepter la renonciation de Charles-Quint, comme souverain des Pays-Bas, et légaliser i'avénement de son fils.
Bientôt arrivèrent dans l'ancienne résidence des ducs de Brabant, qui était aussi la résidence favorite de leur glorieux descendant, bientôt arrivèrent à Bruxelles les députés des trois ordres, représentant le clergé, la haute noblesse et les villes. La cérémonie de l'abdication fut cependant difl'érée, parce qu'on voulait attendre les délégués des provinces les plus éloignées '.
' On constata, toutefois, Tabsence des députés de l'Over-Yssel, de Drenthe et de Lingen, domaines situés à l'extrémité des provinces septentrionales.
Il avait fallu combattre aussi les. scrupules constitutionnels soulevés par l'invitation du gouvernement. Les habitants de Louvain prétendaient qu'ils n'étaient tenus d'aller nulle part pour recevoir et inaugurer un duc de Brabant ; que , suivant leurs antiques privilèges, c'était au duc à venir le premier en la ville de Louvain pour y prêter serment au peuple. Les états de Hainaut firent la même objection ; ils auraient voulu que, suivant l'usage, Philippe vint recevoir la dignité de comte dans le comté même. Mais Charles-Quint, qui voulait accomplir son sacrifice avec pompe, ne se laissa pas émouvoir par ces susceptibilités provinciales.
C*était l'antique château de Caudenberg à Bruxelles que l'empereur avait désigné pour être le théâtre de l'action la plus héroïque de sa glorieuse vie. Un donjon existait dès le xr siècle sur la montagne qui domine la capitale actuelle de la Belgique. Ce donjon, reconstruit en 1300 par Jean II, duc de Brabant, et agrandi par ses successeurs , devint la résidence habituelle des souverains et des gouverneurs généraux des Pays-Bas ' . Derrière le palais s'étendait jusqu'à la seconde muraille de la ville, du côté de la porte de Louvain, un parc très-vaste, où les grands seigneurs de la cour prenaient le divertissement de la chasse ; et, à l'extrémité de ce parc, qui n'était qu'un prolongement de la sauvage forêt de Soigne, on trouvait une maison assez modeste achetée par la reine Marie en 1551 ». Devant le palais s'étendait une grande place encadrée dans les bailles de la cour: on appelait ainsi une balustrade de pierres bleues, découpées en meneaux flamboyants ; elle était interrompue de distance en
' Un incendie détruisit cet édifice dans la nuit du 3 au 4 février 1734. On trouve une excellente vue de l'ancien palais dans le supplément aux Trophées du duché de Brabant, par Bittrens.
* Cette maison occupait une partie de l'emplacement sur lequel a été bâti le Palais de la Nation.