‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 3)Chapitre 91 sur 177 · LIVRE VI (1559-1560). 24i · texte numérisé non relu

LIVRE VI (1559-1560). 24i

sa eonstante fidélité ; mais, tout en restant dévoué au fils de Charles-Quint, il sut plus d*une fois discuter avec indépendance et fermeté, combattre même, sous le gouvernement sanguinaire du duc d'Albe , Jes mesures imposées par l'influence espagnoFe. Sans avoir le génie supérieur de Granvelle, ni sa prévoyance, ni son énergie, il se distinguait néanmoins par des qualités qui n'étaient pas ordinaires : droiture naturelle, science profonde, modération qui le faisait respecter même de ses contradicteurs. Il aimait à convaincre, à concilier plutôt qu'à dominer ; mais ses conseils devaient être bien rarement écoutés à une époque de crise profonde et d'agitation qui s'étendait dans toutes les classes de la société. De même que Granvelle, il était contraire aux assemblées délibérantes, et comme lui aussi, tout en s'opposant à la liberté de conscience, il ne se faisait pas illusion sur les tristes résultats de l'inquisition et les conséquences fatales d'une sévérité excessive, dans les mesures de répression ordonnées contre les religionnaires. Mais sa modération finit par déplaire à l'un et à l'autre parti. Les grands des Pays-Bas l'accusèrent de partialité pour Granvelle et de condescendance pour les Espagnols, tandis que ceux-ci , méconnaissant ses longs services , l'accusaient d'avarice, de vénalité, et surtout d'un penchant secret pour les doctrines de la réformation '.

rasée et les convenances de la cour portaient le contraire. Le chef-président demanda et obtint à Rome une dispense pour porter la barbe comme avant sa nomination à la prévôté. •

1 Viglius ayant été secrètement dénoncé au roi par les émissaires que ce prince entretenait dans les Pays-Bas, la duchesse de Parme reçut, en 4564, l'ordre de prendre des informations sur la conduite du président dans les matières de religion et de justice. Ne se contentant point des dénonciations des espions espagnols et de Tinquisiteur de Flandre, elle invita, dans le plus grand secret et sous serment, un ecclésiastique et un lettré à lui dire ce quMls savaient là-dessus, et elle envoya leur relation à I. 46

Le troisième membre de la Cormdte était le baron Charles de Berlaymont^ chevalier de la Toisoo d'or et chef du conseil des

Philippe II. Bjen qu^elle ne pût certifier, disait-elle, Texactitiide des renseignements, recueillis de la sorte, elle croyait cependant que, par une information plus franche et plus complète, on pourrait découvrir contre le président des choses de beaucoup de gravité. Elle ajoutait immédiatement, comme pour atténuer cette inculpation, qu'avec elle, Viglius s*était toujours, au moins en apparence, puisqu'elle ne pouvait juger sdn cœur, montré bon catholique, et qu'elle n'avait jamais vu qu'il eût donné mauvais exemple en ce qui concernait la religion ; que, seulement, elle l'avait trouvé très-facile à pardonner aux hérétiques repentis, etc. De toutes ces pièces, communiquées plus tard au duc d'Albe, pour son information, la principale était sans contredit les renseignements fournis par l'ecclésiastique et le docteur, que la duchesse de Parme avait interrogés sous serment. « On y reprochait à Yiglius d'avoir été, dès sa jeunesse, grandement suspect d'hérésie, principalement de celle de Luther ; d'avoir été réputé pour tel, non-seulement aux Pays-Bas, mais en France, en Italie et en Allemagne, et de l'être encore ; de n'avoir hanté que des hérétiques comme ceux d'Augsbourg, de Bâle, de Wurtemberg, etc.; d'avoir, du temps delà reine de Hongrie, favorisé, par tous moyens, frère Alexandre, prédicateur de cette princesse, quoiqu'il fût véhémentement suspect d'hérésie, et qu'il en fût même infecté, commo l'ont prouvé la senteoce rendue contre lui et sa fuite; de n'aVoir, depuis son élévation à la charge qu'il occupe, avancé que des gens de même farine, comme Hopperus, qui. étant aux études en

France, ne fréquentait guère que des hérétiques ; d'avoir richement

pourvu d'offices et bénéfices ses frères, parents et amis en Frise, tous entachés ou suspects d'hérésie ; de ne s être, à la fin de sa vie, fait prêtre et homme d'Église, que pour happer la prévôté de Saint-Bavon, quoique ses infirmités ne lui permettent de célébrer la messe, ni même de rester debout à l'autel. ~ Passant à l'avarice de Viglius, les auteurs du mémoire l'accusaient d'avoir uonnseulement pillé les bagues, joyaux, vaisselles, linges, lits, .tapisseries et autres meubles de Saint-Bavon et de les avoir envoyés en Frise, mais aussi de s'être emparé de l'argent comptant laissé par le dernier abbé et qui s'élevait bien à 400,000 florins. Quant à la justice, il a rempli tous les conseils des Pays-Bas de ses neveux, cousins et alliés : par où l'administration de la justice est à sa discrétion. — Il avait

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fiôattcés. Quoiqu'il appartint è*la plus haute noblesse des Paysfia^, iî n^avait pas hésité à ^'attacher étrôitèîAent à Granveile, dès qu'il out pti reconnaître la supériorité qu'^assurai^t à l'évéqùè d'Arrâs seà talents énâîfients aussi bien que la faveur signalée du souverain. Ses adversaires ne manquèrent point de voir îa preuve d'un esprit ratfipant et d'une àme intëreséée dans l'appui qu'il prétait au cardinal t mais ses amis, d'autre part, considéraient cet attachement comme une preuve de sa fermeté et comme le témoignage d'un zèle éclairé pour lés intérêts du roi '*

Philippe de Croy, duc d'Arschot, prince de Châ*^u-Porcien et de Ghimay, comte de Beaumont et deSeneghem, etc., soutenait avec vigueur aussi le parti du cardinal : riiaîs, d'après le témoignage de Granvelle lui-même , ce n'était pas l'homme le plus judicieux et le plus fin du monde \ Le marquis de Renty, frère du duc d'Arschot, défendait la même cause* Granvelle pouvait encore compter parmi ses partisans plusieurs prélats, dont les principaux étaient l'archevêque de Cambrai et François Rlchar-

fait de même dans la collation des bénéfices. Lorsque Damp Jacques Lequien fut nommé par Tempereur àTabbaye de St-Martin à Tournai, Viglius et Granvelle reçurent de lui, chacun une tapisserie de 1,000 florins et Morillon (sufifragant de réyêque d'Arras) une pension annuelle de 300 florins. Damp Jean Duquesne, qui succéda à Damp Jacques Lequien, leur donna de même une tapisserie de 600 florins. Outre cela, chaque année, il recevait de lui quatre pièces de vin de France. — - Morillon, leur courtier, avait obtenu par leurprotection,deux prévôtés, avec bien quarante prébendes, sans compter des cures et pensions infinies ; de sorte que ledit Morillon était appelé duplex a, b, c, les gens voulant, par ce, donner à connaître qu'il avait autant de prébendes et chanoiuies, qu'il y avait de^x fois de lettres en Talphabet, etc. « Correspondance de Philippe H, t. !«»-, pp. 349-321 .

* Vander Vynckt, Histoire des troubles des Pays-Bas (Bruxelles, 1822,, 3 vol. îiï-8'»), t. I**, p. 429. ---Archives de la maison € Orange-Nassau , t. K p. 174.

^ Correspondance de Philippe II, t. !«»•, p. 535.

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dot, son successeur sur le siège épiscopal d'Arras. Il avait enfin les meilleures relations avec les membres influents du conseil d'Ëpagne et un confident dévoué dans le cabinet de Philippe II. Ce dernier était Gonçalo Ferez, qui n*avait obtenu la confiance du roi que sur la recommandation de Granvelle lui-même K

Mais le parti , qui tendit d'abord à ébranler puis à détruire la prépondérance de Granvelle, était également puissant par le rang des personnages qui le dirigeaient. Dans les premiers mois du nouveau règne , le prince d'Orange, le comte d'Egmont et d'autres grands dès Pays-Bas n'appréhendèrent pas beaucoup Tautorité de i'évéque d'Arras, s'imaginant qu'un homme encore nouveau ne pourrait entrer en comparaison avec les descendants des plus anciennes familles. Mais quand ils se furent aperçus que son autorité augmentait de jour en jour et que son influence se manifestait en toutes choses, ils le reconnurent pour leur rival et se déclarèrent peu à peu contre lui, d'abord comme des contradicteurs de ses opinions , puis comme des adversaires décidés de son pouvoir'.

A la tète de l'opposition se placèrent le prince d'Orange et le comte d'Egmont, les collègues de Granvelle au conseil d'État. Le comte de Homes, lors de son retour aux Pays-Bas en 1561, se joignit à eux. Philippe de Montmorency, comte de Homes et franc-seigneur de Weert, était né en Flandre de Joseph de Montmorency ^ seigneur de Nevele, et d'Anne d'Egmont-Buren, fille aînée de Florent, comte de Buren. Mais, depuis l'ège de quatre

' Mémoires de dom Prospbr Lévesque, t. W, p. 75.

' Strada, lib. II.

' n était petit-fils de Jean de Montmorency qui , ayant abandonné le parti de Louis XI pour se mettre au service de Charles le Hardi, duc de Bourgogne, fut comblé de bienfaits par ce prince et devint le chef de la branche des Montmorency des Pays-Bas. Van Loon, Histoire métallique des dix-sept provinces (La lïaye, 1732, 5 vol. in-fol.), t. !<•»', p. 22.

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