LIVRE VI
férences entre la goavernante et son principal conseiller étaient, au surplus, très-rares. Granvelle avait adopté la coutume de se concerter avec la régente, sur la plupart des affaires, par lettres et par billets, alors même qu'ils se trouvaient dans la raéme ville et souvent dans la même maison *. Peut-être agissait-il ainsi pour ne pas éveiller la jalousie des grands ; mais il fut bientôt impossible de ne pas reconnaître l'influence prépondérante de l'évêque d^Arras. Quoique simple conseiller d'État, il était réellement le premier et le principal ministre de la gouvernante des Pays-Bas ', plutôt par le commandement exprès du roi que par une sincère inclination de la duchesse de Parme. On remarquait que celie-ci ne faisait jamais voir au conseil d'État les lettres qui lui venaient d'Espagne ou d'ailleurs, qu'elle n'en eût communiqué en particulier avec Granvelle ou qu'elle ne lui en eût écrit. Il les examinait tout seul dans le cabinet, puis il renvoyait les dépêches à la gouvernante ou à Viglius, qui en donnait lecture au conseil d'État, mais en omettant les articles sur lesquels le cardinal avait tracé quelques lignes pour qu'ils ne fussent pas connus ^.
Indépendamment de la communauté des vues, un noble sentiment de reconnaissance expliquait rattachement que Viglius ne cessa de professer pour le cardinal de Granvelle, aussi longtemps que celui-ci fut le vrai ministre des Pays-Bas. Viglius, qui avait déjà fourni une carrière plus longue que celle de Granvelle, ap-
I Strada, qui avait eu à sa disposition les archives de la maison Farnèse, nous apprend qu'il possédait un gros volume des lettres et billets que Granvelle envoyait, à toute heure, à la duchesse de Parme.
^ C'est ainsi que Sébastien de TAubespine écrivait à sa cour (de Gand, 34 juillet 4559) : « M. d'Arras demeure ici principal ministre et quasi tout pour estre ladite dame iduchesse de Parme) assez nouvelle es affaires du pays. » Négociations, lettres, elc, p. 55.
^ Strada, lib. ni.
pelait moins encore Tattention par les dignités dont il était comblé que par ses immenses travaux comme professeur, comme jurisconsulte, comme savant, comme diplomate, comme président du conseil privé. Cette vie si pleine justifiait la devise adoptée par l'illustre présidant : VUa nunialmm vigUia. Viglios d*ÂyUa de Zuicbem était né le 49 octobre 4507 dans le château de Barrahuys, au village de Wirdum, en Frise. Sa famille, sans être opulente, avait un rang honorable. Placé sous la direction de son oncle paternel, Buchon d'Aytta, doyen du chapitre de la Haye, Viglius fit ses premières études à Deventer et à Leyde ; après avoir reçu la tonsure cléricale, à l'âge de quinze ans, il se rendit à l'Université de Louvain et y passa près de quatre années pour s*y perfectionner dans la connaissance des langues anciennes et y commencer son cours de droit. Il poursuivit ses études juridiques à Tuniversité de Dôle et les acheva, sous la direction d'Alciat, à Avignon, puis à Valence, en Dauphiné, oii il reçut le bonnet de docteur, le 8 mai 4529. Ayant suivi Alciat, son maître, à Bourges, il ne tarda point à le remplacer dans sa chaire lorsque le célèbre jurisconsulte milanais eut été rappelé à Pavie. Mais lui-même voulut voir Tltalie, et les hommes les plus éminents cherchèrent à l'y retenir en lui procurant la chaire des institutes à Tuniversité de Padoue. Son mérite appelait déjà latteotion générale. 11 déclina presque en même temps Thonneur que se proposait de lui faire Charles-Quint, en le choisissant comme précepteur de l'infant d'Espagne, et l'offre bienveillante de la république de Venise, qui aurait voulu lui assurer un emploi élevé dans Tordre judiciaire en Chypre K Désirant revoir sa patrie dont
' Viglius lui-même a rapporté les motifs tout littéraires qui avaient engagé quelques grands de la cour de Tempereur à le désirer pour instituteur de Tiofant d*£spagne : « Viglius, cujus nomen jam nonnuUis innotescere « cœpit, ab magnis viris in aula impérial! sollicitatus fuit, ut PhiUppum