‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 12 sur 103 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

lions à Madrid. Il ne cacha point qu'il s'attendait à bien des difficultés, à cause des conseillers du prince dont l'obstination dans l'hérésie était égale à celle de la plupart des habitants des provinces révoltées, étrangers et naturels. Il lui dit encore que les Pays-Bas ne se pacifieraient pas tant que les nouveaux évêchés ne seraient point supprimés et les Espagnols mis hors du pays ; que, sur ces deux points, les provinces obéissantes pensaient fermement comme celles qui avaient pris les armes. Après cet entretien peu rassurant, le comte de Schwarzbourg quitta Bois-le-Duc et se rendit à Dordrecht '.

Requesens s'était efforcé de gagner du temps afin de connaître les intentions du roi. Mais les dépêches d'Espagne n'arrivant pas, il fallut prendre un parti. En cette conjoncture difficile, le lieutenant de Philippe II montra assez d'habileté. Il fit partir les commissaires chargés de négocier avec les Hollandais, en leur donnant une instruction qui, sous une forme très -libérale, sauvegardait soigneusement la prérogative royale. Cette instruction, qui portait la date du 14 février, avait été rédigée par Leoninus et revue par Yiglius. EUe n'autorisait point les commissaires de Requesens à promettre le départ immédiat des troupes espagnoles ; mais ils pouvaient déclarer que le Roi les rappellerait dès que leur présence ne serait plus jugée nécessaire. Ils annonceraient la convocation des états généraux, mais en ayant soin d'ajouter que cette assemblée n'aurait pas à se prononcer sur les points qui étaient de la souveraineté du roi ru qui dépendaient de son bon vouloir. Une amnistie serait publiée, les biens confisqués seraient restitués, les prisonniers seraient délivrés sans excepter le comte de Buren, mais à condition que les rebelles restitueraient les villes et forts qui

' Requesens au Roi, d'Anvers, 4 février 1575. [Correspondance de Philippe II, t. III, p. 255.)

étaient en leur pouvoir ainsi que les biens ecclésiastiques dont ils étaient détenteurs. Quant au point le plus important, celui dont dépendait le succès des négociations, Requesens se montrait inflexible. Les commissaires devaient déclarer sans détour que le roi ne pouvait souffrir des hérétiques dans ses États. Mais, par grâce spéciale, six mois seraient accordés aux réformés pour qu'ils pussent sortir des Pays-Bas et vendre leurs biens. Enfin, le comte de Schwarzbourg était autorisé à assister aux conférences '.

Le 1 0 février, vers six heures du soir, les commissaires du Roi arrivèrent à Breda. Ceux des provinces insurgées, au nombre de neuf, se trouvèrent en même temps à Gertruidenberg ; le dixième, Marnix, venait d'être chargé par le prince d'Orange d'une importante mission en Allemagne. Il avait été d'abord convenu que les conférences auraient lieu à Oosterhout, entre Breda et Gertruidenberg. Mais on y renonça parce que ce lieu était ouvert et qu'il n'aurait pu offrir une hospitalité convenable à une aussi grande réunion. Les députés hollandais avaient fait remarquer en outre qu'ils n'avaient pas les chariots et les chevaux nécessaires pour se transporter journellement à Oosterhout, et qu'il serait aussi fort pénible au comte de Schwarzbourg de se déplacer sans cesse. Les commissaires du roi proposèrent alors l'enceinte du château de Breda; ils occuperaient un quartier du château et les députés hollandais une maison contiguë dans le jardin. Les mandataires de la Hollande acceptèrent cet arrangement, à la condition d'obtenir les otages qu'ils avaient demandés.

Requesens leur avait offert trois personnes principales du pays ; mais ils voulaient avoir en outre Champagney, gouverneur d'Anvers, Sancho d'Avila, Christophe Mondragon et Julian

' Tel est le résumé de cette longue et verbeuse instruction insérée dans la Correspondance de Philippe II, t. 111, pp. 583-589.

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