‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 3)Chapitre 88 sur 177 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

Après avoir importuné l'empereur de ses demandes, il sadressa à Philippe lî, avant son départ des Pays-Bas, et réclama avec instance quelque bienfait. Il exposait au roi que ses dettes s'élevaient à vingt-sept mille écus dont quatorze mille avaient été contractées à Bruxelles même. Elles provenaient* suivant lui, de l'insuffisance de la pension de trois mille écus, dont il jouissait, ainsi que des émoluments attachés à la chancellerie. Il rappelait ensuite à Philippe ses services passés et les charges qu'il avait , occupées ; il disait aussi qu*il avait renoncé deux fois à Tévéché de Liège et quatre fois au cardinalat pour se maintenir au service de l'empereur et du prince. « Le monde attend, ajoutait-il, « ce que Votre Majesté va faire pour moi dans cette occasion. Je « la supplie donc d'avoir égard à la nécessité qui me presse et à « la voix du peuple, qui ne forme son opinion sur les choses que « par des comparaisons. Si le cardinal de Trente, qui n'a servi « qu'une année à Milan, a pu recevoir une pension de dix mille « écus, n'ai-je pas le droit d'en espérer aussi quelqu'une, moi « qui suis un vieux serviteur de votre maison ■? » Philippe, au lieu d'une pension, accorda, le \% mai 1560, à Granvelle l'abbaye de Saint-Amand qui rapportait par an quinze mille florins de revenu ». De plus, il ne tarda point à le nommer archevêque de Malines et à lui faire obtenir la pourpre. Granvelle, élevé au cardinalat le 24 février 4561 , reçut la nouvelle de cette faveur avec modestie. Il écrivit à Gonçalo Perez qu'il avait été pendant longtemps déterminé à quitter les affaires et à vivre avec ses livres , il rappelait de nouveau qu'il avait, du vivant de l'empereur, refusé de pareilles dignités ; mais le roi l'ayant appelé à le servir

' Papiers d'État du cardinal de GranveUe, t. V, p. 657-664.

* Dans une nouvelle requête, du SO janvier 4li66, Granvelle assurait pourtant le roi que tous ses revenus ne montaient pas annuellement à 48,000 écus. Correspondance de Philippe II, 1. 1*^, p. 337.

aux Pays-Bas, il croyait qu'il convenait maintenant d'acicepter, puisqull serait ainsi mieux en position de défendre ses intérêts ; le roi, ajoutait-il, lui avait d'ailleurs donné, par libéralité, les moyens de soutenir l'éclat de cette dignité. En écrivant en Espagne, Granvelle attribua la faveur <jui venait de lui être accordée au roi seul et à intervention bienveillante de Gonçalo Ferez, et, à Bruxelles, il supposait d'en être seulement redevable à la duchesse de Parme. Il crut néanmoins devoir différer d'accepter Je chapeau de cardinal, jusqu'à ce qu'il eût appris la volonté du roi, dont il s'était empressé de pressentir les intentions tout en le remerciant d'une faveur qu'il lui attribuait ^ Philippe, dans sa réponse, laissa supposer que l'honneur accordé à son ministre était dû à l'initiative du pape ; il se réjouissait beaucoup, disait-il, de ce que le pape avait fait, attendu que Granvelle le méritait ; il exprimait ensuite le vœu qu'il acceptât sans retard ^. En se conformant à ce désir, Granvelle déclara à la duchesse de Parme qu'il s'y était surtout déterminé par la vicissitude des choses humaines, afin que, s'il était contraint un jour de sortir des Pays-Bas, il pût avec honneur se rendre à Rome, véritable séjour des cardinaux, et y trouver une retraite sûre et honorable '.

En partant pour l'Espagne , Philippe II laissa Antoine de Granvelle à la duchesse de Parme comme le meilleur appui de son gouvernement. Granvelle correspondait directement avec le roi ; mais, de son côté, la duchesse de Parme, indépendamment de la correspondance officielle en français, entretenait aussi avec le roi une correspondance secrète en italien, et celle-ci ne passait pas sous les yeux de l'évéque d'Arras. Les entrevues et les con-

» Lettre de Granvelle au roi, du 9 mars 4564, dans les Papiers d'État^ t. VI, p. 295.

* Lettres de Philippe II, à Granvelle du 47 mars et du 2 avril 4564, dans les Papiers d'État, t. Vï, p. 208 et 302.

^ Correspondance de Philippe II, t. î, p. 494, et Strada, lib. IIl.

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