LIVRE IX (1575). i
la réponse qu'ils avaient déjà envoyée de Hollande. En ce qui concernait la liberté de religion, il demeurait inflexible ; même en le voulant, il ne pourrait, disait-il, changer les sentiments des états et du peuple. Le 3 janvier, Leoninus, accompagné de Bonté, eut une seconde audience. Les conférences du prince avec les députés des états de Hollande se prolongèrent ensuite jusqu'au 20, et il réussit, mais non sans peine, à obtenir une réponse plus modérée et plus conciliante. 11 fut convenu que les commissaires du prince d'Orange et des états de Hollande et de Zélande se trouveraient à Gertruidenberg pour le 1 5 février, et les mandataires de Requesens le même jour à Breda afin d'entendre ce que les premiers demanderaient ^ .
Requesens se promettait peu de fruit de cette communication ; mais il s'était résigné, n Au moins le monde, disait-il, se sera convaincu que le roi n'a voulu négliger aucun moyen de réduire ces gens sous son autorité et celle de l'Église catholique. » Du reste, il était d'avis que le Roi accordât tout ce que demanderaient les rebelles : observation des privilèges, convocation des états généraux pour être garants de l'accord, voire même renvoi des troupes étrangères. Mais sur un point seulement, sur le point capital, il fallait demeurer inflexible. Le maintien rigouleux de la religion catholique devait être hors des débats. On pourrait seulement permettre, encore pour une fois, à ceux qui ne voudraient pas vivre catholiquement de se retirer du pays dans un bref délai, en vendant leurs biens à des catholiques -.
' Les lettres et rapports de Leoninus sur sa mission près du prince d'Orange se trouvent dans la Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. m, pp. 403-430, Voir aussi dans les Archives de la maison d'Orange- Nassau, (. V. pp. i I0-H8, les lettres adressées par le prince à Jean de Nassau, le 23 décembre 1 574, et au secrétaire Brunynck, le 12 janvier ] 573.
^ Requesens à Philippe II, d'Anvers, 4 février 4573. {Correspondance de Philippe}!, t. III, pp. 239-260)
Dès le 9 février, Requesens désigna les commissaires qui devaient se rendre à Breda pour s'aboucher avec les députés du prince d'Orange et des nobles et villes de Hollande et de Zélande. Les commissaires de Requesens étaient : le baron de Rassenghien, gouverneur de la Flandre wallonne, Arnould Sasbout, chancelier de Gueldre et de Zutphen, Corneille Suys, seigneur de Ryswick, président du conseil de Hollande, et Elbertus Leoninus. De leur côté , le prince d'Orange et les états de Hollande et de Zélande avaient désigné Jacques Van der Does, Guillaume de Nyvelt de Zuylen, Charles de Boisot, Philippe de Marnix, Jean de Jonghe, Arnould Van Dorp, Adrien Van der Mylen, Paul Buys, Nanninck de Forest et Cornille Backer. Des lettres de passe-port et de saufconduit avaient été remises de part et d'autre '.
Sur ces entrefaites, le comte Giinther de Schwarzbourg, beaufrère du prince d'Orange, s'approchait des Pays-Bas. Il venait, comme mandataire de l'empereur, s'efîorcer de mettre un terme à la guerre. Il était accompagné du comte Wolfgang de Hohenlohe, autre beau-frère du Taciturne, auquel Requesens avait accordé le sauf-conduit qui avait été vainement demandé par le comte Jean de Nassau. Afin d'accéder au désir exprimé par le comte de Schwarzbourg, Requesens ordonna au secrétaire Scharemberger, qui était chargé de la correspondance allemande, de se rendre à Bois-le-Duc pour entrer en communication avec les deux seigneurs étrangers. Dans cette entrevue, le comte de Schwarzbourg dit à Scharemberger qu'il était chargé par l'Empereur de persuader au prince d'Orange et aux autres <t rebelles » de recourir à la miséricorde du Roi, sans parler du point de la religion, et d'envoyer pour cela à la cour impériale quatre ou cinq commissaires, avec un écrit énonçant les conditions qu'ils prétendaient obtenir, afin que l'Empereur en fit l'objet de négocia-
* Correspondance de Philippe 11, t. III, p. 881 .