‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 3)Chapitre 87 sur 177 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

un esprit naturellement ombrageux. Aussi, durant les quatre années que Philippe II passa dans les Pays-Bas après l'abdication de son père, Granvelle fut-il le ministre le plus influent, car rien ne se décidait que par ses conseils et son intervention *. Modeste et réservé avec son maître, Granvelle aimait à déployer un caractère impérieux avec ses inférieurs et ses égaux; affectant l'orgueil d'un parvenu, il faisait une vaine parade de son influence et de son pouvoir. On lui reprochait encore, non sans raison, des inclinations peu conformes à la dignité de son état "*. Il aimait aussi le luxe, les magnifiques livrées, les demeures

I Strada, lib. II.

' On verra plus loin une dépêche de la duchesse de Parme qui permet de confirmer les insinuations du cardinal Bentivoglio et, jusqu'à un certain point, les accusations acerbes de le Petit. Ces censures étaient égale-* ment consignées dans la Défense personnelle du comte de Hornes. Pour justifier son opposition contre Granvelle, le comte de Hornes prétendait avoir dit à plusieurs personnes amies de ce cardinal, qu'il était attristé de son gouvernement, de son ambition et de sa mauvaise vie, » car celle-ci « était peu conforme à la haute position quMl occupait, comme ses amis « eux-mêmes Tavouaient. » Supplément à Strada, t. I, p. U4. — Du reste, Textrail suivant du registre officiel des résolutions des états de Hollande ne permet plus guère le doute sur ce point. « — 5 août i584. « Is geordonneert te schryven aan schout, burgermeesteren ende re- « geerders van Amsterdam, en elks van henluiden bysonder, alsoo de « staateu verstaan, dat aldaar hem onthoudende is een persoon, hem « uitgeevende voor een edelman, wesende een soon van den cardinaal 0 Granvellis, aldaar gekoomen omme quaad officie te doen tegens den « dienst en het welvaren van den lande, syluiden daaromme de heeren « Mrs. Pieter Vander Meer en Nicasius sille willen hooren en vOlkoomen « credentie geeven van het geen, by de staaten geresolveert is, omme den « selven ende syne complicen in goede verseekertheit te stellen en te exami- « neeren, en voorts ailes te daen wes lot dienste, conservatie en welvaren « vanden lande sal moogin dienen. » {Registervan Bolland en Westvriesland, van den jaare 4584, p. 522). — Je dois à l'obligeance de M. Gachard la communication de ce document emprunté aux archives delà Haye.

â5i LES PAYS-BAS SOUS PHILIPPE il.

splendides. Il fit bâtir à Bruxelles , dans le style de la renaissance, un immense hAtel qu'on nomma la maison d'Arras ou du Cardinal, Ce palais était orné de chefs-d'œuvre de la statuaire antique; on admirait surtout des statues colossales de Vénus et de Cupidon, qui avaient été rapportées de Rome, Ce goût pour les arts , révéque d'Arras le tenait de son père qui , dans le palais GranveUe à Besançon, avait rassemblé des tableaux de tous les grands maîtres d'Italie , des Pays-Bas et d'Allemagne. L'évéque d'Arras poussait si loin sa passion pour les reliques de l'antiquité qu'il employait un grand nombre d'artistes, en Italie et en Sicile, à les rechercher et à les dessiner. Étranger à aucune branche de la littérature, il cultivait aussi , avec prédilection, l'astronomie, la physique , la médecine , et toutes les sciences naturelles connues de son temps. Indépendamment de la Maison d^Arras, à Bruxelles , Granvelle avait acquis , au delà du grand étang de Ten-Noode , une villa entourée d'eau et de nombreuses dépendances qu'on appelait alors la Fontaine; il y fit exécuter, en \ 560, de nombreux travaux d'embellissement et l'agrandit par l'achat de plusieurs domaines contigus ^ Ces goûts d'antiquaire, d'artiste et de grand seigneur contribuèrent sans doute à la gêne que révéque d'Arras éprouva plus d une fois.

î Là maison d'Arras ou du cardinal fut bâtie sur des propriétés achetées par GranTClle dès 1550 et 1554 entre la rue Cuiller à Pot et la rue des Sols. Sébastien Van Oye, architecte de Philippe IT, fournit les plans de cet hôtel. Il formait nn immense parallélogramme, dont la cour était partagée en son milieu par une cinquième aile parallèle à celles qui longeaient leis rues des Sols et de la Cuiller à Pot. ~ Au delà du grand étang de Saint- Josse-ten-Noode, on voyait encore, il y a quelques années, deux métairies de structure assez ancienne et portant les millésimes de 4634 et 4646 : c'étaient les restes de la villa du cardinal de Granvelle. Histoire d^ Bruxei-tes, par Hbnne et Wautbrs , t. III, pp. 306 et 605. Voir aussi Histoire des environs de Bruxelles^ par A. Wauters, t. H, p. î5.

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