LIVRE VI
ou cinq ans, Philippe de Montmorency n'avait jamais tenu domicile fixe dans les provinces placées sous la domination directe du souverain des Pays-Bas : héritier du comté de Homes , il s'était fixé dans ce domaine qui ressortissait à l'Empire K Nommé gentilhomme de la bouche, le jeune comte de Hornes accompagna Charles-Quint en Allemagne et y épousa, de son consentement, Walburge de Nuenar. Après la guerre d'Allemagne, il abandonna J'emploi qu'il tenait à la cour et revint dans sa maison de Weert avec l'intention de n'en plus bouger. Mais, en 1547, il se départit de cette résolution en acceptant, à la demande expresse de l'infant Philippe, qui avait passé à Weert, la charge de capitaine des archers de la garde. 11 accompagna le prince, en celte qualité,
* Les sires de Hornes avaient obtenu dans le xv» siècle, de l'empereur Frédéric IIÏ, le titre de comtes. Jacques II, comte de Homes, vendit, en 1462, ce comté à son oncle Vincent, comte de Meurs; mais comme c'était un fiel masculin et qu'il n'avait point demandé le consentement du seigneur direct, le prince de Liège, il reprit ou retint ce comté, en disant qu'il n'avait pu l'aliéner sans un octroi de ce prince. Il mourut en 4502. De son mariage avec Jeanne de la Gruthuse, naquirent Jacques, troisième de ce nom, comte de Hornes, et Jean, aussi comte de Hornes, après la mort de Jacques, qui termina sa carrière devant Ve^celli en 4534. Jean s'était marié à Anne d'Egmont, veuve de Joseph de Montmorency, dont elle avait eu trois garçons. Comme il se trouvait sans enfant, il laissa, par un testament de l'an 4544, le comté de Hornes à Philippe de Montmorency, Talné des garçons qu'Anne d'Egmont, sa femme, avait eus de Joseph de Montmorency, son premier mari. Ce testament fut approuvé par Corneille de Berghes, prince de Liège et parent d'Anne d'Egmont. Recherches sur Vhistoire de la ci-- devant principauté de Liège, par de Villenfagnb (Liège, 4847, 2 vol. in-S»), t. I*', p. 489. — « Hornes, dit-il ailleurs, est un petit village situé à une lieue de Ruremonde ; il y avait un château, grand et spacieux, qui tombe en ruines ; la ville, aujourd'hui le bourg de Weert,
était l'endroit le plus considérable de cet État souverain Le comté de
Hornes avait , dit-on, près de huit lieues de longueur et autant de largeur. » ]hid,, t. 1er, p. 2'20.
en Allemagne, en Italie, en Espagne et plus tard en Angleterre, abandonnant, dit-il lui-même, sa femme et son bien, contre l'avis de tous ses proches et amis, car il n'avait pas d'enfant K On a vu que, en 1559, le comte de Bornes, devenu amiral de la mer de Flandre, après s*étre signalé dans la dernière guerre contre la France, avait abandonné une seconde fois 3a famille et son pays pour suivre Philippe II en Espagne à l'effet d'y remplir auprès de sa personne la charge honorifique et vaine de superintendant des affaires des Pays-Bas.
Ce triumvirat de l'aristocratie entraîna , pour quelque temps, une foule de nobles que, lui rattachaient les liens du sang ou la communauté des vues. On remarquait , à la suite des trois seigneurs principaux , Jean de Glymes, marquis de Berghes, dont le caractère irascible avait déjà été signalé par Marie deHongrie; le frère du comte de Bornes, Floris de Montmorency, baron de Montigny; Antoine de Lalaing, comte de Booghstraeten, leur beau-frère, par son mariage avec Éléonore de Montmorency; Jean de Ligne, comte d'Arenberg; le comte de Meghem; puis deux capitaines allemands qui s'étaient vaillamment distingués au service de Charles-Quint : Lazare de Schwendi , seigneur de Landsberg , célèbre par ses exploits contre les Turcs, et Pierrots Ernest, comte de Mansfeld, gouverneur du Luxembourg, qui avait épousé Marie de Montmorency, autre sœur du comte de Bornes. Louis de Nassau, frère du prince d'Orange, et Benri de Bréderode devaient, un peu plus tard, leur procurer l'appui et le dévouement d'une autre fraction de la noblesse, composée de jeunes gentilshommes dont le zèle infatigable avait plutôt besoin d'être contenu que stimulé.
' Défense personnelle du comte de Homes, dans le Supplément à ^histoire des guerres civiles de Flandre du père Famien Strada (Amsterdam, 4729, % vol. in-<2), t. I, p. -137 et suiv.